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20 janvier 2011

Madame Irma!...!

Je vous annonce en exclusivité  un prochain remaniement  technique au gouvernement. C’est devenu une absolue nécessité.

Le gouvernement va en effet se doter d’un secrétariat d’Etat aux prévisions. D’après ce que j’en sais, ce poste va être confié à une femme n’appartenant pas au monde politique. La prévision est une chose trop sérieuse pour être confiée à des politiques. Donc, la nouvelle secrétaire d’Etat sera une technicienne, une technicienne de la boule de cristal. On ne la connaîtra que par son prénom : Madame Irma.

Depuis quelque temps, vous l’avez sans doute remarqué, le gouvernement a pas mal dérapé dans ses prévisions. Ne parlons pas de la croissance, du pouvoir d’achat, de la lutte contre le chômage, de la construction de logements sociaux, de la diminution des inégalités ; ce n’étaient pas des prévisions, mais des promesses, autrement dit des paroles dans le vent pour attraper les pigeons. Parlons des prévisions, des vraies, celles qui devraient flairer les évènements dits imprévisibles.

Deux glissades en moins d’un an, c’est un miracle que nous ne soyons pas tous sur le derrière.

La grippe A arrive au grand galop. Autrement dit la peste. En toute hâte Roselyne Bachelot bat ses cartes, en tire une au hasard : le pendu ! Et le pendu lui dit : la Mort se frotte les os, il va falloir pousser les murs des cimetières, on va manquer de cercueils. Affolement !

Ouf ! les laboratoires pharmaceutiques sont là. Ils sont désintéressés, sérieux, scrupuleux. Bref, que des philanthropes. Ils lui fourguent 70 millions de doses de vaccins. Cela devait être la ruée vers la vaccination. Mais après quelques picouses, les Français renâclent. Soit ils ont peur du vaccin, soit ils s’en foutent. Qu’a-t-on fait des excédents ? S’en est-on servi pour vacciner les rats d’égouts ?

La grippe est passée sans grand dommage, en tout cas bien moindre que pour une grippe classique. Ce n’était pas prévu !

Les Tunisiens en ont marre de Ben Ali, de sa femme, de ses frères et beau-frère, de ses tontons, de ses cousins, nièces, neveux, et de ses obligés.

La rue gronde, la rue pousse, la rue meurt, la rue résiste. Toute une jeunesse mûrie à l’humiliation, à la pauvreté, au chômage, fait front.

Madame Alliot-Marie, notre surdouée, notre sans faute du gouvernement, bref notre ministre d’Etat propulsée aux Affaires qui lui sont étrangères, bat mollement ses cartes, en tire une au  hasard : le singe. Et le singe lui dit : « Tout va très bien madame la Marquise… »

Quelques poignées de braillards, on a vu ça en France. Nos gentilles forces de l’ordre vous règlent ça en quelques coups de matraques. On peut donner quelques leçons à Ben Ali.

Mais Ben Ali n’a eu besoin ni de ces leçon ni même du contingent de grenades lacrymogènes fortuitement bloquées à Orly, il s’est envolé un peu lourdement tandis que son armée qui avait fermé l’espace aérien, fermait aussi les yeux, de peur qu’il ne revienne. On découvre alors une nationalisation familiale de l’économie tunisienne. La dictature et le vol à grande échelle, la « totale ».

Ce n’était pas prévu !

A ce train là, il n’y aura guère que les prévisions de la Météo qui fonctionneront et encore…pas par temps de neige !

D’où la création de toute urgence d’un secrétariat d’Etat aux prévisions confié à  madame Irma. La boule de cristal mieux que les cartes ? Nous voilà rassurés.

Gouverner c’est prévoir. Vu les brillantes prestations en la matière, on pouvait en déduire que nous n’étions même plus gouvernés.

31 mai 2010

Le tonneau des Danaïdes.

Selon la légende de la haute antiquité, les 49 Danaïdes qui tuèrent leur époux la nuit de noce, furent condamnées éternellement à remplir un tonneau sans fond.

Notre tonneau des Danaïdes à nous est le régime des retraites, sauf que les gouvernements, pas plus l’actuel que les anciens, ne se sont aperçus qu’ils versaient de l’eau dans un récipient troué.

Nulle personne sensée ne saurait contester que le régime des retraites par répartition soit en danger et que pour le sauver, il faille mettre en place une réforme sérieuse, efficace, durable et par certains aspects douloureuse. Tout le monde est résigné au sacrifice, mais personne n’acceptera  une réforme décidée dans la précipitation, la confusion, le mépris des intéressés, sinon le diktat.

C’est malheureusement la méthode que semble privilégier l’équipe de Sarkozy.

L’affaire ne peut se résumer, se limiter, au seul allongement de la durée de vie moyenne. Certes, un salarié vit statistiquement plus longtemps et c’est tant mieux, mais c’est un raccourci trop rapide que d’en faire la cause principale du déficit des caisses de retraite.

Les sources réelles de ce déficit sont si diverses, si délicates à traiter, et pour tout dire si gênantes pour le gouvernement, que celui-ci préfère les occulter.

Il est pourtant nécessaire de faire une pause, de réfléchir, de mettre sur la table, à la connaissance de tous, la situation exacte de notre économie et par voie de conséquence, de nos emplois, cela éviterait de dire des contre-vérités en vue de prendre au pied levé, comme ce fut le cas par le passé, des décisions absurdes ou inefficaces.

Au lieu de viser en priorité les papis centenaires dont la désespérante  gaillardise creuse le trou financier, le gouvernement devrait rétablir au moins une partie de la vérité.

A savoir qu’il manque dans notre pays environ quatre millions d’emplois, que le chômage a dépassé les dix pour cent, que vingt quatre pour cent des jeunes de  moins  de vingt cinq ans sont au chômage, que le taux de ceux des 55-65 ans qui travaillent encore atteint à peine 38%. On voit que de nombreux  cotisants manquent à l’appel. Ce manque à gagner représente une somme colossale.

 Pourquoi  cacher que l’économie française est incapable de fournir du travail à ses jeunes comme à ses vieux ? On prétend imprudemment maintenir au travail des vieux, alors que c’est impossible.

Il faudrait reconnaître d’abord , au lieu d’insister lourdement sur l’allongement de l’âge légal du départ à la retraite, que la grosse majorité des travailleurs du privé qui ont atteint l’âge de 60 ans, est au chômage, en maladie, ou en invalidité. Il est extravagant de prétendre demander à ceux qui sont déjà sur la touche de continuer le match. Le voudraient-ils, qu’ils ne le pourraient pas.

Balladur et Fillon, l’un en 1993 l’autre en 2003 ont respectivement allongé la durée d’activité à 40 ans puis à 41 ans. Balladur, en revalorisant les pensions sur l’indice des prix, qui ont peu augmenté, au lieu de l’asseoir sur l’indice des salaires qui ont augmenté plus rapidement, a même réussi à faire perdre 7% aux montants des retraites.

Qu’ont-ils réglé, ces deux éminents politiques ? Rien du tout. Le problème reste entier. Ils n’ont fait que verser de l’eau dans le tonneau des Danaïdes.

Et comme on se prépare à répéter leurs erreurs, dans dix ans, dans vingt ans, nous en serons encore à verser de l’eau dans le même tonneau sans fond.

Or une vraie solution ne peut se trouver que si on pose bien le problème. Les mauvaises questions n’engendreront jamais que de mauvaises réponses.

Même s’il faut surveiller le vieillissement de la population, celui-ci est à mon avis plus inquiétant pour le coût de notre système de santé que pour nos retraites.

Le système des retraites sera sauvé essentiellement par la restauration d’une économie moderne et prospère. Mais ça, c’est plus difficile à faire que reculer l’âge de la retraite, augmenter les cotisations et réduire les pensions.

Chiche que c’est cette deuxième solution qu’ils vont choisir pour nous remplir le tonneau percé et ils n’auront même pas l’excuse d’une mauvaise nuit de noce.

 

24 février 2010

le populisme.

Par les temps qui courent, où l’on prête plus d’importance au mot, à la belle phrase (ou à la mauvaise) qu’à  l’action, être populiste peut vous conduire tout droit au bûcher.

Nos élites politiques qui n’ont ni vision de l’avenir, ni programme sérieux, ni solution radicale aux multiples problèmes créés par l’évolution fulgurante de nos sociétés, ces élites politiques passent leur temps à fouiller les poubelles et à distribuer des leçons de morale. Et elles en veulent à mort au populisme. Car pour elles, ce qui se fait de mieux, c’est l’élitisme.

Aussi, on voit le résultat de cette façon de penser et d'agir dans notre vie quotidienne, dans nos contacts avec la réalité du terrain.

L’abîme qui sépare l’administrateur de ses administrés apparait clairement dans les émissions de télé qui opposent l’homme politique à un panel de gens choisis (ou sélectionnés) dans la société civile.

A l’homme politique qui plane sur ses grandes idées : « nous allons juguler le chômage, nous allons réduire les inégalités, nous favoriserons la croissance, nous ferons de la France un grand pays » d’autres voix répondent, les voix du quotidien : « j’ai deux enfants, je suis au chômage, je touche 900 euros par mois, j’ai 600 euros de loyer. Je fais comment pour vivre ? Ou bien, j’ai un travail, mon salaire est de mille euros par mois, je n’arrive pas à me loger, alors je couche dans ma voiture. Pour la toilette et la douche, je vais dans un foyer ; ou encore, j’ai reçu l’avis de décès de mon mari à l’hôpital. En face de son nom, trois lettres de mépris : DCD. »

En général ça se termine par : « Je ne connais pas votre dossier, donnez-moi vos coordonnées, je vais voir ce que je peux faire pour vous ». Une façon comme une autre de dire : « Vous avez eu la chance de me rencontrer, vous aurez un traitement de faveur. »

Nos hommes politiques n’aiment pas le peuple, ils le supervisent. Rien d’étonnant que sous leurs pieds, tout se délite, tout foute le camp, dans la rue, à l’école, à l’usine, à l’hôpital. Plus que de dirigisme, notre société a besoin d’affection et de considération. Considération à la personne, considération pour le travailleur, considération pour le malade, considération pour le pauvre bougre. Et qu’on ne me fasse pas dire le contraire de ce que je pense : considération ne veut pas dire complaisance.

Entendons-nous bien aussi. Je méprise profondément le populisme de Le Pen qui flatte le peuple dans ses mauvais sentiments, qui développe la haine de l’autre, qui prône l’exclusion ;

Mais il y a un autre populisme, celui qui comprend, celui qui aime, celui qui lutte, qui défend, le populisme des tripes. Le populisme à la Jaurès.

Ce populisme a le droit et même le devoir de chausser ses gros sabots et d’entrer dans les chapelles ou l’on murmure de belles idées tout en se poussant des coudes pour asseoir sa carrière. Il a le droit d’en chasser l’hypocrisie. Que ceux qui font mépris du peuple subissent à leur tour le mépris. Même si cela peut paraître choquant.

Quand Frêche dit à un cul bénit bien pensant : « Je te couperai les c…. sans que tu  t’en aperçoives » sous la grossièreté de l’image, tout le monde saisit le fin mot de la démarche. Avec le fameux vers de sa chanson : « Je te fous la gueule dans le bénitier », Léo Ferré ne dit pas mieux.

Une société stéréotypée, en passe de se formater, qui ne tient plus compte des individus qui la composent, a bien le droit d’avoir ses fous comme les rois avaient les leurs auprès du trône, pour leur dire les vérités que les courtisans n’osaient pas leur révéler.

                                           A suivre: Florence Aubenas (quand j’aurai lu son dernier livre)