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09 janvier 2016

Des complots partout!

J’ai connu, voici pas mal d’années, au fond de sa verte campagne, un paysan madré qui, chaque fois qu’il voyait sur son écran de télé décoller une fusée spatiale, secouait la tête en signe de dénégation.

L’homme est mort avec la conviction têtue que nul n’était allé poser son pied sur la lune. Il considérait que tout ce qu’on lui montrait était aussi artificiel, aussi faux qu’un décor de théâtre.

Des gens, dans son esprit confondus en une vaste nébuleuse, se mettaient en frais pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes et vider ainsi sa tête de tout bon sens. Lui, le terrien de bonne foi, accroché aux réalités de la terre, croyait dur comme fer que des puissances occultes trafiquaient des images, inventaient une vérité, leur vérité, en vue de promouvoir des actions, un mode de pensée, une politique, dont il fallait à tout prix dissimuler le but malfaisant.

Le brave homme sans le savoir, était un adepte de cette théorie du complot qui empoisonne ce début de XXIème siècle. Au lieu, pour toute finalité, de se moquer de lui,  nous aurions été mieux avertis de regarder autour de nous s’il n’existait pas des comportements tout aussi grotesques mais d’une toute autre ampleur.

Car le complot peut être soit un fantasme plus ou moins innocent, soit une stratégie malhonnête et dangereuse pour manipuler les opinions. Cette stratégie même qu’on nomme propagande.

Combien de citoyens du monde, animés de bonne foi, ont cru que derrière le Rideau de fer, existait un pays idéal mené d’une main de maître par Joseph Staline et d’où sortirait le bonheur de l’humanité ? Et de nier la vérité, mille fois mise en lumière, de peuples martyrisés, broyés, asservis, humiliés par un régime aussi délirant et cruel que celui d’Hitler. Leur vérité à eux s’opposait à celle du prétendu complot d’un monde capitaliste régenté par les Américains. Ils ne se rendaient pas compte dans leur foi dévoyée, qu’ils étaient victimes d’une propagande mensongère et de bilans truqués.

Comment donc ne pas s’interroger sur l’attitude de ces jeunes Français conditionnés, gavés par internet, qui ne croient pas, qui ne croient plus à l’information des médias pas plus qu’aux thèses officielles du pouvoir. Comme le vieux paysan réagissait au décollage des fusées, eux réagissent aux faits qui se déroulent à la télévision. Le massacre des journalistes, le fauchage froid et systématique de centaines de jeunes, tout ce bain de sang insoutenable, tout cela dérive à leurs yeux d’un complot ourdi par les services secrets des puissants. Les plus modérés sont dans le doute et l’expriment souvent dans le cadre scolaire auprès de leurs professeurs.

Ces jeunes seraient-ils plus condamnables que ces purs et sincères communistes d’antan?

Les condamner sans les comprendre serait une erreur.

La jeunesse est une période de la vie instable et fragile, surtout si elle est sans repère. Elle est aussi quelque part le reflet des erreurs des adultes. C’est pourquoi à intervalles réguliers elle se révolte contre eux. Hier c’était l’apanage des fils de la bourgeoisie. Aujourd’hui, changement sociaux obligent, c’est dans la jeunesse de nos banlieues délaissées qu’est essentiellement le ferment d’une révolte qui nous dépasse.

L’enfant rêve sous le charme d’un conte. Si la promesse fait rêver l’adolescent, non tenue elle l’aigrit. A l’extrême limite il ne se sent plus citoyen d’un pays incapable de le protéger, d’assurer son avenir.

Voilà le résultat de décennies d’effets d’annonces, d’empilements de plans souverains, de réhabilitations hasardeuses, qui n’ont fait qu’effleurer les problèmes de fonds sans jamais les régler. Sans parler d’effets de manches, des effets d’annonces, de discours musclés sans lendemain. Rien d’étonnant que ces gens à qui on a tant servi la prose de M. Jourdain mettent sur le même plan le mensonge et la vérité, le complot et le fait avéré.(à suivre)

31 décembre 2015

Le noir, le blanc, l'oie et le Père noël.

Ils ont un drapeau noir, s’habillent en noir, portent barbe noire et ruminent leurs idées noires. Ne donnons pas à ces sinistres personnages l’occasion de mettre de la couleur dans leur vie, de les amuser par nos gesticulations imbéciles. Se taire serait tellement mieux pour servir la bonne cause et opposer du blanc.

Tout le monde sait que la déchéance de la nationalité française ne peut effrayer des islamistes qui se rient de la peine de mort. Ces gens là sont sur une autre planète. Aucun dialogue, fût-il assorti de lourdes sanctions pénales, n’est possible avec eux. Il n’y a malheureusement qu’une solution possible pour les empêcher de nuire, c’est celle qu’on emploie pour les nuisibles : leur destruction. C’est en ce sens qu’il faut parler de guerre, ce mot que les âmes plus sensibles que responsables trouvent trop fort.

Alors pourquoi le Président Hollande a-t-il choisi de proposer d’étendre une mesure qui existe déjà : la déchéance pour ceux qui ont double nationalité, française et étrangère, au risque de diviser son camp ? Pourquoi aller pêcher dans les égouts de l’extrême- droite ?

C’est que Hollande est déjà en campagne, l’œil fixé sur l’horizon 2017. Celui qu’en 2012 personne n’a vu venir, sur qui personne n’osa parier, continue sa stratégie. A défaut de plaire, il surprend, il embarrasse, il contourne, il manipule. Hollande est l’homme des tranchées, le passeur de murailles qui prospère dans les souterrains. Il est de la race des termites. Il ronge sa proie de l’intérieur. Il n’est jamais tant dangereux que lorsqu’on l’oublie dans son coin ou que hué et sifflé on le croit  à terre.

Il avait jusque-là rêvé de réunir le Congrès à Versailles pour faire inscrire dans la Constitution  la reconnaissance officielle des langues régionales et, par là, obliger la droite à voter pour son projet. Il a trouvé mieux, plus aigu et plus efficace, la faire voter pour une coquille vide. Le terme de texte fantôme conviendrait mieux. En fait cette mesure présentée comme liberticide ne concernera que quelques dizaines d’individus, qui plus est, de grands criminels condamnés, ayant purgé leur peine et considérés par la justice comme irrécupérables.

Mais l’intérêt de cette manœuvre est de pousser les beaux esprits, frais comme des gardons, à troubler l’eau en agitant la vase au point de déboussoler l’adversaire, de le pousser à la faute.

Sarkozy est inquiet. Il enrage. Ses troupes se dispersent. Elles sont en plein dilemme. Ou bien elles votent le texte de Hollande et y laissent des plumes, ou bien elles ne le votent pas et se font plumer. Il n’y a pas que l’oie du jour de l’an qui est sur le grill et que le Père Noël qui soit une « ordure ».

20 décembre 2015

Les girouettes ont tourné.

J’ai rarement vu une après-élection aussi bizarre. Une vraie soirée de fantômes. Les vainqueurs rasaient les murs tandis que les vaincus, bras tendus de délectations et d’enthousiasme, faisaient sauter les bouchons de champagne. Machiavel lui-même n’aurait pu y reconnaître ses pompes ni ses œuvres.

Pourtant les girouettes ont tourné.

Certes, c’est désormais chose acquise, le Front National vire en tête, porté par les courants froids, avec comme dirait Michel Houellebecq, « la possibilité d’une île ». Mais quelque chose d’imperceptible et néanmoins de très important a changé et, si l’on peut s’exprimer ainsi, certaines cartes d’électeurs ont chauffé comme des cartes bancaires dans les temps de Noël.

Ne le dites pas tout haut, mais tous ces vents tourbillonnants qui affolent les girouettes ont tellement gonflé, (d’autres diraient regonflé) les voiles de l’Elysée que je soupçonne son locataire, au soir du second tour, d’avoir esquissé un pas de danse ou même, qui sait, d’avoir effectué à l’impromptu, un tour de scooter.

Jamais ciel n’a paru s’éclaircir autant après un orage électrique.

D’abord la défaite du PS, tant annoncée, tant redoutée, n’a pas eu lieu. Le parapluie n’a pas tout couvert, mais il reste sur la carte de France de belles plages de soleil. C’est un point d’acquis.

Ensuite l’opposition « Les Républicains » sort de l’épreuve sérieusement affaiblie et son président Sarkozy a pris en pleine face un tel uppercut qu’il en est encore tout embrumé. Une bonne frange de ses électeurs encouragés par ses propos  de jadis et naguère, est allée se jeter sans vergogne dans le giron de Marine. Elle ne reviendra pas. Quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, c’est désormais le destin de cet ancien président, il aura tout faux. Il a beau faire le coq, il ressemble trop désormais à une poule mouillée.

Si « Le Républicains » peuvent encore relever la tête, c’est bien grâce aux électeurs PS qui, même si certains ont voté avec des pincettes, leur ont sauvé trois régions. C’est bien là un acte civique, mais c’est aussi un cadeau empoisonné que l’ex-UMP aura du mal à digérer et qui va pourrir ses débats internes.

Xavier Bertrand, l’air sombre, déclare qu’il ne fera plus de la politique comme avant, ce qui sonne comme une menace. Estrosi, éperdu de reconnaissance, se pince et remercie, la langue en partie liée. Pour monter sur un siège de président, il se doit de descendre de son trône de farouche opposant au point d’énerver Sarkozy qui a déclaré avec sa délicatesse habituelle : « Ces deux-là, il faudra qu’ils dessaoulent. »

Résultat de ce mélange d’œufs brouillés, pour les Présidentielles de 2017, la présence de François Hollande au second tour, n’est plus inenvisageable. C’était impensable il y a quelques mois.

Plus le temps passe, plus il rassure. Il a géré avec efficacité, avec dignité mais avec fermeté la douloureuse crise que nous avons traversée. Il s’est montré humain. La conférence sur le climat a largement tourné à son avantage et sa stature internationale en sort grandi. Les quolibets ont cessé sur son passage.

Pendant que Sarkozy va s’épuiser à éliminer ses concurrents, à imposer ses thèses et ses réseaux, lui va pouvoir, en position dominante, exploiter ses avantages acquis, tendre ses filets, poser ses chausse-trappes, ce que, en mitterrandien accompli il sait parfaitement faire.

Je vous le dis, les vents ont tourné, les girouettes ont changé de sens, même si c’est avec des grincements, même si le fond de l’air reste encore frais.