17 août 2008

La langue de bois, discipline olympique?

Quand le silence des situations embarrassantes s’installe, les ministres de tous les gouvernements, à quelque bord qu’ils appartiennent, ont la même réaction : ils se mettent à parler.
Pour dire quoi ? Rien ! Ils parlent pour parler et surtout pour empêcher les autres de le faire à leur place.
Le silence, c’est comme le vide : la nature en a horreur. Alors, ils parlent. Ne souriez pas. Parler pour ne rien dire est extrêmement difficile. C’est tout un art, qui exige de l’imagination, de la souplesse, une grande connaissance du vocabulaire abscons et, comme diraient certains, un solide estomac afin de ne douter de rien.
Que feriez-vous si un jour on vous faisait monter en scène devant un énorme public silencieux, attentif et que l’animateur vous demande à brûle pourpoint.
« Madame, monsieur, avez-vous quelque chose à dire ? »
« Mais je n’ai rien à dire, monsieur l’animateur ! »
« Alors, parlez ! »
Kafkaïen n’est-ce pas ? C’est dans cette position pourtant que se trouvent souvent nos chers ministres et particulièrement le premier d’entre eux.
Tenez ! voilà, en ce mois d’août le type même de situation peu confortable. La France, de l’avis de tout le monde, est en pleine récession économique. Récession ! Personne n’emploie ce gros mot. Nous sommes en « croissance négative ». Cette contorsion linguistique signifie que nous reculons face au danger pour garder l’illusion d’avancer. C’est quand même mieux que d’avancer à reculons.
En annonçant la réunion en urgence des ministres invités à se « pencher » sur ce recul, Monsieur le Premier ministre indique que le groupe « (va) analyser les causes de la dégradation ». C’est bien, ça ! L’orage est sur nos têtes et on va l’analyser. Aurons nous les conclusions quand la pluie aura cessé ?
Et monsieur Fillon de continuer fermement sur sa lancée :
« Il s’agit d’analyser en commun les composantes du recul du PIB »
Voilà bien un beau sujet du bac : « Faites deux pas en arrière, puis analysez les composantes de votre recul. »
Surtout ne riez pas bruyamment, vous ne réussirez pas à déstabiliser un homme politique endurci car voici la suite du communiqué :
« Il s’agit d’identifier les réponses qui devront(y) être apportées »
Ouf ! On a eu chaud. On a les réponses, mais comme elles sont dans une bouteille à encre, on va les « identifier » . Comment ?
Je crois connaître la finalité de la démarche. Ce n’est pas, je pense, un réunion traditionnelle qui se déroulera ce lundi à Matignon, mais une sorte de partie de Colin-maillard. On va bander les yeux de Madame la ministre de l’économie qui, les bras tendus, à tâtons, va tenter « d’identifier les réponses ».
J’imagine très bien ses collègues, en cercle autour d’elle, criant à tue tête : « Ça brûle ! C’est tiède ! C’est froid ! »
Ainsi se dessinent probablement les contours d’une nouvelle discipline olympique. Je suis sûr que si l’éventualité de participer aux jeux de Londres se présente, nous ferons le plein de médailles. D’autant mieux qu’en 2012 nous aurons largement l’occasion de nous entraîner.

23 mars 2008

Il faut que la flamme vacille.

Etant donné ce que la Chine fait subir aux Tibétains, doit-on aller participer aux prochains jeux olympiques?

La question s'était déjà posée en 1936 alors que Hitler était au pouvoir. L'esprit olympique avait finalement triomphé de la barbarie naissante, sans toutefois changer le cours de l'histoire, en battant en brèche la propagande du Reich. Hitler, qui avait voulu profiter de l'occasion pour démontrer la supériorité de la race blanche, reçut cette fois là sa première gifle. Ce fut le festival des athlètes noirs; en particulier de Jesse Owens vainqueur du 100m (devant un Allemand), du 200m, du saut en longueur et qui battit en équipe le record du monde du 4X100.

Aujourd'hui les enjeux sont différents. Les intérêts économiques sont tels qu'aucune nation en vue ne prendra le risque de se mettre à dos les dirigeants chinois. La position de notre ministre des affaires étrangères, qu'on a connu jadis plus engagé pour la bonne cause, est à cet égard significative et Georges Bush montre sa complaisance en faisant savoir qu'il se rendra à Pékin.

Dans le concert des nations, la cause est donc entendue et ce n'est pas quelques défilés de militants convaincus qui changeront le cours des choses. Il ne faut plus se faire d'illusion sur ce début de siècle, ce ne sont plus les nobles idées qui comptent, mais le commerce qui engendre le profit. La société est à l'image de nous, consommateurs de tous poils.

Comment donc aller là-bas sans perdre son âme? A mon avis en jouant sur la situation inconfortable des Chinois. Leurs dirigeants comptent sur la grande manifestation sportive pour renvoyer au monde l'image positive d'une nation moderne en pleine expansion. Ils savent aussi que des gens influents du sport, de la politique, de l'économie, de la presse, vont converger vers eux. Parmi ces derniers, ils se trouvera bien (espérons-le) quelques bonnes volontés capables d'aller de l'autre côté du miroir pour montrer à la face du monde l'envers du décor. Rien n'empêche non plus le vainqueur sur son podium d'adresser un signe fort aux victimes de l'oppression.

Qu'on ne nous présente pas seulement la belle vitrine du conte de fée, mais qu'on mette au grand jour aussi les arrières boutiques moins prestigieuses. Appuyer le doigt sur un point douloureux peut aider au diagnostic de la maladie. C'est hélas! le seul domaine du possible. Si nous ne pouvons rien changer au cours de l'histoire ni au destins des opprimés, faisons comme Jesse Owen: sauvons au moins notre dignité.