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03 septembre 2014

Un homme sous la pluie.(suite)

Voici venir une averse d’une autre nature. Un livre qui prend des allures de torchon. Je ne comprends pas que la presse fasse tant d’honneur au règlement de comptes d’une caractérielle.

Mais passons : Hollande a d’autres chats à fouetter que de se saisir d’un parapluie contre ce genre d’orage. Car la crise est bien là et la crise dure.

Je ne sais pas si les Français se souviennent de ce qui en est la source : ces opérations frauduleuses d’un capitalisme débridé, qui ont rendu les banques malades jusqu’à l’indigestion : les supprimes.

Or le capitalisme a ceci de particulier, c’est que ce ne sont pas ses tireurs de ficelle qui trinquent, mais les gens ordinaires, comme vous et moi, qui souffrons d’une économie affaiblie par leur faute. Pire, non seulement leur impunité est totale, mais encore il a fallu les soutenir avec de l’argent public pour qu’ils ne nous entraînent pas plus avant dans un naufrage.

Autre constatation de mal profond : Ce n’est pas la prospérité qui crée le plus de riches, mais la crise ; plus celle-ci s’aggrave, plus elle fabrique de riches, et, à contrario, plus elle génère de pauvres, d’assistés, de malheureux. C’est un cercle sans fin.

Comment sortir de la spirale mortelle? Puisque le mal est fait, en frappant un grand coup.

Dans les circonstances exceptionnelles, il faut savoir sortir du sentier idéologique, quitte à le reprendre un peu plus loin.

En réalité peu de gens se rendent compte que nous sommes engagés dans une guerre économique dont dépend notre niveau de vie. Si cette guerre devait être perdue, des déboires autrement plus cruels nous attendraient, nous, mais surtout les générations futures.

Pour rester dans les comparaisons, en 1914, dans les tranchées, on ne se posait pas la question si la guerre était de gauche ou de droite, on pensait surtout à s’en sortir, à la gagner. L’avenir du pays en dépendait.

Notre société, restée sur des notions du siècle dernier, râle et vitupère parce qu’elle n’a rien compris. Nous sommes dans la situation des grenouilles de la fable de La Fontaine qui cherchent le roi qui va les gober : la facilité.

Hollande, rendons-lui cette justice, a compris qu’on ne peut pas continuer ainsi. Un violent coup de barre est nécessaire. Son seul tort à mon avis, c’est, par souci de synthèse, de ne pas s’être entouré d’une équipe ministérielle de convaincus dès le début. Espérons que le dernier remaniement aura porté remède à la cacophonie, sinon au désordre et aux contradictions.

Même si je dis cela en mettant mes convictions dans ma poche, malgré ses maladresses, Hollande a pris la bonne orientation, courageuse et digne. Contre vents et marées, nous nous grandirions en lui souhaitant qu’il réussisse au lieu de l’enfoncer.

30 mars 2013

L'homme qui rit sous la pluie.

A l’aube de l’an II de sa défaite, voila Nicolas Sarkozy, tout droit tombé de la dernière averse, qui se lance dans l’humour belge. Inconsciemment, peut-être évite-t-il de s’essayer dans l’humour français, sachant que là encore il risque d’être défait par François Hollande. Qu’il se méfie pourtant de ne pas trop évoquer la pluie, car un proverbe populaire dit « qu’il pleut toujours sur les mouillés ». Du reste, en aucun cas la justice n’est disposée à lui ouvrir le parapluie. En politique, les giboulées ne durent pas que le temps d’une saison ; pour lui les lourds nuages ne se dissipent guère, au contraire ils s’amoncellent et l’hirondelle de quelques rieurs-bon-public n’annonce pas forcément son printemps.

Cette façon superficielle de refaire surface ne peut faire oublier dans quel état le sortant-sorti a laissé la France. On peut le mesurer tous les jours par l’épaisseur du brouillard dans lequel se débat son successeur. Les caisses sont vides, l’économie est plombée, les Français ont le moral dans les chaussettes plus peut-être que la situation ne le mérite. Car, en dehors de ceux qui sont frappés directement par la perte de l’emploi, convenons que, comme les enfants au coin du bois, chacun   joue à se faire peur. Comme toujours, dans la victoire d’un candidat sur le sortant l’opinion voit l’arrivée d’un faiseur de miracles. Mais que peut une boîte à outil du meilleur effet sur une plomberie qui fuit de toutes parts.

La crise vient de trop loin. Elle était prévisible, pour notre pays, mais aucun de nos chers énarques qui se tiennent par la barbichette ne l’a prévue, à fortiori anticipée.

La dette d’Etat sur laquelle on se focalise est à mon avis moins grave que le déficit du commerce extérieur. Elle n’en est même que la conséquence. Quand, dans une maison, on dépense plus qu’on ne reçoit de salaire, la faillite n’est pas bien loin. Il ne reste comme solution facile que l’endettement. Facile, mais néanmoins mortelle. C’est ce qui s’est passé pour la France qui, depuis des décennies,  achète aux autres pays plus qu’elle ne leur vend.

Toute industrie est soumise aux lois de la vie. Si elle ne se régénère pas, elle disparaît à jamais. L’humanité tire sa force des jeunes générations, l’économie des idées neuves.

Par l’aveuglement de ses dirigeants, la France qui a les atouts de l’intelligence et d’une démographie positive, s’est laissé surprendre par le vieillissement de ses industries. Il fallait, dès les premiers signes de défaillance, dans un élan colbertiste intense, mettre le cap toutes sur la recherche. Tout lui sacrifier et lui concéder, guetter la moindre invention, faciliter la dépose des brevets et leur mise en application. Au lieu de cela nous nous sommes épuisés en débats de sociétés et autres vieilles lunes. A croire que nous payons encore de n’avoir pas digéré notre Révolution de 1789. Nous donnons des leçons de droit alors que nous devrions en prendre d’économie. Nous pensons et les autres agissent. Chaque fois qu’une mesure économique un peu dure est envisagée on la rejette sans penser qu’elle conditionne le social. Savoir sacrifier à une politique de droite pour mieux asseoir sa politique de gauche, il y a longtemps que les socialistes allemands ont compris cela. Bien sûr ce n’est pas électoraliste. Ce n’est même pas électoral. Ce n’est pas non plus politiquement correct.

Si Hollande a compris cela, ce n’est point de sa boîte à outil qu’il doit sortir les solutions, mais d’une usine qui ne soit pas une usine à gaz. Quittons d’être cigale pour devenir fourmi.

Et que les faux rossignols chantent sous la pluie s’ils le désirent, pourvu qu’ils ne nous gâchent pas le printemps tant espéré, eux qui sont la cause de tant de feuilles mortes.

08 novembre 2012

Une victoire impossible.

« Il aurait dû être battu ! ». C’est, à peu de chose près, la remarque péremptoire émanant de nombreux observateurs des élections américaines.

Si l’on se place du point de vue de toutes les élections démocratiques qui ont eu lieu ces derniers mois, ils ont raison. Tous les sortants, plombés par la crise économique, se sont fait sortir.

Or voilà qu’Obama, en vilain canard, sans surfer sur un triomphe, est tout de même élu confortablement. Pourquoi la montée du chômage à peine teintée d’une embellie, pourquoi  l’ampleur de la dette, du déficit commercial, du marasme industriel ne l’ont pas, comme les autres, emporté dans la tourmente?

A mon avis pour cerner le mystère de cette élection, deux phrases- clefs sont à analyser : l’une prononcée en cours de campagne par Madeleine Albright ancienne secrétaire d’état de Bill Clinton, l’autre prononcée en conclusion par une journaliste française.

« Je ne comprends pas comment des femmes peuvent voter pour le candidat républicain Pitt Romney ! » s’est écriée la vieille dame, tandis que la journaliste affirmait à propos des laissés-pour-compte de la société américaine : « Ils ont voté en masse Obama et pourtant le chômage les ronge… »

La cause est simple à découvrir. En portant la campagne exclusivement dans le domaine économique tout en affichant des positions ultra conservatrices à propos de l’évolution naturelle ou de la non-évolution de la société, les Républicains se sont sévèrement et même grossièrement trompés. Pour complaire à l’aile droite de son parti qui n’a jamais digéré l’élection d’un noir voici quatre ans, Romney a promis la suppression de l’assurance maladie, la mise en cause des procédés de contraception, le refus de l’interruption de grossesse, la diminution sensible des interventions de l’Etat etc…et tout cela a effacé ce qui pouvait être de bon sens pour relever l’économie.  L’adversaire a été stigmatisé par des propos d’une stupidité inconcevable : « Il (Obama) a soigné les gens, au lieu de leur donner du travail… »

Le résultat a été à la hauteur de la bévue. Toute une classe défavorisée s’est sentie menacée ; les femmes ont eu peur pour leur liberté personnelle. Aussi le vote majoritaire qui aurait dû s’exprimer en fonction des difficultés économiques a surtout été motivé par les problèmes de société. Obama a donc pu bénéficier du soutien massif de la classe populaire pourtant la plus touchée par la crise et de celui tout aussi massif des femmes.

A bien comparer cette élection américaine avec celle que nous avons vécue récemment en France, on peut trouver, dans la déconvenue de Sarkozy, quelques similitudes avec celle de Romney. Tous deux ont été battus en tant que représentants d’une caste privilégiée, pour leurs propos d’exclusion aussi, quand ce n’est pas pour leur arrogance, plus que pour leurs propositions d’assainissement économique.

Voilà en tout cas une manifestation de la sagesse des peuples bien réconfortante, même si elle en étonne quelques uns.