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10 mai 2017

Loup, fais moi peur!

A chaque élection la France joue à se faire peur. Dès le premier tour, elle place ses urnes sur le fil du rasoir, elle se donne la chair de poule en agitant l’épouvantail du Front National. L’essentiel est qu’à force de regarder dans le puits, elle ne finisse par y tomber.

Une fois encore j’ai repensé à cette phrase prononcée par François Mitterrand à propos de ses adversaires virulents :

-« La France ne les aime pas, la France les supporte ! »

Cette phrase s’applique si bien aux Le Pen.

C’est si bon de rester dans notre République ample et généreuse avec ses valeurs comme avec ses travers. Nous l’aimons. Nous ne voulons pas la perdre.

Dimanche soir c’est presque instinctivement que nous nous sommes pincés lorsque ce jeune homme de trente neuf ans au physique d’adolescent est apparu d’un pas assuré et solennel, car c’était presque un rêve.

A ma connaissance, jamais au cours de l’Histoire on ne voit une ascension si fulgurante, si inattendue, si surprenante. Toutes les prévisions, de la plus condescendante à la plus méprisante ont été déjouées. Tout le monde s’est trompé sauf, (et c’est rassurant pour la démocratie) les électeurs.

Il y a dans ce pays un instinct républicain, une sorte de flair infaillible qui me rend optimiste et joyeux. Après les mensonges de Sarkozy, l’irrésolution de Hollande, ils ont choisi le coup de poing qui renverse la table. De la bulle Macron qui suscitait tant de sourires ils ont fait une véritable bombe qui a explosé au nez des vieilles barbes.

Si ce n’est pas une révolution, c’est un chambardement. Et il y a quelque chose de pathétique que de voir sortir des ruines des partis effondrés, ces sortes de fantômes qui s’essoufflent à courir derrière l’homme qui marche.

Où nous mène cet homme ? Son regard est celui de l’aigle. Son langage direct nous change des phrases convenues, du vocabulaire lénifiant ! Manifestement il n’est pas comme les autres.

Et puisqu’il nous a délivrés de la haine, si nous faisions encore un bout de chemin avec lui! Cela ne nous empêchera pas d’être méfiants et de trembler. Que son audace nous fasse peur, mais cette fois dans le bon sens !

 

17 avril 2015

Le chant du cygne noir.

Un dessin du Canard Enchaîné résume le fond de pensée du F.N. tout en  illustrant l’ambiance qui anime ce parti dangereux. On y voit Marine Le Pen en femme de ménage pousser des détritus sous le tapis tandis qu’elle s’écrie : « Je planque tout sous le tapis, et mon père secoue le tapis ! »

Inutile d’insister. On verra sous peu ce que cache le tapis, même  si, pour les plus avertis, c’est un secret de polichinelle.

Que ceux qui se réjouissent de la querelle de famille chez les Le Pen gardent quelque peu leur sang froid. Cela ne change rien à l’affaire, ou peut-être ça change tout.

Je m’explique. Les écarts de langage stratégique de Jean-Marie sont surement pour lui le chant du cygne. Même s’il garde toute sa lucidité, son mordant et, soit dit en passant, sa parfaite maîtrise de la langue française, le vieux lion n’est plus dans le coup. Pour une nouvelle génération qui ignore l’Histoire, il parle de vieilles lunes. Par contre, ses outrances de langage donnent à sa fille l’occasion d’opérer une étape importante dans la normalisation de son parti. Si vous me permettez cette comparaison triviale, en tuant le père, la fille vide sa poubelle. Désormais le FN apparaît comme un parti tout net, tout propre, qui peut prétendre à la respectabilité, même si celle-ci n’est qu’une fumeuse apparence.

Du coup, les électeurs de droite, surtout UMP, jusque là encore hésitants, ne vont plus avoir de scrupule à voter FN au cas où ce dernier viendrait à s’opposer à un candidat de gauche.  C’est important, et c’est catastrophique. Les descendants du gaullisme qui passent du général au maréchal, c’est la Croix de Lorraine qui devient Tour de Pise.

Contrairement à ce que j’écrivais dans un précédent article, la possibilité d’accession au pouvoir des Le Pen se rapproche de nous. La prochaine échéance peut la rendre possible. Une marche vers un inconnu  trop connu a été franchie.

 

 

12:44 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fn, le pen, ump, électeurs, droite

31 mars 2015

Contestation à deux faces.

En France, dans le corps électoral, les contestataires peuvent se diviser en deux catégories bien distinctes : d’une part les inactifs, d’autre part les actifs, pour ne pas dire les excités.

Les inactifs sont ceux qui, lors des journées électorales, restent à la maison ou vont à la pêche. C’est leur façon à eux de protester et de déclarer leurs attentes déçues. Bien qu’on parle d’eux les soirs de bilan à la télévision, ils sont vite oubliés, tenus pour quantité négligeable, relégués dans l’ombre au rang des anonymes. Ils sont les absents qui ont toujours tort.

Si ces muets du sérail ne sont finalement pas dangereux, il en va tout autrement de la deuxième catégorie : les actifs.

Ces électeurs là ruminent. Leur vengeance ils la veulent à la hauteur de leurs rêves de campagne électorale déçus. Or la vengeance n’est pas un sentiment de raison, c’est un facteur de trouble, de déséquilibre. La vengeance est l’autre face de la haine. C’est souvent l’arme des faibles.

Ce que n’arrivent pas à comprendre les partis politiques dits républicains (ni d’ailleurs les responsables du F.N. euphoriques et dépassés par leur succès), c’est que bon nombre d’électeurs, qui s’estiment trahis, déposent dans l’urne un bulletin d’extrême droite par dépit, pour faire mal, pour casser, pour détruire, fût-ce la démocratie. Il y a beaucoup de désespérés qui programment ainsi leur suicide pour appeler au secours.

A ce phénomène social, il est inutile de répondre par l’invective de l’autre. Aller chercher des arguments dans la période noire de notre histoire pour arrêter le FN, c’est puiser de l’eau avec un panier. On ne raisonne pas ainsi le dépit des électeurs qui votent avec leurs tripes avant de voter avec leur cœur.

Tant que les hommes politiques de droite comme de gauche se feront élire sur des mensonges pour ne pas risquer d’être battus en disant la vérité au peuple, le FN prospèrera, et un jour, qui devient de plus en plus proche, l’emportera.

Ne soyons pas naïf, il ne s’agit pas de dire toutes les vérités, une seule d’importance à laquelle on puisse se raccrocher peut suffire. Mitterrand le comprit, qui, en pleine campagne électorale se déclara, contre l’opinion publique, adversaire de la peine de mort. On lui reconnut le courage et le panache. Cela lui fit gagner des voix. Churchill galvanisa son peuple en lui assénant : « Je ne peux vous promettre que du sang, de la sueur et des larmes. »

Ce qui nous sauve encore, c’est le camp des inactifs scrupuleux qui se réveille partiellement au second tour pour se décider enfin à voter, c’est le report des bons républicains de plus en plus rares.

Bientôt c’est sûr, plus personne ne se réveillera. On pourra découvrir alors ce que le FN a dans le ventre, quand il nous l’aura mis sur le dos.