12 août 2008

Me voilà réconcilié !

Ils comptent plus que les événements graves. Au Journal télévisé on ne peut les éviter, ils occupent tout l’espace.
Jeux du « m’as-tu vu » ; jeux de la triche ; jeux de « j’aurai plus de médailles que toi » ; jeux de la mauvaise conscience. On pourrait multiplier encore les qualificatifs péjoratifs à ces jeux de Pékin. Malgré le faste de leur début, ils sont ternes ; malgré les performances des athlètes ils sont sans intérêt, sans fraîcheur, sans goût. Trop « clean », trop « classe », trop bien organisés, ils sentent le cuir des bottes et la sueur du Tibet.
Ces jeux peuvent-ils encore être sauvés ? Ils le sont à mes yeux par les larmes d’une gamine. Depuis hier j’aime Laure Manaudou. Je la plains, je la crois, elle me plaît.
Auparavant elle a tout gagné, tout vaincu, tout dominé : une tueuse dans un bassin. Solitaire, impériale, froide, hautaine, elle me faisait l’effet d’une statue, d’un robot programmé pour gagner, d’une poupée de marque dans une vitrine trop bien éclairée.
Elle a craqué ! La belle naïade est enfin descendue au niveau des humains et dans sa descente, pour moi, elle s’est grandie.
Regardez les façons de son ancien entraîneur. Il n’était pas nécessaire d’être petite souris pour assister aux séances d’entraînement. Il est facile d’imaginer ce qu’elles étaient. Dix heures par jour le corps en laisse avec le chronomètre aux trousses. Plus de vie à soi, plus de pensée à soi. Interdit de vivre autre chose que ce qui est imposé ; interdit d’aimer. Des mois, des années de ce régime, non pas dans un but, mais pour une obsession : les médailles.
Avant d’être adulés par la foule, de nombreux sportifs sont déshumanisés. On ne les forme pas, on les fabrique pour faire porter sur leurs épaules le poids d’une nation. Tant mieux s’ils le supportent. Et s’ils ne le supportent pas ? Faut-il les mépriser comme on méprise les lâches ?
Il est bien loin l’esprit olympique ! Sans parler des intérêts financiers, il est aujourd’hui dominé par les « compteurs de médailles » qui exacerbent les tensions.
Sans le vouloir, Laure Manaudou renvoie à leur place les paris hasardeux, les pronostics cocardiers, les certitudes faciles des gens assis dans leurs studios. Elle paie son courage d’avoir refusé le système.
Les larmes de LAURE sont, comme dirait le grand Georges Brassens :
« LA SEULE CHOSE UN PEU SINCERE ,
DANS CETTE HISTOIRE DE FAUSSAIRE."

05 août 2008

On connaît le cheval en chemin et le cavalier à l'auberge.

J’incite les internautes à consulter la liste des proverbes chinois. Ils y trouveront par exemple celui-ci :
« La plus grande faute est de ne pas savoir se contenter. » (Lao-Tseu)
Il est attristant de voir le pays de Confucius, Lao-Tseu, Chou-King, Tchouang-Tseu etc.… qui a produit les plus grands philosophes et les plus grands sages devenir aujourd’hui le creuset où se développe tout ce qu’ils ont dénoncé : expansion effrénée et brutale, affairisme, esprit de domination et, je le crains, d’hégémonie.
Ce n’est pas le peuple chinois qui est en cause, lui qui subit, mais ses dirigeants qui ne sont pas issus de sa volonté, et qui se succèdent par la volonté d’une classe dirigeante sans avoir à rendre des comptes à ceux qu’ils gouvernent.
Comme dans toutes les dictatures, ce ne sont pas les aspirations de la population d’en bas qui comptent mais le maintien dans l’exercice du pouvoir et essentiellement cela. C’est dans ce but que l’organisation du système politique communiste a été conservée parce que sa hiérarchie verticale est bien commode. Economiquement cependant on a ouvert les portes au capitalisme sauvage qui, et c’est là le drame, depuis la chute du mur de Berlin n’a plus ni concurrence ni contrepoids.
Il faut que le monde, qui aujourd’hui se prosterne, prenne garde ; l’ambition affichée des dirigeants chinois est de faire de leur pays, à tout prix, la première puissance de la planète. Or le Comité International Olympique, naïvement peut-être, sous la pression mercantile d’une économie triomphante sûrement, a donné à la Chine une formidable vitrine promotionnelle et une caution morale dans le concert des nations. Le pays, par la volonté de ses gouvernants compte se servir outrageusement de ses athlètes pour s’affirmer davantage aux yeux du monde. Nul doute que ses meilleurs athlètes vont être poussés à rafler le maximum de médailles pour la gloire de leur drapeau. Il serait peut-être intéressant d’approfondir les méthodes de leur préparation et les conditions de leur participation aux épreuves. Quelques rumeurs circulent déjà à propos d’une jeune gymnaste qu’on dit âgée de seize ans, alors qu’elle n’en aurait que treize. On a pu voir des entraîneurs user du bâton pour amener de jeunes enfants à se surpasser. Je ne trouve pas non plus que la lutte antidopage soit le thème majeur de ces jeux
A ceux qui affirment qu’il ne faut pas tout mélanger, je réponds qu’il faut d’abord dénoncer ceux qui mélangent le sport et le nationalisme, deux notions dont l’une est l’antithèse de l’autre.
Il est important pour nous que la Chine devienne un état démocratique le plus rapidement possible sinon elle risque de se transformer en rouleau compresseur.
« On connaît le cheval en chemin et le cavalier à l’auberge » : proverbe chinois à méditer quand, durant tous ces jeux, nous aurons un œil chez "eux"!

07 avril 2008

L'eau tiède.

Les évènements qui secouent la Chine font naître dans notre pays émotion et polémique.
Comme toujours en pareil cas, il ne faut pas compter pour réagir dignement, sur nos hommes politiques au prétexte bien commode que les Jeux ne sont pas d’essence politique, alors même qu’ils le sont pleinement. Le C.I.O. en choisissant la Chine dans une forte ambiance de désapprobation a fait jouer l’option politique. Il nous a à l’époque bien bassiné les oreilles en jurant, la main sur le cœur, que la première conséquence de ce choix serait de faire évoluer ce grand pays vers plus de démocratie, plus de respect des droits de l’homme. On voit le résultat. C’est pour le C.I.O. le retour de boomerang.

Alors on comptait, nous Français, sur nos sportifs pour sauver l’honneur. Là encore il faudra attendre les lendemains qui chantent.
Le port de l’image de la colombe sur le maillot, suggéré dans un premier temps, a été jugé un symbole trop fort, trop bouillant, trop agressif et, finalement trop vexant pour les Chinois. Alors, faute d’acide décapant, on s’est rabattu sur l’eau tiède.
« Pour un monde meilleur ! » voilà ce que nos fiers sportifs vont arborer sur un badge dont la dimension reste à définir, ce qui me laisse craindre que les myopes ne puissent pas le lire ; et comme il y a beaucoup de myopes parmi les dirigeants chinois, on voit bien que cette formule d’enfer ne traumatisera pas grand monde.

Surtout que par définition cette dernière formule ne peut contrarier un seul dirigeant de la planète. N'importe quel hypocrite peut même la faire sienne. Car tout le monde veut « son » monde meilleur. Napoléon voulait « son » monde meilleur dans son esprit de conquête ; Hitler voulait, suivant ses pensées monstrueuses, « son » monde meilleur ; nul ne doute que les dirigeants chinois rêvent d’un monde meilleur où tous leurs opposants seront morts ou en prison.

Je souhaite courage et bonne conscience à l’athlète qui ira chercher sa médaille en tout esprit olympique. Quand parvenu sur le podium, l’hymne national de son pays libre sonnera son triomphe, il pourra toujours penser que, derrière les barreaux de leur prison, certains condamnés pour délit d’opinion rêveront longtemps encore « d’un monde meilleur ».

23 mars 2008

Il faut que la flamme vacille.

Etant donné ce que la Chine fait subir aux Tibétains, doit-on aller participer aux prochains jeux olympiques?

La question s'était déjà posée en 1936 alors que Hitler était au pouvoir. L'esprit olympique avait finalement triomphé de la barbarie naissante, sans toutefois changer le cours de l'histoire, en battant en brèche la propagande du Reich. Hitler, qui avait voulu profiter de l'occasion pour démontrer la supériorité de la race blanche, reçut cette fois là sa première gifle. Ce fut le festival des athlètes noirs; en particulier de Jesse Owens vainqueur du 100m (devant un Allemand), du 200m, du saut en longueur et qui battit en équipe le record du monde du 4X100.

Aujourd'hui les enjeux sont différents. Les intérêts économiques sont tels qu'aucune nation en vue ne prendra le risque de se mettre à dos les dirigeants chinois. La position de notre ministre des affaires étrangères, qu'on a connu jadis plus engagé pour la bonne cause, est à cet égard significative et Georges Bush montre sa complaisance en faisant savoir qu'il se rendra à Pékin.

Dans le concert des nations, la cause est donc entendue et ce n'est pas quelques défilés de militants convaincus qui changeront le cours des choses. Il ne faut plus se faire d'illusion sur ce début de siècle, ce ne sont plus les nobles idées qui comptent, mais le commerce qui engendre le profit. La société est à l'image de nous, consommateurs de tous poils.

Comment donc aller là-bas sans perdre son âme? A mon avis en jouant sur la situation inconfortable des Chinois. Leurs dirigeants comptent sur la grande manifestation sportive pour renvoyer au monde l'image positive d'une nation moderne en pleine expansion. Ils savent aussi que des gens influents du sport, de la politique, de l'économie, de la presse, vont converger vers eux. Parmi ces derniers, ils se trouvera bien (espérons-le) quelques bonnes volontés capables d'aller de l'autre côté du miroir pour montrer à la face du monde l'envers du décor. Rien n'empêche non plus le vainqueur sur son podium d'adresser un signe fort aux victimes de l'oppression.

Qu'on ne nous présente pas seulement la belle vitrine du conte de fée, mais qu'on mette au grand jour aussi les arrières boutiques moins prestigieuses. Appuyer le doigt sur un point douloureux peut aider au diagnostic de la maladie. C'est hélas! le seul domaine du possible. Si nous ne pouvons rien changer au cours de l'histoire ni au destins des opprimés, faisons comme Jesse Owen: sauvons au moins notre dignité.