06 juin 2008

Tous pour un...ou un qui se met à la place de tous?

Avant qu’ils n’entrent en politique, nos chers Enarques devraient obligatoirement pratiquer le rugby à quinze ou le jeu à XIII qui sont d’excellents sports d'équipe ; y compris ces dames ! car il existe aujourd’hui d’excellentes équipes féminines. Ils ou elles, y apprendraient alors qu’une équipe est formée d’une somme d’individus qui conjuguent leurs efforts, mais que, compte tenu que l’union fait la force, sans son équipe un individu n’est plus rien.
Le modeste militant colleur d’affiche, qu’il soit de droite ou de gauche, sait cela. Eh bien figurez-vous que nos « bac plus six » eux l’ignorent ! d’où l’urgence de les envoyer groupés « à la castagne » comme dirait Claude Nougaro.
Pour illustrer mes propos je citerai quelques exemples que je prendrai à gauche, car c’est là que la crise est la plus grave.
Les Présidentielles de 2002 arrivent. Le PS quelques mois plus tôt s’est préparé minutieusement à les affronter. Il a soigneusement préparé un programme, a sorti un document de synthèse, a surtout demandé à ses militants de l’approuver par un vote. Les militants l’ont largement approuvé . Très bien, l’équipe était soudée. Mais quelle mouche pique le candidat Jospin ? Il se sent tellement fort qu’il sort de la mêlée pour jouer en solitaire :
-« Mon programme n’est pas socialiste, déclare-t-il »
Et vlan ! A la première charge, le voilà étendu sur le gazon.

Le référendum sur la nouvelle constitution européenne se présente. Grave question que l’on se pose : faut-il voter oui, ou faut-il voter non ? On se réunit pour analyser le document, on en discute avec sérieux et animation, les partisans de chaque tendance s’expriment, font valoir largement leur point de vue. On demande aux militants de les départager par un vote. Résultat, une franche majorité se dégage, ce sera oui !
Quelle mouche pique le secrétaire général adjoint, Laurent Fabius ? Il a flairé le vent, il est sûr de lui, il sort de la mêlée pour faire savoir:
-« Eh bien moi ! je voterai non ! et je ferai campagne pour le non . »
Et vlan ! fausse victoire, le PS qui croyait avoir gagné, reste étendu sur le gazon . Fabius qui a allumé la discorde dans son camp sort de l’aventure discrédité.

On revient à l’élection fondamentale du président de la République. Il ne faut qu’un seul candidat au PS. Les prétendants se bousculent dans un jeu stratégique. Finalement il n’en restera que trois en lice. Deux de trop, mais ce n’est pas grave. Ils se présentent, ils confrontent leurs idées, ils s’exposent à la télé. On demande aux militants de choisir lequel des trois ils estiment le mieux placé. A soixante pour cent les militants désignent Ségolène Royal. Tout est très bien ainsi, l’équipe peut rentrer sur le terrain. Quelle mouche pique quelques joueurs ? Ils sortent de la mêlée pour aller bomber le torse, chacun dans son coin :
« Vous-vous rendez compte ! Elle est nulle, elle ne maîtrise aucun sujet. Ah ! si j’avais été choisi… »
Quand ils ne le disent pas ils font pire, ils font des grimaces ou tendent des chausse-trappes.
Et vlan ! la courageuse Ségolène se retrouve, les quatre fers en l’air sur le gazon.

Tout cela serait risible s’il n’y avait en jeu le sort de millions de personnes qui ont donné leur cœur à la gauche et qui espèrent tant de ceux qui les représentent au sommet de la pyramide. D’après ce qui se dessine, ils risquent d’attendre encore longtemps de voir émerger leur victoire.

Il faudra bien pourtant qu’un jour, les joyeux drilles du PS se posent la question :
En démocratie, fût-elle interne au parti, qu’est-ce qui pèse le plus : la voix d’un Enarque qui croit détenir la vérité ou l’expression majoritaire des militants ? Autrement : dit tous pour un... ou un qui se met à la place de tous ?