12 juin 2008

L'art de creuser sa tombe

Il y a belle lurette que je ne regarde plus l'information sur TF1, que je ne regarde plus du tout TF1 d'ailleurs (sauf le matchs de foot). Je n’ai donc pas de raison de m’apitoyer sur le sort de Poivre d’Arvor qui faisait partie du système ; sauf que la façon dont il a été remplacé m’interpelle. Il y a un peu du fait du prince là-dessous.
Rappelons que la chaîne de télévision privée appartient à Martin Bouygues, bétonneur de renom et grand ami du président de la République. Rien d’étonnant donc que l’information y soit verrouillée par le pouvoir. Deux nominations l’attestent : celle de M. Solly, directeur adjoint de campagne propulsé à l’état-major et celle de M Dassier, « ami de vacances » promu directeur de l’information. C’est de bonne guerre, direz-vous. De là à pratiquer l’arbitraire, un pas inquiétant me semble avoir été franchi. Lors d’un entretien télévisé avec le chef de l’état, le journaliste aurait posé une question un peu trop impertinente qui aurait blessé un certain ego surdimensionné. Le message est clair : à l’avenir, en pareille circonstances, les journalistes, qui déjà se tiennent au garde à vous, n’ont plus qu’à se coucher. Comme la suppression des ressources publicitaires rend plus dépendantes encore les chaînes publiques, on se demande déjà si, pour avoir des informations dignes de ce nom, il ne faudra pas un jour prochain se tourner vers les chaînes étrangères ou comme dans les années soixante vers radio suisse romande.
Mais ces agissements peu élégants ont le revers de la médaille. On ne prend pas les publics pour des idiots impunément. Quand la ficelle est trop grosse, ils s’en aperçoivent.
D’abord la mainmise du pouvoir sur l’information n’est pas un gage de durée. On a vu des élections se perdre après un matraquage intensif. L’électeur aujourd’hui vote plus en fonction de ce qu’il ressent qu’en fonction de ce qu’on lui suggère. On l’a bien vu lors du dernier référendum.
Ensuite ce n’est pas parce qu’on privilégie une chaîne en s’arrangeant pour transférer dans son escarcelle un maximum de recettes publicitaires au détriment des chaînes publiques qu’on va forcément la sauver de ses déboires financiers. J’aurais tendance à croire pour ma part que c’est plutôt un cadeau empoisonné. A force de programmes médiocres, de jeux à faux suspense, de fabrications artificielles de fausses vedettes, de mépris de la création de bonne tenue, de compromission outrancière avec le pouvoir, la chaîne creuse sa tombe en engageant les « temps de cerveau disponibles » à aller voir ailleurs. Impossible pour les bonnes volontés qui demeurent encore de redresser la barre, trop de mauvaises habitudes ont été données à la voracité des actionnaires. La culture ne prendra jamais le pas sur l’argent, c’est le profit qu’on visera avant tout.
Pour pouvoir capter plus de recettes publicitaires et satisfaire ses appétits gloutons TF1 se verra obligée de multiplier ses interruptions de programmes afin de passer ses spots à la gloire de Givenchy.
Comme le dit si bien un humoriste du « Canard Enchaîné » : « A la première on va aux toilettes, à la seconde on peut aller faire un tour sur les chaînes publiques ». Allons! tout ça est de bon augure dans notre beau royaume de France.