07.04.2008

L'eau tiède.

Les évènements qui secouent la Chine font naître dans notre pays émotion et polémique.
Comme toujours en pareil cas, il ne faut pas compter pour réagir dignement, sur nos hommes politiques au prétexte bien commode que les Jeux ne sont pas d’essence politique, alors même qu’ils le sont pleinement. Le C.I.O. en choisissant la Chine dans une forte ambiance de désapprobation a fait jouer l’option politique. Il nous a à l’époque bien bassiné les oreilles en jurant, la main sur le cœur, que la première conséquence de ce choix serait de faire évoluer ce grand pays vers plus de démocratie, plus de respect des droits de l’homme. On voit le résultat. C’est pour le C.I.O. le retour de boomerang.

Alors on comptait, nous Français, sur nos sportifs pour sauver l’honneur. Là encore il faudra attendre les lendemains qui chantent.
Le port de l’image de la colombe sur le maillot, suggéré dans un premier temps, a été jugé un symbole trop fort, trop bouillant, trop agressif et, finalement trop vexant pour les Chinois. Alors, faute d’acide décapant, on s’est rabattu sur l’eau tiède.
« Pour un monde meilleur ! » voilà ce que nos fiers sportifs vont arborer sur un badge dont la dimension reste à définir, ce qui me laisse craindre que les myopes ne puissent pas le lire ; et comme il y a beaucoup de myopes parmi les dirigeants chinois, on voit bien que cette formule d’enfer ne traumatisera pas grand monde.

Surtout que par définition cette dernière formule ne peut contrarier un seul dirigeant de la planète. N'importe quel hypocrite peut même la faire sienne. Car tout le monde veut « son » monde meilleur. Napoléon voulait « son » monde meilleur dans son esprit de conquête ; Hitler voulait, suivant ses pensées monstrueuses, « son » monde meilleur ; nul ne doute que les dirigeants chinois rêvent d’un monde meilleur où tous leurs opposants seront morts ou en prison.

Je souhaite courage et bonne conscience à l’athlète qui ira chercher sa médaille en tout esprit olympique. Quand parvenu sur le podium, l’hymne national de son pays libre sonnera son triomphe, il pourra toujours penser que, derrière les barreaux de leur prison, certains condamnés pour délit d’opinion rêveront longtemps encore « d’un monde meilleur ».

23.03.2008

Il faut que la flamme vacille.

Etant donné ce que la Chine fait subir aux Tibétains, doit-on aller participer aux prochains jeux olympiques?

La question s'était déjà posée en 1936 alors que Hitler était au pouvoir. L'esprit olympique avait finalement triomphé de la barbarie naissante, sans toutefois changer le cours de l'histoire, en battant en brèche la propagande du Reich. Hitler, qui avait voulu profiter de l'occasion pour démontrer la supériorité de la race blanche, reçut cette fois là sa première gifle. Ce fut le festival des athlètes noirs; en particulier de Jesse Owens vainqueur du 100m (devant un Allemand), du 200m, du saut en longueur et qui battit en équipe le record du monde du 4X100.

Aujourd'hui les enjeux sont différents. Les intérêts économiques sont tels qu'aucune nation en vue ne prendra le risque de se mettre à dos les dirigeants chinois. La position de notre ministre des affaires étrangères, qu'on a connu jadis plus engagé pour la bonne cause, est à cet égard significative et Georges Bush montre sa complaisance en faisant savoir qu'il se rendra à Pékin.

Dans le concert des nations, la cause est donc entendue et ce n'est pas quelques défilés de militants convaincus qui changeront le cours des choses. Il ne faut plus se faire d'illusion sur ce début de siècle, ce ne sont plus les nobles idées qui comptent, mais le commerce qui engendre le profit. La société est à l'image de nous, consommateurs de tous poils.

Comment donc aller là-bas sans perdre son âme? A mon avis en jouant sur la situation inconfortable des Chinois. Leurs dirigeants comptent sur la grande manifestation sportive pour renvoyer au monde l'image positive d'une nation moderne en pleine expansion. Ils savent aussi que des gens influents du sport, de la politique, de l'économie, de la presse, vont converger vers eux. Parmi ces derniers, ils se trouvera bien (espérons-le) quelques bonnes volontés capables d'aller de l'autre côté du miroir pour montrer à la face du monde l'envers du décor. Rien n'empêche non plus le vainqueur sur son podium d'adresser un signe fort aux victimes de l'oppression.

Qu'on ne nous présente pas seulement la belle vitrine du conte de fée, mais qu'on mette au grand jour aussi les arrières boutiques moins prestigieuses. Appuyer le doigt sur un point douloureux peut aider au diagnostic de la maladie. C'est hélas! le seul domaine du possible. Si nous ne pouvons rien changer au cours de l'histoire ni au destins des opprimés, faisons comme Jesse Owen: sauvons au moins notre dignité.