03.06.2008

C'est dur! de rentrer à la maison.

Fernand Raynaud se serait écrié : « Bourreaux d’enfants ! » et les gens plus sérieux pourraient parler de maltraitance.
Depuis quelque temps, les petites filles fugueuses reçoivent une belle fessée lorsqu’elles rentrent à la maison. Le maître veille à la bonne éducation de ses élèves et sanctionne lourdement les polissonneries.

La gracieuse Nathalie Kosciusko-Morizet se permet-elle d’accuser ses supérieurs hiérarchiques d’organiser « un concours de lâcheté », elle se fait rappeler à l’ordre, on lui tape sur les doigts. Elle s’excuse platement, avec une telle sincérité, que personne ne songe à lui reprocher d’avoir mangé son chapeau.
Hier encore, la fougueuse Rachida Dati soutient le juge, l’approuve, d’avoir cassé un mariage pour défaut de virginité (expertise à l’appui, je suppose !). Aussitôt, elle se fait sermonner, on la somme de prendre la direction officielle, celle des bien-pensants. Vilaine !
Du coup, volte-face de la garde des sceaux qui, dans un silence assourdissant, ordonne au parquet de faire appel de la décision d’annulation du mariage. Elle se renie avec tant de grâce qu’on ne retiendra que les paroles sensées et sincères qu’elle a prononcées au départ de cette affaire.

En rang les petites filles ! Vous êtes priées de baisser les yeux et de suivre les cours de maintien. Si vous êtes bien sages, on vous trouvera un bon parti et l’on vous assurera un bel avenir…politique.

Je souris à peine, mais avec tristesse. Ces messieurs pour introduire les femmes en politique ont inventé la parité, mais ils n’acceptent pas qu’elles pratiquent l’exercice du pouvoir à leur façon et avec leur sensibilité. La politique doit rester machiste, un point c’est tout ! En rang, les gonzesses !
Je citerai pour mémoire l’affaire des « jupettes », les humiliations subies par Simone Veil, pourtant de taille à se défendre et les moqueries déplacées essuyées par Edith Cresson et les fines allusions décochées contre Ségolène Royal.
La parité n’est pas qu’un chiffre, elle doit s’installer aussi dans les mentalités.

11.03.2008

Après la fracture...la facture!

Les élections dans les grandes ou moyennes villes répondent me semble-t-il à plusieurs critères:

Pour un tiers il s'agit de la personnalité du maire (ou du candidat), de son comportement personnel;

pour un tiers, les électeurs se préoccupent du projet (amélioration du cadre de vie, rues, crêches, écoles);

pour un tiers, on s'attache aux considérations politiques;

pour un tiers encore, il y a le déroulement de la campagne, ce théâtre d'ombres ou l'on joue tragédie ou comédie suivant qu'on se trouve à Paris ou à Marseille.

Celà fait quatre tiers?
Comme dirait César, celà dépend de la grosseur des tiers.
En résumé tout ceci m'aurait paru bien terne s'il n'y avait eu un candidat pour inventer la machine à serrer les mains (Je le salue au passage s'il a l'occasion de me lire encore). Il aurait été le bienvenu chez nous pour animer un peu plus la campagne homérique d'un village grand comme un mouchoir de poche avec ses soixante cinq inscrits et son conseil municipal de neuf membres. Il y a un mois, effervescence soudaine à l'ombre du clocher: deux listes ( à peu près du même bord ) sont annoncées. Un électeur sur quatre est candidat. Réunions secrètes, campagne sourde, menaçante, sournoise, au ras des pâquerettes. On s'épie, on se médit, on se calomnie, on se hait. C'est soudain la fracture sociale sur la surface d'un confetti.

Un côté positif pourtant: le civisme quasi absolu. Soixante votants (92,3 pour cent), soixante exprimés. Tous les candidats d'une même liste, à mon avis la plus sérieuse et la plus solide, élus à soixante pour cent. Comme m'a dit un vainqueur:"Ce fut historique".

Et la fracture sociale, elle, va sûrement durer plus longtemps encore que celle de Chirac. C'est la facture non soldée!

19.02.2008

Philosophie et politique

"La guerre, c' est une chose trop grave pour qu'on la confie à des militaires."

Je reprendrai cette boutade de Georges Clémenceau pour la parodier à propos de la politique:

"La politique est une chose trop grave pour qu'on la confie à des politiciens" Sauf que pour moi, cette dernière phrase n'est pas une boutade.

On a beau lire tous les livres d'histoire récente, quels qu'en soient leurs auteurs, on aboutit toujours à la même conclusion: chaque fois que les politiques ont voulu construire une société, suivant leur seule vision, ce fut un désastre.

Hitler voulait une société à son image, Staline, à l'opposé voulait la sienne. Pour bâtir chacun son modèle en étant persuadé qu'il était le meilleur pour les hommes, ils n'ont fait appel ni à l'intelligence, ni à la concertation, ni au libre-arbître, ni au valeurs universelles, ils ont utilisé tous les deux la force brutale. Résultat, leurs deux systèmes pourtant antagonistes sur le fond (mais non sur la forme) se sont rejoints dans l'échec, sur des montagnes de cadavres.

On ne fait pas progresser l'humanité avec des fusils mais avec de grandes idées, avec des utopies, sans se préoccuper en général des pesanteurs sociologiques. Et ça, même s'il n'est que théorique, c'est le travail des grands écrivains, des grands penseurs, des grands philosophes! Les valeurs fondamentales de notre République dont nous jouissons aujourd'hui nous ont été données par les philosophes des Lumières. Les hommes politiques inspirés n'ont fait (et c'est beaucoup!) que les appliquer. Il est édifiant que ce ne soit pas Jean Jaurès , pourtant grande conscience, qui ait écrit "J'accuse", mais Zola à qui les politiques vouèrent tant de haine. Chacun son rôle, les grands penseurs sont les premiers gardiens du temple.

Victor Hugo , bien qu'il ait été député, ne déroge pas à la règle. S'il est monté à la tribune, ce n'est pas avec des intentions électoralistes, mais pour provoquer en lançant des idées qu'il savait en avance sur son époque: séparation de l'Eglise et de l'Etat, instruction gratuite et obligatoire, suppression de la peine de mort, Société des nations etc... Il y avait de quoi faire hurler une chambre ultra conservatrice. On sait que tout se termina par la brouille avec "Napoléon le petit" et par l'exil dont il ne voulut pas revenir (malgré l'amnistie) tant que l'empereur serait en place.

Aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'on est allé chercher Edgar Morin que l'on me fera croire que nous avons de grands intellectuels de cette trempe, capables de nous montrer la route. J'en vois quelques uns qui, se prenant pour tels, viennent pérorer à la télévision sans être bien convaincants. Il n'est pas étonnant que tout le monde patine. Nous n'avons pas de pétrole, nous n'avons pas d'idées non plus.

Sans vouloir faire un parallèle avec les exemples que je citais plus haut (ce qui serait non seulement déplacé, mais monstrueux) je note cependant une fâcheuse dérive des pratiques politiques à s'occuper à nouveau de ce qui ne les regarde pas:

L'amorce d'une nouvelle civilisation, les convictions laïques ou religieuses, la culture du souvenir etc...

Donnez aux petits Français les moyens d'apprendre à lire, ils auront toute leur vie pour cultiver le souvenir dans les livres d'histoire. Il est là, votre boulot!

Quand à ceux qui douteraient de la capacité des Français, toutes opinions confondues, à défendre leurs valeurs, laïques ou religieuses, progressistes ou conservatrices, qu'ils se collent à Antenne2 (interdit aux moins de dix ans! M. le Président!) ils pourront se faire une opinion sans qu'on ait besoin de leur seriner ( à mon avis scandaleusement) les sentiments intimes d'un gosse de seize ans qui sait qu'il va mourir dans quelques heures.