14 août 2008

Des morts d'avenir...

Après le drame vécu par Marie Imbert et son fils Vincent, après le terrible dilemme posé par Chantal Sébire, pour ne parler que de affaires les plus médiatisées, les bonnes consciences s’étaient rendormies.
Voilà qu’à nouveau la mort de Rémy Salvat, ce jeune homme atteint d’une maladie orpheline incurable, réveille le vieux débat sur l’euthanasie. Chaque fois c’est un coup de boutoir ou un coup de tocsin qui interpellent les esprits conservateurs car ces morts à caractère « militant » font grand bruit. Je prédis aux bons esprits qui font la sourde oreille que, sans relâche, ils seront désormais harcelés tant qu’il n’auront pas apporté de réponse aux détresses exceptionnelles de fin de vie.
Pour moi, Rémy Salvat ne s’est pas suicidé ; il s’est donné la mort. Si le résultat est le même, la démarche n’est pas la même dans un cas ou dans l’autre.
Il est bien délicat de donner une définition du suicide, car il n’y a pas un suicide mais « des » suicides. En général pourtant on s’accorde à penser que le suicide est le résultat d’un processus « pathologique » personnel et secret qui conduit un être à refuser d’assumer la complexité d’une situation qui lui est insupportable. C’est un acte de renoncement, d’abandon suprême.
S’il y a renoncement dans les cas qui nous intéressent, il n’y a jamais abandon. Ce qui me frappe et m’émeut chez ces malades en fin de vie, c’est leur extraordinaire courage et la lucidité dont ils font preuve, en pensant aux autres, pour forcer leur destin. Face à un mur d’incompréhension, ils se sont posés en défis et ont osé braver l’interdit sur la place publique. Alors que pour eux, tout espoir était perdu, que leur avenir se limitait à la semaine ou au mois, du fond de leur trou, du fond de leur souffrance, ils ont relevé la tête pour la cause de ceux qui, malheureusement, leur succéderaient. J’ai encore présent en mémoire le visage boursouflé de Chantal Sébire, crevant l’écran, et qu’elle montrait dans toute sa laideur pour frapper l’opinion et interpeller les politiques.
Chacun de ces morts tragiques est un combattant de plus qui vient s’ajouter à l’armée des ombres. Cette armée, que d’aucuns croient fourvoyée dans les cimetières, avance en bon ordre ; elle ne renoncera plus au combat. Elle finira bien un jour par troubler la conscience des bien pensants, de ces gens trop portés à décider seuls de ce qui est bien ou de ce qui est mal pour les autres, alors qu’on leur demande seulement de n’envisager que ce qui est humain.
L’opinion publique se plaint souvent du pouvoir qui distribue trop facilement les décorations. S’il y a des vivants qui ne les méritent pas, je pense qu’il y a des morts qui les méritent.