27.06.2008
Est-ce que Dieu peut arrêter la haine que les hommes ont semée?
En temps de guerre, les lois se durcissent ou disparaissent et les hommes y affirment leur caractère dans le meilleur comme dans le pire.
En reprenant de temps à autre la longue et minutieuse fresque tracée par l’historien Henri Amouroux à propos de la guerre de 1939-45, je suis frappé par les deux facettes opposées du peuple français.
D’un côté l’esprit chevaleresque, le courage jusqu’à l’abnégation des combattants de l’ombre dans tous les secteurs de la Résistance ;
De l’autre, dans l’ombre tout autant, la lâcheté, la fourberie, la haine des délateurs. Il y a quelque chose de troublant dans la méchanceté de l’homme qui va glisser dans la boîte aux lettres une enveloppe anonyme, en sachant très bien qu’à une période où la vie ne vaut pas cher, elle a valeur de lettre de cachet, ou plus grave encore de condamnation à mort. Sadisme du refoulé, dédouanement du médiocre qui se venge sur l’autre des qualités qu’il n’a pas, aveuglement du militant des causes perdues d’avance ?
Seul un psychiatre pourrait répondre à cette question complexe.
Nous ne sommes plus en guerre, direz-vous, et les passions depuis longtemps sont retombées. Est-on bien certain pourtant que des comportements misérables ne dorment pas sous la cendre, n’attendant que les circonstances exceptionnelles pour refleurir?
Car si les techniques ont bien évolué, les hommes ne changent guère. Il n’y a pour s’en convaincre hélas ! qu’à se rendre sur les sites d’internet et y constater les mentalités que certains, fort nombreux, y dévoilent, bien retranchés dans leur anonymat.
Passons sur la réflexion d’un imbécile, plus bête que méchant qui se précipite sur son clavier pour « claironner » à propos de l’incident de Tel-Aviv, lors du départ du Président de la République :
« Dommage ! ils l’ont raté ! »
On trouvera plus consternant l’extrait suivant :
• « lundi, juin 23, 2008 10:11 PM GMT+02:00
moi je dis qu il faut donner une prime a toute personne qui denonce un abus
exemple la fille sur mon palier qui touche parent isolée et son mec vie avec quand meme
comme ca on economise et on recompense le service rendu. »
Voici un deuxième exemple, que je livre aussi en l’état, mais qui lui est beaucoup plus dangereux parce que présenté (finement?) par un « bon français » qui a gardé l’habitude du béret et de la baguette sous le bras :
« A ce jour, en France, 14% des salariés à temps complet perçoivent le SMIC... Ce qui représente à peu prés deux millions et demi de travailleurs qui touchent le SMIC. Et sans parler de salariés, n'oublions pas aussi que six millions de personnes vivent de minima sociaux.
moi je touche le rmi ainsi que mon epouse
soit environ 980euro
je paye pas le mutuelle j ai la cmu
je touche 450euro d'apl sur un loyer de 520euro
et j ai deux enfant donc 117euro d alloc
la cantine pour lecol gratuit ainsi que les activite sportive offert par ma commune
cette ete je part 3 semaine en camping 3 etoile grace au bon vacances
donc resultat j ai pas enie de bosser. »
Vous remarquerez que ce texte se divise en deux parties :
La première partie est correcte, elle s’appuie sur des statistiques, elle est écrite par quelqu’un de bon niveau.
A partir de « moi je touche le rmi » les choses se gâtent. Les fautes fleurissent pour donner plus de crédibilité au cas présenté : « moi je… ». Il y en a même une révélatrice : « lecol » qu’on peut servir avec l’accent magrébin.
Manifestement l’auteur de ce texte n’est pas rmiste. Il se met faussement en scène pour, à partir d’un cas inventé, accréditer la thèse que tous les rmistes non seulement sont des tricheurs mais en plus qu’ils sont cyniques : trois semaines en camping trois étoiles...j’ai pas envie de bosser ».
« Voilà bien les abus qu’il faut dénoncer ! » dirait le premier intervenant. Et l’élan est donné.
Goebbels en Allemagne, Doriot en France n’ont pas utilisé d’autres méthodes pour mettre au ban de la nation la communauté israélite.
Une fois qu’on a semé la haine, Dieu sait où elle s’arrêtera.
22:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rmi, smic, minima sociaux, délateur, haine, tricheurs
21.06.2008
L'intelligence de la main.
En pente douce, nous nous acheminons vers l’été. Profitons-en pour nous détacher quelque peu de l’actualité politique en attendant le traditionnel coup tordu du mois d’août.
Sur les trois cents âmes qui vivent ici, dix peut-être savent que le village abrite un luthier.
L’homme est tellement discret et modeste qu’il est difficile de deviner son talent.
Certes, c’est un amateur, mais un amateur qui après avoir présenté le violoncelle de sa fabrication, s’assoit devant une partition de Bach pour tirer de l’instrument de merveilleuses sonorités.
Il me fait visiter son atelier, c’est pour moi un véritable privilège.
L’endroit est clair, moderne, d’une propreté et d’un ordre méticuleux. Sur le métier, le moule d’une viole de gambe. Le maître des lieux m’explique : tous les outils électriques(scie à ruban, fraiseuse, cintreuse à résistance chauffante ne servent qu’à dégauchir ou faciliter le travail, mais la finition n’a pas varié depuis le dix-huitième siècle. Je n’en veux pour preuve qu’un minuscule rabot large de quelques dizaines de millimètres qu’il manipule entre le pouce et l’index.
Le bois d’œuvre (épicéa, érable, tilleul, poirier, palissandre…) est coupé suivant des méthodes empiriques qui ont fait leur preuve. On l’obtient à partir d’arbres soigneusement choisis pour leur régularité qui ont poussé sur les versants nord, coupés lors de la lune vieille, séchés naturellement pendant des années.. En lutherie, plus le bois est vieux, plus il est apte à réagir aux sons. On dit qu’il est « ondé ». Ainsi j’apprends, fasciné, que Stradivarius, le luthier de légende, était loin de se douter que les violons auxquels il avait donné la perfection, surpasseraient encore cette perfection au fur et à mesure de leur âge. Il y a quelque chose de mystique et quasi religieux dans ce bois qui, comme de la matière active, prolonge en quelque sorte la vie de son génial façonneur. Mieux encore, il paraît que le bois ondé se nourrit de vibrations. Ainsi un violon enfermé dans la vitrine d’un.musée. pour être offert à la curiosité du public, s’étiole du fait de son inactivité. C’est dramatique s’il s’agit d’un stradivarius. Cela m’a fait penser à la peau de chagrin du roman de Balzac.
J’apprends quelques mots de vocabulaire : le fond, la table,(la bas, le haut) pièces maîtresses de la résonnance façonnées dans le bloc, les éclisses( les côtés). Toutes les pièces sont assemblées par collage réversible. Devis des fournitures pour un violoncelle, entre mille et mille trois cents euros.
La fabrication du vernis est plus ou moins secrète. Stradivarius y incorporait de la cendre de volcan.
L’homme qui me détaille tout cela répugne à se laisser photographier, l’image le dérange, il préfère parler de la passion qui bout en lui.
Méticuleux, appliqué, inventif, respectueux de la tradition, il est la preuve vivante de l’intelligence de la main.
Ici on rejoint la poésie, car sans cette intelligence là, Verlaine n’aurait pu écrire:
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne…
23:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : violon, violoncelle, luthier, viole, main, résonnance, tradition
16.06.2008
Ce n'était pas qu'un chien!
Quand on enterre un chien, c’est au moins dix ans de sa vie qu’on enterre. C’est pour ça qu’il ne faut pas avoir honte de pleurer. Les bêtes, quand elles sont heureuses, ont tellement à offrir, tellement à partager, elles s’intègrent si bien dans la famille, au même titre que les enfants, elles y occupent toute une place.
Il s’appelait Hamlet, un beau setter gordon, la robe noir et feu, le port de tête altier, l’œil d’un humain, profondément humain. Un philosophe de chien, une âme dans la maison, une présence, un ami.
C’est dur, même si c’est pour abréger sa souffrance, de le conduire vers l’injection fatale du vétérinaire, c’est dur de creuser sa tombe, c’est dur de jeter sur lui les pelletées de terre. Avec lui, tellement de sentiments sont enfouis.
Je plains celui qui n’a jamais su lire dans les yeux d’un chien. Cet être qui n’a pas de langage sait pourtant mieux que quiconque, d’un regard, traduire l’amitié.
Dors en paix, sous la terre Hamlet ! Ton passage sur cette terre n’a pas été vain. Tu nous as donné tellement de joie!
14:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Chien, ami, setter gordon, humain, vétérinaire, injection
08.05.2008
Plus je fais de l'algèbre, moins je la comprends!
Je ne voudrais pas jouer le rabat-joie ou l’oiseau de mauvais augure, mais ce mois de mai, je le sens mal. Il me semble trop calme, trop terne, empreint d’une fausse résignation. On n’y sent pas la sève du printemps, il ressemblerait presque à un mois d’automne.
Les Français auraient-ils conscience que la France n’a plus les moyens de se payer un nouveau mai 68 ou seraient-ils totalement déroutés ? A mon avis ils sont déroutés ; et n’en cherchez pas bien loin la raison. Ils sont déroutés tout simplement à cause de « l’algèbre ! ». Oui ! vous avez bien lu, c’est la faute à l’algèbre.
Au cours de sa campagne électorale Nicolas Sarkozy nous a certes dressé un faux décor qui actuellement s’écroule, au dire de certains grincheux; mais les causes de la mauvaise passe du Président ne sont pas là. La faute essentielle de notre Président est d’avoir délaissé l’arithmétique pour passer à l’algèbre. Même les mathématiciens débutants savent qu’en algèbre, au gré des mystères d'une équation, les plus se transforment en moins et les moins deviennent des plus. Voici quelques équations édifiantes :
Payer plus, pour moins de soins ; moins de maîtres, moins de temps, pour plus d’éducation ; travailler plus, plus longtemps, pour moins de pouvoir d’achat ; moins des droits de l’homme mais plus d’Airbus; un président moins populaire, mais plus sérieux ; un premier ministre plus présent, mais moins populaires ; plus le gouvernement fonce, plus il se démène, moins on avance. J’ai compté et recompté : toujours le même résultat ! Si vous êtes calé, additionnez toutes ces équations, comme moi vous devriez trouver le résultat suivant : plus de riches et plus de pauvres. Si vous avez la chance de trouver l’inconnue « x » attention ! Si "x " égale zéro, c’est que les plus et les moins s’annulent.
On a quatre ans pour trouver la bonne solution. Sinon, il faudra tout recommencer !
Pardonnez-moi de me livrer à un genre farfelu. Que voulez-vous, on joue à des jeux bêtes quand on s’ennuie. Vraiment, ce mois de mai, je ne le sens pas.
Plus de soleil, moins de loisirs : les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient.
Aussi en 2008, moins de pigeons, mais plus de faucons.
Espérons tout de même ! Sous les pavés…la fantaisie ! Il est temps encore de sauver le printemps !
00:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mai68, fantaisie, algèbre
03.02.2008
Portraits oubliés.
Portraits oubliés
Je me garderai bien de donner des leçons, chacun étant libre de diposer comme il l'entend des biens dont il hérite. Il y a pourtant une pratique, qui même si elle peut paraître anodine ou secondaire, me choque profondément : lorsqu'on fait vider caves et greniers de la maison familiale par un antiquaire, on traite les vieux portraits qui s'y trouvent d'une drôle de façon.
Il était de mode, pendant la première moitié du siècle dernier, de se faire immortaliser sur une photo au moins à cinq reprises. Dès les premiers mois de la naissance, les parents, fiers de la rotondité des fesses de leur progéniture, en voulaient garder l'image toute leur vie. Ensuite venaient les inévitables photos de groupe à l'école. A vingt ans, les hommes ne manquaient jamais de prendre des allures martiales devant l'objectif, fiers de leurs uniformes fantaisie. Enfin, quand la photo du mariage, illustration du bonheur tout neuf, commençait à faner, le couple qui avait atteint l'âge mûr se faisait tirer le portrait qu'on encadrait dans une riche moulure. Monsieur et madame avaient ainsi la certitude de laisser une trace pour leurs descendants.
Ces portraits, après avoir trôné en bonne place dans les chambres pour perpétuer la mémoire du "pauvre papa" et de la "pauvre maman", finissaient en général sous la poussière des greniers autant que sous celle de l'oubli.
Mais voilà qu'aujourd'hui ils reprennent du service. L'engouement pour les antiquités leur a donné une valeur marchande. On les expose donc en bonne place à l'étal du marchand comme du vulgaire poisson.
Ils s'étaient fait bien beaux pourtant, ce jour là, les ancêtres! Ils avaient sorti leurs habits du dimanche de la naphtaline; ils tentaient d'offrir une nature avenante. Visage poudré, la bouche en coeur pour elle, le sourcil puissant, la moustache conquérante pour lui, ils prenaient un air heureux, malgré les orages essuyés.
Tout cela pour finir à la foire à l'encan... Je trouve cela pathétique!
20:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Portraits
28.01.2008
Editeurs ou crocodiles.
Editeurs ou crocodiles (première partie)
Le monde de l'édition est victime du succès d'une mode, mais surtout, des "forces" de l'argent:
Succès d'une mode:
De plus en plus de Français ont l'ambition (légitime) d'écrire un ouvrage: roman, poésie, mémoires, tous les genres sont bons. Cela me paraît être le signe d'une bonne santé et, du point de vue intellectuel, me semble assez réconfortant. Bien sûr il y a ceux qui rêvent secrètement du succès littéraire et donc de faire fortune; ils finiront un jour par déchanter. Alors laissons les rêver encore un peu...Puis il y a les gens comme moi qui, pour meubler leurs loisirs, ont choisi de s'adonner à une activité passionnante qui enrichit l'esprit.
Mais à la sortie, au total, cela fait beaucoup de manuscrits (on dit maintenent tapuscrit) qui souhaitent se transformer en beaux livres. Un petit éditeur avoue en recevoir en moyenne cinq cents par mois. Quand on sait l'investissement qu'il doit consentir à ses risques et périls, on comprend qu'il n'en retienne qu'un sur mille, même si les autres sont bien écrits. Les éditeurs submergés par cette masse de littérature ne répondent plus aux sollicitations ou renvoient les tapucrits (moyennant paiement des frais de port) sans les lire. Les recalés, parfois de qualité, vont donc grossir l'imposante masse des déçus pris dans un goulet d'étranglement. Il y a là un immense gâchis d'efforts, de qualités intellectuelles, de talents. Dans des conditions pareilles, Françoise Sagan aurait-elle pu percer?
"Forces de l'argent"
Mais certains, qui se réclament de la profession, sont moins clairs et moins regardants que les éditeurs sérieux. Eux ne refusent aucun tapuscrit. Quelques jours après l'envoi de son ouvrage, l'auteur reçoit une belle lettre l'informant que "le comité de lecture" a bien voulu donner avis favorable à sa diffusion. Seule ombre pour l'heureux promu, le contrat qui lui est proposé stipule qu'il doit verser une participation ( pour composition de maquette) de deux à quatre mille euros...seulement. Le naïf qui se laisse prendre à cette manoeuvre peut dire adieu à son argent: retour sur investissement, zéro! Seul le pseudo éditeur a fait son beurre. Le livre sortira, naturellement (cinquante exemplaires à tout casser) mais sans la logistique commerciale qu'on a fait miroiter.
J'ai le souvenir d'un brave homme quidédicaçait son bouquin à la porte d'un espace culturel de supermaché. Il avait "casqué" le pauvre, mais son éditeur ne lui avait pas encore envoyé le nombre d'exemplaires promis pour le jour du lancement. Il avait dû puiser dans le contingent de livres qu'il avait acheté et que, malgré "la ristourne", il avait payé deux fois.
(à suivre)
22:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Editions
26.01.2008
Le retour d'une étoile
Je vais avoir soixante-dix ans: l'âge du crépuscule; l'âge ou les projets d'avenir se diluent dans l'incertitude et où seuls résistent, dans le sillage d'une vie, une cohorte de souvenirs.
Que faire de ces matins frileux, de ces soirées maussades qui, si l'on n'y prend garde peuvent vous conduire au naufrage? Continuer à vivre ne me suffit pas. Et si je me traçais au loin un nouvel horizon avec au dessus une brillante étoile vers laquelle aller?
On n'atteint jamais une étoile, mais il est bon de la regarder car elle n'est pas seulement le point de repère d'un navigateur, mais elle peut être aussi le départ d'une espérance.
Quand j'avais dix sept ans j'ai dit à mon père:"Je veux être écrivain!". Mon père, qui était un paysan de bon sens avec les bonnes bases du certificat d'études primaires, m'a regardé, un sourire dubitatif sur les lèvres. Sans doute songeait-t-il à Victor Hugo, son favori, son idole, et conscient de la médiocrité de mes résultats scolaires, se remémorait-il le fameux vers de Ruy Blas:"un ver de terre, amoureux d'une étoile".
Je n'ai donc pas été écrivain. Je suis entré dans l'enseignement presque banalement, puis je me suis dispersé dans la politique pendant trente ans.
Pourtant un soir, elle est revenue, mon étoile, sans que j'aie eu besoin de la solliciter. D'abord pâle et diaphane, timide et hésitante, elle a fini par s'installer, puis à croître en intensité lumineuse de jour en jour.
Alors je me suis dit:" à mon âge, le ridicule n'aura pas le temps de me rattraper" et mes mains se sont mise à courir sur le clavier pour traduire mes rêves. Malhabiles, elles n'arrivaient plus à suivre, car ils surgissaient en bataillons serrés, se bousculaient, se disputaient la première place, comme s'ils attendaient, contenus derrière une digue, depuis mes dix sept ans.
Le fruit mûr est tombé de mon arbre: un roman:"Sur le chemin de Bételgeuse"
Bételgeuse! c'est tout simplement l'étoile la plus brillante de la constellation d'Orion.
C. F.
11:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


