05 août 2008

On connaît le cheval en chemin et le cavalier à l'auberge.

J’incite les internautes à consulter la liste des proverbes chinois. Ils y trouveront par exemple celui-ci :
« La plus grande faute est de ne pas savoir se contenter. » (Lao-Tseu)
Il est attristant de voir le pays de Confucius, Lao-Tseu, Chou-King, Tchouang-Tseu etc.… qui a produit les plus grands philosophes et les plus grands sages devenir aujourd’hui le creuset où se développe tout ce qu’ils ont dénoncé : expansion effrénée et brutale, affairisme, esprit de domination et, je le crains, d’hégémonie.
Ce n’est pas le peuple chinois qui est en cause, lui qui subit, mais ses dirigeants qui ne sont pas issus de sa volonté, et qui se succèdent par la volonté d’une classe dirigeante sans avoir à rendre des comptes à ceux qu’ils gouvernent.
Comme dans toutes les dictatures, ce ne sont pas les aspirations de la population d’en bas qui comptent mais le maintien dans l’exercice du pouvoir et essentiellement cela. C’est dans ce but que l’organisation du système politique communiste a été conservée parce que sa hiérarchie verticale est bien commode. Economiquement cependant on a ouvert les portes au capitalisme sauvage qui, et c’est là le drame, depuis la chute du mur de Berlin n’a plus ni concurrence ni contrepoids.
Il faut que le monde, qui aujourd’hui se prosterne, prenne garde ; l’ambition affichée des dirigeants chinois est de faire de leur pays, à tout prix, la première puissance de la planète. Or le Comité International Olympique, naïvement peut-être, sous la pression mercantile d’une économie triomphante sûrement, a donné à la Chine une formidable vitrine promotionnelle et une caution morale dans le concert des nations. Le pays, par la volonté de ses gouvernants compte se servir outrageusement de ses athlètes pour s’affirmer davantage aux yeux du monde. Nul doute que ses meilleurs athlètes vont être poussés à rafler le maximum de médailles pour la gloire de leur drapeau. Il serait peut-être intéressant d’approfondir les méthodes de leur préparation et les conditions de leur participation aux épreuves. Quelques rumeurs circulent déjà à propos d’une jeune gymnaste qu’on dit âgée de seize ans, alors qu’elle n’en aurait que treize. On a pu voir des entraîneurs user du bâton pour amener de jeunes enfants à se surpasser. Je ne trouve pas non plus que la lutte antidopage soit le thème majeur de ces jeux
A ceux qui affirment qu’il ne faut pas tout mélanger, je réponds qu’il faut d’abord dénoncer ceux qui mélangent le sport et le nationalisme, deux notions dont l’une est l’antithèse de l’autre.
Il est important pour nous que la Chine devienne un état démocratique le plus rapidement possible sinon elle risque de se transformer en rouleau compresseur.
« On connaît le cheval en chemin et le cavalier à l’auberge » : proverbe chinois à méditer quand, durant tous ces jeux, nous aurons un œil chez "eux"!

23 mars 2008

Il faut que la flamme vacille.

Etant donné ce que la Chine fait subir aux Tibétains, doit-on aller participer aux prochains jeux olympiques?

La question s'était déjà posée en 1936 alors que Hitler était au pouvoir. L'esprit olympique avait finalement triomphé de la barbarie naissante, sans toutefois changer le cours de l'histoire, en battant en brèche la propagande du Reich. Hitler, qui avait voulu profiter de l'occasion pour démontrer la supériorité de la race blanche, reçut cette fois là sa première gifle. Ce fut le festival des athlètes noirs; en particulier de Jesse Owens vainqueur du 100m (devant un Allemand), du 200m, du saut en longueur et qui battit en équipe le record du monde du 4X100.

Aujourd'hui les enjeux sont différents. Les intérêts économiques sont tels qu'aucune nation en vue ne prendra le risque de se mettre à dos les dirigeants chinois. La position de notre ministre des affaires étrangères, qu'on a connu jadis plus engagé pour la bonne cause, est à cet égard significative et Georges Bush montre sa complaisance en faisant savoir qu'il se rendra à Pékin.

Dans le concert des nations, la cause est donc entendue et ce n'est pas quelques défilés de militants convaincus qui changeront le cours des choses. Il ne faut plus se faire d'illusion sur ce début de siècle, ce ne sont plus les nobles idées qui comptent, mais le commerce qui engendre le profit. La société est à l'image de nous, consommateurs de tous poils.

Comment donc aller là-bas sans perdre son âme? A mon avis en jouant sur la situation inconfortable des Chinois. Leurs dirigeants comptent sur la grande manifestation sportive pour renvoyer au monde l'image positive d'une nation moderne en pleine expansion. Ils savent aussi que des gens influents du sport, de la politique, de l'économie, de la presse, vont converger vers eux. Parmi ces derniers, ils se trouvera bien (espérons-le) quelques bonnes volontés capables d'aller de l'autre côté du miroir pour montrer à la face du monde l'envers du décor. Rien n'empêche non plus le vainqueur sur son podium d'adresser un signe fort aux victimes de l'oppression.

Qu'on ne nous présente pas seulement la belle vitrine du conte de fée, mais qu'on mette au grand jour aussi les arrières boutiques moins prestigieuses. Appuyer le doigt sur un point douloureux peut aider au diagnostic de la maladie. C'est hélas! le seul domaine du possible. Si nous ne pouvons rien changer au cours de l'histoire ni au destins des opprimés, faisons comme Jesse Owen: sauvons au moins notre dignité.