MXX37
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

12 octobre 2010

Un peuple de braillards.

Le peuple défile, banderoles en tête, mécontent qu’on touche à ses retraites. Les lycéens braillent des slogans honteux qui devraient être sanctionnés : « Comme nous…Carla…se fait…b… par le chef de… l’Etat ! » (mais que font les parents !). La majorité doute, avant tout de même de manœuvrer telle un carré de soldats de l’armée d’Empire à Austerlitz.

Quel est ce peuple qui ne veut pas comprendre qu’on ne peut vivre éternellement sur les mêmes acquis ? Quel est ce peuple qui ne voit pas que les temps changent, qu’il faut évoluer et accepter nécessairement des réformes ?

Les Allemands l’ont compris, les Espagnols l’ont compris, les Anglais l’ont compris, les Suédois l’ont compris, et nous Français, du moins c’est ce que nous expliquent nos dirigeants, sommes bouchés puisque nous n’avons rien compris.

Pour expliquer la mauvaise foi de ce peuple à qui l’on botte les fesses, mais qui refuse d’avancer, je prendrai une comparaison culinaire.

Prenez un cuisinier sale, mal rasé et de mauvaise humeur. S’il vous prépare tous les jours une bouillie de flocons d’avoine sans assaisonnement, dans une assiette de propreté douteuse, la mangerez-vous ?

Il vous faut pourtant obéir à la nécessité de vous alimenter.

Eh bien, il faudra convaincre nos gâte-sauces du gouvernement, de procéder d’abord à une toilette morale pour moins sentir le fric, puis de s’initier à l’art de la table et surtout à la façon de présenter les plats.

La Suède a mis dix ans à digérer son plat de résistance sur les retraites. Pourquoi devrions-nous avaler le notre comme, autrefois, une cuillerée d’huile de foie de morue ou de laxatif ?

Voici, à un plus haut niveau, ce que Montesquieu a écrit dans « Grandeur et décadence des Romains ». A lire lentement et à méditer ; seulement ce qui est en italique pour coller à la réalité d’aujourd’hui, est de moi :

Un peuple peut aisément souffrir qu’on exige de lui de nouveaux attributs (sacrifices): il ne sait pas s’il ne retirera point quelque utilité (une meilleure retraite) de l’emploi de l’argent qu’on lui demande (allongement de la durée de cotisation) ; mais quand on lui fait un affront (le Fouquet’s, le yacht Bolloré, l’Affaire Woerth etc…), il ne sent que son malheur et y ajoute l’idée de tous les maux qui sont possibles (crise de confiance).

Ecrit il y a plus de deux cents ans, ce texte est toujours d’actualité. C’est la marque du génie exceptionnel d’un penseur, il ne vieillit pas. Mais comment Sarkozy aurait-il pu lire Montesquieu, lui qui nous mène à la décadence sans beaucoup de grandeur.

24 septembre 2010

Gare à la jaunisse!

Au début du siècle dernier, dans les mines de charbon, dans les grosses unités sidérurgiques, et d’une manière générale partout où le travail épuisant n’était même pas rémunéré au minimum de sa valeur, une catégorie d’ouvriers, pour être bien vus du patron, refusait systématiquement de participer à la lutte sociale. Ces ouvriers se distinguaient notamment en ne faisant jamais grève. Certains même entraient carrément dans le jeu de la direction en se transformant en agents informateurs ou en briseurs de grèves.

Avec un mépris affiché, leurs collègues les appelaient les « jaunes ». Ils étaient tenus à l’écart et quelquefois solidement rossés.

Avec  l’amélioration des conditions de travail, les changements du contexte économique, l’élévation du niveau de vie des trente glorieuses, les luttes sociales sont devenues moins radicales. Pourtant le terme « jaune » est resté à propos de celui qui, ne faisant pas grève, prend tout de même les avantages acquis du fait de celle-ci.

La preuve, un directeur artistique de France Inter, sommé de se justifier aujourd’hui 23 septembre, sur la mise en place de la programmation musicale diffusée en continu les jours de grève, a répondu :

« Attention ! Nous ne sommes pas des jaunes… »

Et d’expliquer qu’un programme musical en continu est toujours monté en parallèle du programme classique (informations, reportages, interview etc…) dans le but de parer à un incident majeur. Le second prend alors le relai du premier, comme un groupe électrogène prend le relai en cas de coupure de courant. C’est donc ce programme musical de secours, élaboré à l’avance, qui, les jours de grève, vient palier au mutisme des journalistes en grève.

Les quarante ministres de la grotte Elyséenne (la grotte moderne d’Ali baba)  ont tous affiché des mines réjouies dès le midi du 23 septembre. Ils faisaient « plaisir » à voir. Ils n’ont même pas eu à crier : « Sésame, ouvre-toi ! », ils voyaient des jaunes partout : des jaunes qui valaient un trésor.

Et de se bousculer aux micros pour expliquer : « Les Français ont compris le sens de la réforme des retraites ! Nous continuerons à faire de la pédagogie, à expliquer.»

Bravo ! Ces immenses pédagogues devraient tous se recycler dans l’enseignement. Le niveau pédagogique ferait un bond de plusieurs crans et les problèmes d’éducation seraient résolus.

En réalité, ou ce sont de grands naïfs, ou ils ne comprennent rien à la situation, ou bien ils ne croient pas un mot de ce qu’ils racontent. A mon avis, dans leur cas, les trois possibilités sont confondues.

Si j’osais leur délivrer (sans être un jaune) un bon conseil, je leur suggèrerais de mieux examiner la coloration des non-grévistes. Ils s’apercevraient alors que parmi tous ces « jaunes » se dissimule un fort contingent de « verts ». Pas des écologistes, mais des « verts » de rage !

Pourquoi diantre n’ont-ils pas cessé leur travail pour protester ? Ce n’est pas, d’après moi, l’envie qui leur a manqué.

Mais les incertitudes économiques, les difficultés de fins de mois, la précarité du travail jointe à la puissante pression patronale, font que certains travailleurs sont dans l’impossibilité matérielle de protester. Tout le monde sait qu’ils sont plus nombreux qu’on ne pense.

Alors messieurs les ministres qui étalez votre satisfaction béate, à force de voir des jaunes partout, attention à la jaunisse !

Car il existe un moyen gratuit, commode, anonyme, de protester, c’est le vote de l’isoloir. Il y a même fort à parier que ce jour-là,  on enregistrera la grève la plus faible de la décennie. Et ce jour-là, vous verrez que le comptage de la police, sera le même que celui des syndicats.

Attention à la jaunisse ! D’autant que selon l’avis autorisé de certaines sommités médicales la période d’incubation de cette curieuse maladie est fort longue, que nous y sommes « en plein », qu’il fallait être patient, la déclaration de cette jaunisse n’étant prévue que dans le courant du mois de mai 2012.

Est-il encore temps de mettre au point un vaccin ?

31 mai 2010

Le tonneau des Danaïdes.

Selon la légende de la haute antiquité, les 49 Danaïdes qui tuèrent leur époux la nuit de noce, furent condamnées éternellement à remplir un tonneau sans fond.

Notre tonneau des Danaïdes à nous est le régime des retraites, sauf que les gouvernements, pas plus l’actuel que les anciens, ne se sont aperçus qu’ils versaient de l’eau dans un récipient troué.

Nulle personne sensée ne saurait contester que le régime des retraites par répartition soit en danger et que pour le sauver, il faille mettre en place une réforme sérieuse, efficace, durable et par certains aspects douloureuse. Tout le monde est résigné au sacrifice, mais personne n’acceptera  une réforme décidée dans la précipitation, la confusion, le mépris des intéressés, sinon le diktat.

C’est malheureusement la méthode que semble privilégier l’équipe de Sarkozy.

L’affaire ne peut se résumer, se limiter, au seul allongement de la durée de vie moyenne. Certes, un salarié vit statistiquement plus longtemps et c’est tant mieux, mais c’est un raccourci trop rapide que d’en faire la cause principale du déficit des caisses de retraite.

Les sources réelles de ce déficit sont si diverses, si délicates à traiter, et pour tout dire si gênantes pour le gouvernement, que celui-ci préfère les occulter.

Il est pourtant nécessaire de faire une pause, de réfléchir, de mettre sur la table, à la connaissance de tous, la situation exacte de notre économie et par voie de conséquence, de nos emplois, cela éviterait de dire des contre-vérités en vue de prendre au pied levé, comme ce fut le cas par le passé, des décisions absurdes ou inefficaces.

Au lieu de viser en priorité les papis centenaires dont la désespérante  gaillardise creuse le trou financier, le gouvernement devrait rétablir au moins une partie de la vérité.

A savoir qu’il manque dans notre pays environ quatre millions d’emplois, que le chômage a dépassé les dix pour cent, que vingt quatre pour cent des jeunes de  moins  de vingt cinq ans sont au chômage, que le taux de ceux des 55-65 ans qui travaillent encore atteint à peine 38%. On voit que de nombreux  cotisants manquent à l’appel. Ce manque à gagner représente une somme colossale.

 Pourquoi  cacher que l’économie française est incapable de fournir du travail à ses jeunes comme à ses vieux ? On prétend imprudemment maintenir au travail des vieux, alors que c’est impossible.

Il faudrait reconnaître d’abord , au lieu d’insister lourdement sur l’allongement de l’âge légal du départ à la retraite, que la grosse majorité des travailleurs du privé qui ont atteint l’âge de 60 ans, est au chômage, en maladie, ou en invalidité. Il est extravagant de prétendre demander à ceux qui sont déjà sur la touche de continuer le match. Le voudraient-ils, qu’ils ne le pourraient pas.

Balladur et Fillon, l’un en 1993 l’autre en 2003 ont respectivement allongé la durée d’activité à 40 ans puis à 41 ans. Balladur, en revalorisant les pensions sur l’indice des prix, qui ont peu augmenté, au lieu de l’asseoir sur l’indice des salaires qui ont augmenté plus rapidement, a même réussi à faire perdre 7% aux montants des retraites.

Qu’ont-ils réglé, ces deux éminents politiques ? Rien du tout. Le problème reste entier. Ils n’ont fait que verser de l’eau dans le tonneau des Danaïdes.

Et comme on se prépare à répéter leurs erreurs, dans dix ans, dans vingt ans, nous en serons encore à verser de l’eau dans le même tonneau sans fond.

Or une vraie solution ne peut se trouver que si on pose bien le problème. Les mauvaises questions n’engendreront jamais que de mauvaises réponses.

Même s’il faut surveiller le vieillissement de la population, celui-ci est à mon avis plus inquiétant pour le coût de notre système de santé que pour nos retraites.

Le système des retraites sera sauvé essentiellement par la restauration d’une économie moderne et prospère. Mais ça, c’est plus difficile à faire que reculer l’âge de la retraite, augmenter les cotisations et réduire les pensions.

Chiche que c’est cette deuxième solution qu’ils vont choisir pour nous remplir le tonneau percé et ils n’auront même pas l’excuse d’une mauvaise nuit de noce.