05 juillet 2008

Un rayon de soleil à la télé.

La télévision nous a tellement abreuvés de semblants artificiels, de faussetés et de violence, que le spectacle qu’elle nous a donné de la libération d’Ingrid Betancourt est un pur moment d’authenticité et, pourquoi le cacher, de bonheur.
Certes, on ne doit pas lui attribuer tous les mérites, car la personnalité de l’ex otage des Farc, avec sa lucidité, sa fraîcheur, son intelligence, sa sensibilité et, pour tout dire , sa disponibilité, a largement contribué à ce climat exceptionnel.
Nous avions gardé de cette femme brisée, de cette ombre tragique, pathétique, un souvenir chagrin. Nous n’aurions donc pas été surpris si elle était descendue de l’hélicoptère salvateur, chancelante, hésitante, éblouie, soutenue dans ses premiers pas par les soldats de son escorte.
Au lieu de cela nous avons vu avancer une jeune femme à la démarche souple, au visage souriant, aux façons naturelles, qui semblait rentrer d’un long repos à la campagne. On aurait dit qu’elle voulait effacer tout à coup, face au monde, la triste image fantomatique qu’on avait partout diffusée d’elle.
Elle décrit les horreurs qu’elle a vécues avec sobriété, discrétion, presque avec indulgence.
« On n’imagine pas faire ça à un chien, ou même à une plante. »
De la rancœur ? De la haine ? Même pas ! : « Je souhaite que les Farc, avec l’arrivée de jeunes, changent leurs méthodes, s’humanisent, dit-elle simplement. »
Elle ne s’appesantira pas davantage sur ce lourd sujet.

A la voir ainsi aller et venir auréolée à la fois de candeur et de certitude, je me dis que la Colombie a manqué l’occasion historique de pouvoir l’élire Présidente. Je ne peux pas m’empêcher aussi d’être troublé, moi, l’homme ordinaire, par tant de force de caractère et moi, l’agnostique, par la puissance de sa foi en Dieu. Si je peux m’exprimer sans trop d’emphase je dirai que cette femme, à l’épreuve du temps et de la cruauté des hommes, a construit en elle une solide cathédrale.
Alors, y a-t-il eu marchandage ? Y a-t-il eu rançon ? A-t-on monté une trompeuse mise en scène ?
Toutes ces questions paraissent bien dérisoires au regard du résultat. Des êtres humains sortent de l’enfer, c’est là le principal. Ce qu’on pourra dire après est inutile.
Quant aux politiques, soyons indulgents ! Il est normal qu’ils essaient de tirer profit de ce fait divers exemplaire. Si j’avais un conseil à leur donner, je leur dirais de ne point trop en faire, constatant déjà que celui qui tire le plus grand bénéfice de la réussite est celui qui a fait le plus, mais qui en dit le moins : le président de la Colombie, Alvaro Uribe. On prétendait pourtant lui dicter ce qu’il devait faire.
Vade retro, vanitas !

25 avril 2008

Tout sauf l'indifférence.

On peut ne pas être d’accord avec la politique menée par Nicolas Sarkozy et reconnaître que sa bonne volonté n’est pas en cause. Plus que le fond, connu depuis la campagne électorale, c’est la forme qui me gène. En effet, le Président de la République ne supporte pas l’idée qu’on puisse le taxer d’immobilisme; alors il bouge, s’agite, se met en avant au détriment du Premier ministre, avance à coups d’effets d’annonce. On pourrait lui appliquer la formule : « tout sauf l’indifférence ».
Ce remue ménage élyséen, qui ressemble à une fuite en avant, est presque pathétique par le désordre qu’il génère dans le gouvernement. En effet, nombreux sont les ministres qui n’arrivent plus à suivre dans cette bouteille d’encre où s’agitent des paillettes. Alors, ils cherchent leur voie en fonction des humeurs de leur patron. Rien d’étonnant donc qu’on assiste à ces culbutes en cascade qu’on appelle trivialement des "couacs !"
Plus grave encore, cette façon qu’a le chef de l’Etat de se projeter sous les feux de l’actualité, peut avoir des effets très négatifs dans les affaires délicates. Lors de la dernière conférence de presse du Président, un journaliste le lui a fait finement remarquer en posant une question au sujet d’Ingrid Betancourt.
Ce n’est pas la première fois que les responsables français ont à faire face à des enlèvements d’otages. Or il est à noter que le plus souvent les négociations pour leur libération ont été menées dans le secret par des émissaires non officiels rompus à cette tâche, parfois même sulfureux, comme le préfet Marchiani. Il est déjà fort délicat de négocier des situations conflictuelles d’état à état, suivant des règles internationales (on a vu ce que cela donnait avec Kadhafi) pensez donc avec des gens atypiques qui n’ont aucun principe de droit puisqu’ils sont en rupture avec l’ordre établi.
Ces rebelles ou ces bandits, pour qui le respect de la personne est secondaire, recherchent avant tout l’argent ou la notoriété ; ou bien les deux à la fois. L’otage est le moyen idéal pour faire parler d’eux. Ainsi les Farc savent pertinemment que tant qu’ils détiendront Ingrid Betancourt, ils seront reconnus d’une manière ou d’une autre et qu’on ne les oubliera pas au fond de leur jungle ; surtout depuis que la France a un chef d’état qui donne l’impression de dialoguer avec eux d’égal à égal et qui leur envoie des messages à la limite de la supplication. Ils se sont même permis de le traiter de « naïf ». C’est terrible à dire, mais on a eu l’impression qu’ils n’avaient pas tort en la circonstance.
Un Président de la République n’a pas à s’exposer pour donner à ces gens plus d’importance qu’ils n’en ont, au risque de leur tendre la perche pour les hisser sur la scène internationale.
Le Président peut agir dans l’ombre par le biais de ses envoyés, respecter les règles de discrétion et n’en être pas moins efficace. Oui, mais voila, la Télé n’en saura rien et les administrés non plus.
On retrouve ici la peur bleue du Président de donner l’impression d'immobilisme !