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22 janvier 2015

Des mots...encore des mots!

Le corps enseignant est tombé de haut en se voyant refuser la minute de silence par des élèves, dont certains ont à peine dix ans, avec des arguments à vous faire dresser les cheveux : « ils l’ont bien cherché… ».

Et soudain la société française découvre l’ampleur de la « fracture sociale » dont Chirac lui a tant rebattu les oreilles, sans que personne n’ait jamais réussi à la situer exactement.

Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Il n’est plus temps de se voiler la face. La France apparaît divisée en profondeur, moins économiquement que culturellement. Dans les Cités, des pans entiers d’une jeunesse mal éduquée, mal structurée, mal dans sa peau, en jachère, s’est tournée vers le poison, se dressant comme une menace contre notre civilisation même.

Pendant que l’essentiel de la classe politique croisait le fer avec les Le Pen, croyant tenir là l’adversaire de tous les dangers, un ver insidieux, autrement plus pervers, taraudait nos banlieues depuis plus de trente ans : le plus fanatique, cruel, inhumain, des intégrismes religieux.

A ceux qui en douteraient encore après l’effroyable exécution de 17 personnes, je recommande la lecture de l’ouvrage d’un ancien commandant de l’armée algérienne en lutte contre l’intégrisme dans les années 90 et qui est devenu l’un de nos meilleurs écrivains : Yasmina Khadra dans « l’Imposture des mots ».

Je peux même vous citer quelques phrases qui valent du fer rouge : « …férocité absolue – des bébés ont été embrochés, frits et brûlés vifs ; de telles horreurs ne peuvent être commises que par des mystiques ou des forcenés …l’enfer du ciel tremble devant celui des hommes… pour atteindre un tel degré de barbarie  il faut impérativement avoir divorcé d’avec Dieu et les hommes. »

Générations perdues par indifférence, parmi lesquelles, pointe de temps à autre un cerveau malade que le fanatisme a envahi.

La tâche est immense pour rattraper autant que faire se peut ce qui peut être récupéré. C’est dire si l’unité et la sagesse de notre classe politique est indispensable, au moins dans ce qui concerne la défense de nos valeurs. Or nous voilà retombés dans « l’imposture des mots ».

Si l’on peut comprendre Manuel Valls dans son choix du mot « Apartheid ! » pour sonner le tocsin, on accepte moins la leçon de sémantique que Nicolas Sarkozy est venu nous faire à la télévision.

Il se dit choqué. Il aurait mieux fait de se taire lui qui a associé le mot « Karcher » à la banlieue, sans autre but que de bomber le torse. Quand on a passé douze ans aux plus hautes responsabilités, donc cinq à la plus haute fonction de l’Etat, on fait preuve d’un peu plus d’humilité. Car en l’occurrence l’imposture des mots n’a plus cours. Il faut des réformes en profondeur.

06 avril 2013

Est-ce qu'ils en ont...?

Laissons à leur erreur les gens aux idées courtes qui nous mènent droit dans le mur. Contentons nous de leur répéter que leur formule idiote : « Tous pourris ! » a fait le lit jadis de Franco en Espagne, d’Hitler en Allemagne, de Pinochet au Chili…pour ne citer que ceux-là. Je doute pourtant qu’ils y réfléchissent.

La force à la place du droit n’a jamais rempli  que les prisons d’innocents, les salles de torture de malheureux, les cimetières de morts sommairement exécutés. Il est si facile de perdre la liberté, mais il faut bien du sang et des larmes pour la reconquérir. Et ce n’est pas ceux qui ont contribué à sa perte qui se sacrifient le plus.

A propos de l’affaire Cahuzac un chroniqueur remarquait que ce n’était que sous un régime républicain qu’on trouvait des scandales. Et pour cause ! Sous une dictature les morts ne parlent pas et ceux qui veulent garder la vie se taisent. La corruption et l’enrichissement personnel des puissants peuvent alors être pratiqués sans crainte.

Peu de gens se souviennent (déjà !) comment le clan Ben Ali avait institué un régime mafieux en Tunisie et quelle monstrueuse richesse il avait volé à son peuple.

Tout au long de son histoire, la République est jalonnée de scandales où des escrocs de haut vol ont puisé dans les caisses. Ce qui est plus grave encore que les agissements frauduleux de Cahuzac. Mais au moins a-t-on pu confondre et punir quelques coupables.

L’affaire Panama, l’affaire Stravinski. Le brave Gustave Eiffel lui-même, dont le monde entier admire la tour, sent passer le vent du boulet. Condamné en première instance à 2 ans de prison et 20 000 F d’amende, il est heureusement blanchi en appel grâce à la plaidoirie de Waldeck Rousseau, mais l’ordre lui retire la légion d’honneur. L’ingénieur qui, soumis à la pression politique, servit maladroitement d’intermédiaire, finit par être rétabli dans son honneur.

Doit-on  pour autant se satisfaire du climat actuel. Certainement pas. Le Président Chirac condamné malgré toutes les entraves à la justice, le Président Sarkozy mis en examen dans l’ombre d’un lourd feuilleton judiciaire qui menace de se prolonger, Balladur sous surveillance, le ministre du budget chargé de traquer la fraude surpris à frauder lui-même… ça commence à faire beaucoup…

Il faut de toute évidence, sans pour autant se faire d’illusion quant aux futurs dérapages, réagir pour se protéger au mieux de cette peste.

Comme je le disais dans mon précédent blog, il faut que les militants se montrent plus vigilants sur le choix des hommes qu’ils poussent en avant.

Il faut surtout limiter le nombre de mandats sur une seule tête afin d’éviter les cumulards qui finissent par se persuader que la République leur appartient et qu’ils sont au-dessus des lois.

Il faut limiter aussi la durée des mandats. Il n’est pas sain qu’un député siège une trentaine d’années à l’Assemblée Nationale avant d’aller roupiller au Sénat. Cela resserre trop le monde des élites, crée des habitudes et des copinages troubles et, en gelant les places, empêche la délégation politique de se renouveler.

Enfin il faut mieux garantir le statut  de la presse et l’indépendance de la justice. Il n’est pas normal que sous Mitterrand des journalistes soient écoutés illégalement, que sous Sarkozy on utilise des services d’Etat pour connaître les sources de tel ou tel chroniqueur. Il n’est pas normal non plus d’attendre 18 ans pour confondre Chirac et 20 ans pour que Tiberi, ancien maire de Paris, soit convaincu de fraude électorale. Dans ce domaine on pourrait dire de façon humoristique que la droite, si prompte à donner des leçons, s’est mieux débrouillée que la gauche. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est mieux apte à gouverner.

Dernier point, et non des moindres : si l’on confie aux élus le soin de ces réformes, autant dire au meunier de couper les ailes de son moulin. C’est là où le bât blesse. C’est là où l’on verra si les parlementaires en ont… et de ce que vous pensez, et des principes démocratiques.

 

19 juin 2011

Le scaphandre et le papillon.

 

Je demande pardon à la mémoire du regretté Jean-Dominique Baudy d’emprunter le titre de son livre ; livre que, paralysé à vie, il dicta à son orthophoniste, lettre par lettre, du seul battement de sa paupière gauche. 

Mais ce titre convenait trop bien à mon texte. 

On a connu Jacques Chirac engoncé dans le scaphandre de sa fonction présidentielle. Raide, la mine sévère, le ton solennel, les manières cassantes, il ne lui manquait guère que le frac à queue de pie et le haut de forme des cérémonies de la bourgeoisie londonienne. En somme un titulaire de la République comme l’aime le Français moyen. 

Mais le grand Jacques goûte depuis plus de quatre ans déjà aux ineffables joies de la retraite. Cet état de grâce, joint à quelque petit accident vasculaire, lui ont donné, je trouve, des airs de papillon. Il traîne autour de lui,  comme un parfum subtil, une gaîté lyrique, un jeu d’enfant, et vis-à-vis de son austère épouse Bernadette, de sournois règlements de comptes. Bref, le grand dadais est devenu le facétieux papy que tout le monde adore. 

Le Canard Enchaîné raconte comment, lors du 5ème gala de la Fondation Culturelle et de la Diversité, après avoir subi les discours officiels et ne goûtant pas la lecture de textes par des acteurs, il avait soupiré, devant un micro inopinément ouvert, au grand dam d’un parterre de notables et autres académiciens : « Qu’est-ce qu’on s’emmerde ici ! » 

Mais là où papy gâteaux donne la mesure de son talent, c’est en Corrèze. Notez que la Corrèze est à un vol d’oiseau de l’Auvergne. On peut appeler ça l’humour central. 

Alors que son épouse attentive et inquiète le couve d’un œil sévère, lui, au mépris des strictes consignes certainement reçues, a décidé de s’envoler, de virevolter de ses ailes, de se donner du bon temps, de se défouler de ses années passées dans le scaphandre présidentiel. Par la même occasion, avec un rien de maligne intention, il fera enrager Bernadette et le microcosme de ses amis. 

« Je voterai Hollande ! S’est-il écrié, de peur que les micros qui l’entouraient soient trop faibles cette fois. » 

Dès lors le spectacle n’était plus chez Chirac, mais sur les visages, sur les têtes baissées de son entourage. La mine réjouie, Hollande  devait se pincer pour ne pas jubiler. La mine consternée, Bernadette devait se contenir pour ne pas griffer. La comédie impromptue gagnait tout l’espace du théâtre de verdure corrézien. 

Ce cocasse épisode pourtant, laissait un goût d’inachevé. J’aurais tant voulu être petite souris quand Jacques et Bernadette sont rentrés à la maison. La scène a dû être épique.  

« Vous allez vous excuser ! » 

« Non je ne m’excuserai pas ! » 

« Alors je vais le faire à votre place. » 

Du coup elle en a fait des tonnes, ce qui a encore ajouté à son ridicule. Je ne doute pas que dorénavant son passe temps favori soit la chasse aux papillons. 

Si l’on avait placé un micro sous l’oreiller de Chirac, le soir de ce mini-drame, je suis presque sûr qu’on aurait pu entendre le dormeur murmurer, plein d’extase : « Ah ! je les ai bien emmerdés ! » 

On comprend pourquoi Chirac aime tant le Japon. Malgré les catastrophes, il restera toujours le pays du sourire.