MXX37
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

31 mars 2015

Contestation à deux faces.

En France, dans le corps électoral, les contestataires peuvent se diviser en deux catégories bien distinctes : d’une part les inactifs, d’autre part les actifs, pour ne pas dire les excités.

Les inactifs sont ceux qui, lors des journées électorales, restent à la maison ou vont à la pêche. C’est leur façon à eux de protester et de déclarer leurs attentes déçues. Bien qu’on parle d’eux les soirs de bilan à la télévision, ils sont vite oubliés, tenus pour quantité négligeable, relégués dans l’ombre au rang des anonymes. Ils sont les absents qui ont toujours tort.

Si ces muets du sérail ne sont finalement pas dangereux, il en va tout autrement de la deuxième catégorie : les actifs.

Ces électeurs là ruminent. Leur vengeance ils la veulent à la hauteur de leurs rêves de campagne électorale déçus. Or la vengeance n’est pas un sentiment de raison, c’est un facteur de trouble, de déséquilibre. La vengeance est l’autre face de la haine. C’est souvent l’arme des faibles.

Ce que n’arrivent pas à comprendre les partis politiques dits républicains (ni d’ailleurs les responsables du F.N. euphoriques et dépassés par leur succès), c’est que bon nombre d’électeurs, qui s’estiment trahis, déposent dans l’urne un bulletin d’extrême droite par dépit, pour faire mal, pour casser, pour détruire, fût-ce la démocratie. Il y a beaucoup de désespérés qui programment ainsi leur suicide pour appeler au secours.

A ce phénomène social, il est inutile de répondre par l’invective de l’autre. Aller chercher des arguments dans la période noire de notre histoire pour arrêter le FN, c’est puiser de l’eau avec un panier. On ne raisonne pas ainsi le dépit des électeurs qui votent avec leurs tripes avant de voter avec leur cœur.

Tant que les hommes politiques de droite comme de gauche se feront élire sur des mensonges pour ne pas risquer d’être battus en disant la vérité au peuple, le FN prospèrera, et un jour, qui devient de plus en plus proche, l’emportera.

Ne soyons pas naïf, il ne s’agit pas de dire toutes les vérités, une seule d’importance à laquelle on puisse se raccrocher peut suffire. Mitterrand le comprit, qui, en pleine campagne électorale se déclara, contre l’opinion publique, adversaire de la peine de mort. On lui reconnut le courage et le panache. Cela lui fit gagner des voix. Churchill galvanisa son peuple en lui assénant : « Je ne peux vous promettre que du sang, de la sueur et des larmes. »

Ce qui nous sauve encore, c’est le camp des inactifs scrupuleux qui se réveille partiellement au second tour pour se décider enfin à voter, c’est le report des bons républicains de plus en plus rares.

Bientôt c’est sûr, plus personne ne se réveillera. On pourra découvrir alors ce que le FN a dans le ventre, quand il nous l’aura mis sur le dos.

24 mars 2015

Au pays des Shadocks

Je sais bien que c’est la période de Carnaval. La tradition veut qu’on se grime, que même les gens sérieux s’organisent un brin de folie pour chasser le quotidien. Mais de là à se retrouver chez les Shadocks à pomper, à dérailler, à déraisonner, c’est un peu fort de café. Or depuis dimanche soir c’est ce que l’on constate : nos élites en tête font les clowns. Même si le fantôme de de Gaulle lançait un appel à la raison, il tomberait à plat chez les autistes.

Cette élection que nous venons de vivre est le fruit d’une incompétence politique, je devrais dire d’une nullité. C’est à vous dégouter d’être citoyen.

Après avoir présenté le département comme une entité inutile et parlé de le supprimer, voilà qu’on le redécoupe en cantons, sans consulter personne, en fonction d’intérêts politiques obscurs. Aucun intérêt à cela, si ce n’est à augmenter le nombre d’élus départementaux alors qu’on prétendait faire le contraire.

En réalité la confusion est telle que même les instituts de sondages n’y ont rien compris, dont les ordinateurs nous ont sorti à vingt heures des résultants aberrants.

Comment voulez-vous que dans cette bouteille à encre l’électeur s’y retrouve. C’était le pousser à voter non en fonction de ses convictions politiques, mais en fonction de ses humeurs. C’était ouvrir un boulevard au Front National.

C’est la première fois au cours de ma longue vie d’observateur politique que je vois entre 30 et 40% d’un corps électoral voter pour des candidats inconnus, souvent sans visage (dans de nombreux secteurs aucun affichage), qui ne se sont jamais présentés, qui n’avaient pas de programme. On a partout voté pour des statues. C’est la plus grande misère électorale de tous les temps.

Même si  le second tour, toujours défavorable au F.N. en raison de certains réflexes citoyens, limitera la ruée du premier tour, les dégâts sont immenses.

D’abord le FN prend le statut de troisième force politique. En consacrant le tripartisme il achève de se normaliser. Plus grave il s’enracine dans le territoire. Lui qui n’avait aucune base militante, il va pouvoir s’organiser dans tout le pays autour de ses nouveaux notables. Fort de sa nouvelle respectabilité, il va être en mesure de recruter des militants, de tisser un maillage, de mieux organiser les élections nationales. Le ver est dans le fruit. En 2017, nous bénéficierons encore d’un sursis, mais en 2022, en raison de la stupidité de nos élus républicains, nous passons à la trappe.

Tout cela pour quelques élus de terrain chargés dans les cantons de surveiller les nids de poules, d’appliquer une solidarité nationale largement encadrée, de veiller sur les établissements scolaires tels que les Collèges, ce qui n’est pas rien, mais qui est bien loin de la politique nationale à laquelle ils ont été confondus dimanche.

 

06 mars 2015

Pour la fessée, vaisselle cassée.

Et si tout les grands pontes chargés de la vie politique de la France, tous démocrates confirmés, faisaient une erreur de diagnostic au sujet de la montée inéluctable du F.N. ?

Et si cette montée de l’extrême droite comme de l’extrême gauche tenait moins de la situation économique que des maladresses de l’Europe. De sa gabegie et de ce qu’il faut bien appeler l’imbécilité dont elle fait preuve tous les jours ?

Les Grecs, récemment, n’ont pas voté contre un parti politique, mais contre l’Europe : contre en tout cas ce qu’elle leur faisait subir.

En France, dans les campagnes reculées, dans les paisibles villages où la sécurité n’est pas un problème majeur, on vote de plus en plus F.N.

Pour les « cantonales » que suivront les régionales, le monde paysan, selon de nombreux sondages, s’apprête à voter en masse « bleu Marine », c'est-à-dire contre l’Europe qui l’a pourtant, des décennies durant, si bien servi financièrement.

La main qui les soutenait, les paysans veulent la mordre. Il ne s’agit pas seulement d’un désaveu, il s’agit surtout d’un sentiment de répulsion voisin de la haine. Vivant dans ce milieu marqué pourtant d’une longue tradition de gauche, je l’entends s’exprimer tous les jours.

Pourquoi, à partir de l’idée généreuse des pères fondateurs, en est-on arrivé là ? Tout simplement parce que depuis Helmut Cohl et François Mitterrand, les hommes politiques de nos contrées, surtout allemands et anglais, ne sont européens que dans leurs discours. Ils ne peuvent se détacher de leur nationalisme et ne veulent pas prendre de la hauteur.

Le résultat est simple à constater, ils nous ont ficelé une sorte d’ectoplasme sans colonne vertébrale, sans consistance, incapable de construire sa politique commune. Pas de stratégie financière, sinon celle qui convient aux Allemands, pas de défense commune, pas de politique étrangère et, ce qui est peut-être plus grave encore, pas de politique sociale, chaque état restant libre de pratiquer le dumping au détriment des autres membres. Suprême hypocrisie, des états comme l’Angleterre ou le Luxembourg, nous narguent avec leurs paradis fiscaux.

Mais il y a pire encore pour le commun des électeurs. Cette Europe malade de son mauvais fonctionnement gêne ses états membres dans leur fonctionnement. Car la plupart des lois votées par les parlements nationaux ne peuvent entrer en vigueur si elles n’ont pas l’aval de Bruxelles.

Ainsi a-t-on atteint le ridicule avec l’interdiction de la fessée.  Cette Europe qui n’a pas su s’unir pour résoudre le moindre conflit, qui baisse la garde en Ukraine, qui n’a pas pris la mesure exacte du danger islamiste, ne trouve rien de mieux à faire qu’à s’occuper de la fessée de nos gosses.

A Bruxelles on adore les compromis. Souvenons nous pourtant que le compromis de Munich nous mena à Hitler comme le compromis sur les cessez- le- feu d’Ukraine peut conduire à Poutine. La désunion n’est pas un travers, c’est une faute qui peut coûter des millions de vies humaines.

C’est de cette Europe qui ne sait dire non qu’aux faibles, que le citoyen de base ne veut plus. A tort ou à raison, c’est à elle surtout qu’il attribue sa souffrance.

Pour la fessée, combien de vaisselle cassée, qu’il faudra surement recoller un jour ?