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14 avril 2013

Agiter...pour ne pas s'en servir!

 

 

Quand vous secouez une boule à neige, les particules qui simulent les flocons s’agitent,  virevoltent, dans le plus bel effet d’ensemble. C’est toujours surprenant.

Pour moi, actuellement, le parlement, tant l’Assemblée Nationale que le Sénat, ressemble à une boule à neige où nos parlementaires vibrionnent et tourbillonnent à l’unisson toutes opinions confondues.  Ils se sont fait agiter le bocal.

Et c’est soudain l’effet de panique. Quel imbécile ce Cahuzac ! Lui, soi-disant si intelligent, se faire prendre comme un gamin qui planque ses billes. A cause de lui il va falloir maintenant jouer la transparence et tout déballer comme à la douane. C’est inadmissible !

Pour des hommes qui adorent pratiquer la langue de bois, la transparence c’est ce qu’il y a de pire. Où se cacher, si tout est transparent ? Vous rendez-vous compte si les murs de votre salle de bain étaient transparents et que chacun ait le loisir de vous contempler nu comme un ver ?

Aussi ces hommes politiques au cuir tanné comme la peau des vieux lions ont soudain des pudeurs de donzelles dès lors qu’on leur demande de publier leur patrimoine.

Populisme ! Voyeurisme ! Atteinte à la vie privée ! Ingérence inadmissible  dans les affaires personnelles ! Les citoyens vont se livrer à un classement indécent et pointer du doigt les plus riches !

S’ils veulent bien être des hommes publics, ils ne veulent pas que leur portefeuille le soit. En la matière, ils se satisfaisaient que leurs électeurs aillent aux urnes voter pour eux les yeux bandés, comme à Colin-maillard.

S’ils n’ont pas honte de leur patrimoine, les plus réticents par contre semblent avoir honte de l’afficher. Et il y a je pense une raison objective à cela.

Les plus riches, à droite comme à gauche, ont peur de montrer combien leur aisance financière les sépare de ceux qu’ils sont sensés représenter. Eux qui prônent le combat contre la misère, tout le monde va savoir désormais qu’ils ne l’ont jamais connue. Ce n’est pas un bon argument électoral que d’être riche et cela détruit fatalement l’image que l’on voudrait donner. Pourquoi croyez-vous que les hommes politiques sont si soucieux de se montrer au Salon de l’Agriculture ? Marcher dans la bouse ramène au bon terroir et flatte les lointains atavismes paysans en évoquant la vieille ferme familiale. Au cul des vaches, en mâchonnant du saucisson fait maison, en avalant son assiette de cassoulet, on ne donne jamais le sentiment que l’on est loin du peuple.

La voila bien la grosse affaire : le masque est  jeté ; il va falloir montrer son ventre plus rond que celui d’un maquignon.

Je pense que cette crainte relève du complexe. Les Français sont suffisamment intelligents pour ne pas tomber dans la caricature. Ils savent que si tous les hommes naissent libres et égaux en droit, cela n’est jamais qu’une belle théorie constitutionnelle. En fait les hommes ne sont pas égaux devant l’argent. Et c’est très bien ainsi pourvu que les inégalités ne deviennent pas scandaleuses et qu’elles soit tempérées par la solidarité de l’Etat.

Etre riche n’est pas une tare pourvu que cet argent soit proprement acquis, que ce soit par le travail, l’héritage ou toute autre circonstance favorable de la vie.

Car le vrai problème, le vrai scandale, ne concernent pas le ministre qui rentre riche au gouvernement et en sort toujours raisonnablement plus riche, mais celui qui y entre pauvre et en sort riche.

Je dirai même que le nouveau ministre a tout intérêt à montrer tout le bien qu’il possède sous le soleil. Il ne pourra ainsi être soupçonné de l’avoir acquis au cours de son mandat par des manœuvres douteuses. La médisance et la calomnie ont tôt fait d’alimenter la rumeur et de jeter à bas les honnêtes hommes.

01 septembre 2012

Pas de synthèse! Des actes d'unité!

Il ne faudrait pas que les conseils des ministres qui se tiennent hebdomadairement à l’Elysée se transforment en mini-congrès du PS où chaque ministre s’autoproclame chef de courant en attendant une prochaine synthèse.

Tous ces dérapages verbaux qui conduisent certains à exprimer leur désaccord avec un gouvernement dont ils font partie, donnent une impression de joyeuse pagaille et de mèches à explosifs allumées sous les tables.

Décidément nombreux sont ceux qui n’ont pas encore compris que le Président Hollande a d’autres chats à fouetter que de recadrer tout son monde à chaque séance.

A ce jeu pervers, Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, qui a besoin lui-même d’un sérieux redressement, se distingue particulièrement.

Après avoir pris le contrepied de la position officielle de la campagne au sujet du nucléaire, le voici qui critique publiquement une décision de Moscovici, son collègue ministre des Finances,  là où il n’y a pas vraiment de quoi lever les bras au ciel.

Le candidat Hollande ayant promis la création d’une banque publique d’investissement afin d’accompagner la naissance d’entreprises innovantes  ou d’éviter de couler  à celles qui connaîtraient des difficultés passagères, il est normal que Moscovici se soit attelé à cette création. Pour la mener à bien il a choisi un conseiller technique. Quel peut-être le meilleur conseiller technique, sinon un banquier d’expérience. Le choix s’est porté sur Mathieu Pigasse, patron de la banque Lazard dont on sait qu’il a approuvé et appuyé la candidature Hollande.

Un banquier de sensibilité de gauche doit être un extraterrestre aussi difficile à trouver qu’une aiguille dans une meule de foin. Si on avait laissé échapper celui-là il aurait fallu se rendre sur Mars pour en chercher un autre.

Je ne vois pas ce qui peut choquer Montebourg. Si ce dernier veut exister qu’il fasse utilement son travail de ministre. Les électeurs lui en seront gré plus que de ses gesticulations. Surtout que le madré Hollande, qui ne semble par avoir oublié qu’il fut son concurrent aux primaires, semble lui avoir confié une tâche qui ressemble à une mission impossible. Il risque davantage d’y être descendu en flammes et pour un temps éliminé sans possibilité de synthèse, que d’être encensé.   

29 janvier 2011

Le roseau plié en deux

Il est, dans l’équipe du président Sarkozy, un ministre qui m’émerveille par son talent de courtisan. Un vrai équilibriste, doublé d’un contorsionniste hors pair. Il est tellement ravi d’être à son poste qu’il fait tout pour s’y maintenir, au risque même de déshonorer sa fonction.

Cette fonction est pourtant à mes yeux la plus élevée, la plus noble d’un gouvernement, celle qui devrait le plus se méfier du bourbier de la politique : j’ai nommé le ministère de la Culture.

On a vu deux hommes au moins l’occuper avec un certain bonheur et ce qui est plus difficile encore, avec une grande efficacité : André Malraux et Jack Lang.

Le premier lança un grand programme de restauration de nos monuments, le second a donné à  toute forme de création artistique un souffle qu’on n’avait pas connu depuis longtemps.

Chacun d’eux avait sa conviction politique, mais elle passait au second plan pour que soit privilégié ce qui a peut-être plus fait pour la grandeur de la France : sa culture. Un patrimoine immense, mêlé à l’histoire, qui rayonne par le monde et qui, comme une source intarissable, se renouvelle indéfiniment.

Monsieur Frédéric Mitterrand n’est pas dans cette disposition d’esprit. Sa préoccupation première est d’agir pour faire en sorte de ne pas déplaire. Il croit faire oublier que c’est du seul fait de son nom qu’il est ministre. Heureusement, si l’on peut dire, il plie comme le roseau ; c’est plus noble que de se coucher, même si ça y ressemble tout de même.

Nous passerons sur son appréciation de l’opinion qu’on se faisait de la dictature de Ben Ali qui lui « paraissait très exagérée » : une occasion perdue de se taire.

La faute est d’avoir rayé de la liste des commémorations le nom de Louis-Ferdinand Céline tout en sachant pertinemment que c’est plus qu’une faute, c’est un déni de culture.

 Monsieur Mitterrand Frédéric n’a pas pris une décision de ministre, mais celle d’un politicien sans courage et sans honneur. Il n’a pas suivi sa raison propre mais a cédé à un lobby, ce que son oncle n’aurait jamais fait.

Tout le monde en convient, Céline est un salaud. Ses pamphlets sur les juifs sont des ordures. Ces écrits là sont immondes. Mais son œuvre, la vraie, celle qu’on trouve dans toutes les bibliothèques, dans tous les rayons des libraires, qu’on étudie dans toutes les universités, le classent selon moi le plus grand écrivain du vingtième siècle. En tout cas il est au niveau d’un Marcel Proust, d’un Albert Camus et de quelques autres ; en plus truculent et plus accessible. Céline est le Rabelais du vingtième siècle. Depuis Rabelais on n’avait rien écrit de si « peuple »  et si profond. Avec une touche de Molière, ses romans sont un enchantement.

Alors faut-il malgré tout célébrer un salaud ?

S’il fallait brûler tous les livres de génies écrits par des salauds, s’il fallait sortir des musées les toiles peintes par des salauds, il n’y aurait plus grand-chose de consistant dans nos bibliothèques ni dans nos musées.

Jean-Jacques Rousseau, un esprit de « Lumières », abandonna ses enfants, Voltaire avait des actions dans les compagnies de traites d’esclaves. Dieu sait la vie indigne qu’a menée Arthur Rimbaud.  Victor Hugo a traité sa maîtresse Juliette Drouot moins bien qu’une servante. Il lui comptait ses sous au point qu’elle n’en avait pas pour payer son  chauffage. L’un des peintres les plus prestigieux de la Renaissance, Le Caravage, était un assassin recherché par toutes les sénéchaussées. Une nuit, il alla dans les bas-fonds de la ville récupérer le cadavre d’une prostituée qui lui servit de modèle pour peindre l’un des plus admirables portraits de la Vierge qui n’ait jamais été peints.

Les hommes passent avec leurs turpitudes, leurs faiblesses. Il faut s’en accommoder, les créateurs de talent sont souvent des détraqués, en tout cas des êtres hors norme. Il suffit de contempler un tableau de Van Gogh pour deviner que l’homme était un fou. Ce que la bourgeoisie, qui achète aujourd’hui ses toiles à coups de milliards, aurait appelé  un résidu de société.

Pourtant la marque du génie de tous ces hommes vient enrichir notre patrimoine et nourrir notre espérance. Face à chaque canon qui nous rabaisse, il y a une œuvre d’art qui nous ennoblit, qui nous libère. Ce n’est pas pour rien qu’un dictateur s’en prend d’abord aux artistes.

Mais pour comprendre cela, il faut être un grand ministre de la culture et non un serveur de soupe.