MXX37
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

10 février 2017

Le contre-pouvoir

Chaque fois que Trump signe un décret, c’est une véritable mise en scène. Avec orgueil et suffisance, le nabab signe devant les caméras d’une écriture gigantesque comme un dieu tout puissant qui déciderait de la fin du monde.

Sauf que ce grand monsieur qui se prend pour le centre de l’univers, vient d’être ramené à sa juste taille par la justice de son pays qui vient d’envoyer à la poubelle son fameux décret interdisant l’accès des E.U. aux ressortissants de 7 pays musulmans. Il croit être le roi, un juge le descend du trône. C’est ça un contre-pouvoir dans une démocratie.

Deux contre-pouvoirs surveillent la démocratie : la presse indépendante qui dénonce les irrégularités du pouvoir, la justice qui les condamne. Sans ces deux piliers, pas de fonctionnement républicain possible.

On peut penser ce qu’on veut de l’affaire Fillon mais il est réconfortant de voir que la presse indépendante, comme dans d’autres cas, a joué le jeu pour mettre à jour des pratiques choquantes. Reste à la justice de jouer le sien.

Ce qui est inquiétant par contre, dans cette affaire, c’est l’attitude de soi-disant hommes d’états de haut rang, sinon de haut niveau, qui sont partis en guerre contre le devoir d’informer.

Au meeting de Fillon, chez Raffarin, les représentants de la presse ont été copieusement sifflés par des militants remontés par leurs discours vengeurs. Rien d’étonnant, on siffle le diable, les lanceurs de boules puantes, les officines à complots, les fouilleurs de poubelle. C’est bon quand on descend Cahuzac, mais touche pas à mon Fillon, car c’est toucher à mon poste, à mon siège de député, à mes ambitions ministérielles.

On a sifflé la presse, mais aussi à travers elle on a surtout sifflé la démocratie.

Des hommes qui se présentent comme d’authentiques démocrates, qui s’indignent qu’on puisse en douter, qui prétendent aux plus hautes fonctions de la République, n’hésitent pas à fouler aux pieds des principes pour lesquels tant d’autres hommes ont donné leur vie.

Quant à la justice, c’est la première fois que je vois des avocats entrer sans vergogne dans la campagne électorale au profit de leur client-candidat pour la dénigrer.

A plus forte raison, nous les électeurs, devons-nous nous mobiliser pour former le troisième contre-pouvoir qui jettera aux orties un microcosme politique de plus en plus corrompu.

06 avril 2013

Est-ce qu'ils en ont...?

Laissons à leur erreur les gens aux idées courtes qui nous mènent droit dans le mur. Contentons nous de leur répéter que leur formule idiote : « Tous pourris ! » a fait le lit jadis de Franco en Espagne, d’Hitler en Allemagne, de Pinochet au Chili…pour ne citer que ceux-là. Je doute pourtant qu’ils y réfléchissent.

La force à la place du droit n’a jamais rempli  que les prisons d’innocents, les salles de torture de malheureux, les cimetières de morts sommairement exécutés. Il est si facile de perdre la liberté, mais il faut bien du sang et des larmes pour la reconquérir. Et ce n’est pas ceux qui ont contribué à sa perte qui se sacrifient le plus.

A propos de l’affaire Cahuzac un chroniqueur remarquait que ce n’était que sous un régime républicain qu’on trouvait des scandales. Et pour cause ! Sous une dictature les morts ne parlent pas et ceux qui veulent garder la vie se taisent. La corruption et l’enrichissement personnel des puissants peuvent alors être pratiqués sans crainte.

Peu de gens se souviennent (déjà !) comment le clan Ben Ali avait institué un régime mafieux en Tunisie et quelle monstrueuse richesse il avait volé à son peuple.

Tout au long de son histoire, la République est jalonnée de scandales où des escrocs de haut vol ont puisé dans les caisses. Ce qui est plus grave encore que les agissements frauduleux de Cahuzac. Mais au moins a-t-on pu confondre et punir quelques coupables.

L’affaire Panama, l’affaire Stravinski. Le brave Gustave Eiffel lui-même, dont le monde entier admire la tour, sent passer le vent du boulet. Condamné en première instance à 2 ans de prison et 20 000 F d’amende, il est heureusement blanchi en appel grâce à la plaidoirie de Waldeck Rousseau, mais l’ordre lui retire la légion d’honneur. L’ingénieur qui, soumis à la pression politique, servit maladroitement d’intermédiaire, finit par être rétabli dans son honneur.

Doit-on  pour autant se satisfaire du climat actuel. Certainement pas. Le Président Chirac condamné malgré toutes les entraves à la justice, le Président Sarkozy mis en examen dans l’ombre d’un lourd feuilleton judiciaire qui menace de se prolonger, Balladur sous surveillance, le ministre du budget chargé de traquer la fraude surpris à frauder lui-même… ça commence à faire beaucoup…

Il faut de toute évidence, sans pour autant se faire d’illusion quant aux futurs dérapages, réagir pour se protéger au mieux de cette peste.

Comme je le disais dans mon précédent blog, il faut que les militants se montrent plus vigilants sur le choix des hommes qu’ils poussent en avant.

Il faut surtout limiter le nombre de mandats sur une seule tête afin d’éviter les cumulards qui finissent par se persuader que la République leur appartient et qu’ils sont au-dessus des lois.

Il faut limiter aussi la durée des mandats. Il n’est pas sain qu’un député siège une trentaine d’années à l’Assemblée Nationale avant d’aller roupiller au Sénat. Cela resserre trop le monde des élites, crée des habitudes et des copinages troubles et, en gelant les places, empêche la délégation politique de se renouveler.

Enfin il faut mieux garantir le statut  de la presse et l’indépendance de la justice. Il n’est pas normal que sous Mitterrand des journalistes soient écoutés illégalement, que sous Sarkozy on utilise des services d’Etat pour connaître les sources de tel ou tel chroniqueur. Il n’est pas normal non plus d’attendre 18 ans pour confondre Chirac et 20 ans pour que Tiberi, ancien maire de Paris, soit convaincu de fraude électorale. Dans ce domaine on pourrait dire de façon humoristique que la droite, si prompte à donner des leçons, s’est mieux débrouillée que la gauche. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est mieux apte à gouverner.

Dernier point, et non des moindres : si l’on confie aux élus le soin de ces réformes, autant dire au meunier de couper les ailes de son moulin. C’est là où le bât blesse. C’est là où l’on verra si les parlementaires en ont… et de ce que vous pensez, et des principes démocratiques.

 

02 juin 2012

Et le 15 juin, la pelle?

Tout le monde sait, ou devrait savoir, la date du 18 juin est celle de la commémoration de l’Appel, depuis Londres, du Chef de la France libre, Charles de Gaulle.

Mais le 15 juin ? Après la première pelle du 6 mai, le 15 juin 2012 sera-t-elle la date de la préparation d’une deuxième pelle, pour l’ancien chef de l’Etat?

A partir de ce jour là en effet, Nicolas Sarkozy ne sera plus protégé par l’immunité constitutionnelle qui garantit le premier élu de la République tout au long de son mandat.

Les grands élus ont souvent la naïveté des grands enfants. Ils croient leur retraite si éloignée dans le temps, qu’ils oublient de la préparer pleinement. Ce n’est pas une question de confort matériel : il leur est largement dispensé. Non ! La  retraite complémentaire pour eux devrait être le confort moral, la tranquillité d’esprit des gens paisiblement retirés des affaires. Or on constate qu’à peine dégagée de sa charge, la vie d’un chef d’Etat devient un parcours judiciaire.

Avis au suivant : la retraite complémentaire d’un Président de la République se prépare, tout simplement, en pratiquant l’honnêteté.

Le 15 juin donc, la cloche de la rentrée judiciaire va sonner pour Sarkozy. Prière de se mettre en rang au coup de sifflet. C’est dur de descendre de l’Olympe, la demeure des dieux anciens, pour se retrouver à niveau de la rue au même titre qu’un justiciable ordinaire.

Karachi, l’Affaire Bettencourt, seront bien les hors-d’œuvre d’un repas qui risque d’être indigeste.

Surtout que les juges, comme grisés par l’air du Temps des cerises, commencent à montrer leur mauvais caractère et à pointer leur nez retors depuis la Cour de cassation... pour une affaire pourtant banale.

Des petits malfrats s’amusent sur internet à squatter les comptes bancaires de particuliers. Heureux hasard, ils tombent sur celui de Nicolas Sarkozy et s’en délectent. Bien entendu, comme aurait fait tout un chacun, l’intéressé porte plainte. Condamnation des indélicats en première instance mais infirmation du jugement en appel. La Cour de cassation saisie en dernière instance hésite. Elle fera connaître sa décision (comme c’est curieux !) précisément le 15 juin.

Des juristes pointilleux et certainement mauvais coucheurs ont posé une question impertinente : un président de la République qui, nommant les hauts magistrats, parfois contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, a indirectement autorité sur la justice, qui, de surplus, est hors de portée de cette même justice, a-t-il le droit de porter plainte sans qu’il y ait conflit d’intérêt ?

Ça promet ! Mais par pitié, réclamons une certaine indulgence. Qu’au moins les crocs de boucher soient laissés au placard !