25 avril 2008

Tout sauf l'indifférence.

On peut ne pas être d’accord avec la politique menée par Nicolas Sarkozy et reconnaître que sa bonne volonté n’est pas en cause. Plus que le fond, connu depuis la campagne électorale, c’est la forme qui me gène. En effet, le Président de la République ne supporte pas l’idée qu’on puisse le taxer d’immobilisme; alors il bouge, s’agite, se met en avant au détriment du Premier ministre, avance à coups d’effets d’annonce. On pourrait lui appliquer la formule : « tout sauf l’indifférence ».
Ce remue ménage élyséen, qui ressemble à une fuite en avant, est presque pathétique par le désordre qu’il génère dans le gouvernement. En effet, nombreux sont les ministres qui n’arrivent plus à suivre dans cette bouteille d’encre où s’agitent des paillettes. Alors, ils cherchent leur voie en fonction des humeurs de leur patron. Rien d’étonnant donc qu’on assiste à ces culbutes en cascade qu’on appelle trivialement des "couacs !"
Plus grave encore, cette façon qu’a le chef de l’Etat de se projeter sous les feux de l’actualité, peut avoir des effets très négatifs dans les affaires délicates. Lors de la dernière conférence de presse du Président, un journaliste le lui a fait finement remarquer en posant une question au sujet d’Ingrid Betancourt.
Ce n’est pas la première fois que les responsables français ont à faire face à des enlèvements d’otages. Or il est à noter que le plus souvent les négociations pour leur libération ont été menées dans le secret par des émissaires non officiels rompus à cette tâche, parfois même sulfureux, comme le préfet Marchiani. Il est déjà fort délicat de négocier des situations conflictuelles d’état à état, suivant des règles internationales (on a vu ce que cela donnait avec Kadhafi) pensez donc avec des gens atypiques qui n’ont aucun principe de droit puisqu’ils sont en rupture avec l’ordre établi.
Ces rebelles ou ces bandits, pour qui le respect de la personne est secondaire, recherchent avant tout l’argent ou la notoriété ; ou bien les deux à la fois. L’otage est le moyen idéal pour faire parler d’eux. Ainsi les Farc savent pertinemment que tant qu’ils détiendront Ingrid Betancourt, ils seront reconnus d’une manière ou d’une autre et qu’on ne les oubliera pas au fond de leur jungle ; surtout depuis que la France a un chef d’état qui donne l’impression de dialoguer avec eux d’égal à égal et qui leur envoie des messages à la limite de la supplication. Ils se sont même permis de le traiter de « naïf ». C’est terrible à dire, mais on a eu l’impression qu’ils n’avaient pas tort en la circonstance.
Un Président de la République n’a pas à s’exposer pour donner à ces gens plus d’importance qu’ils n’en ont, au risque de leur tendre la perche pour les hisser sur la scène internationale.
Le Président peut agir dans l’ombre par le biais de ses envoyés, respecter les règles de discrétion et n’en être pas moins efficace. Oui, mais voila, la Télé n’en saura rien et les administrés non plus.
On retrouve ici la peur bleue du Président de donner l’impression d'immobilisme !