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25 janvier 2016

Les abeilles et la politique

Au lieu d’écrire comme des malades des livres en cascade où ils nous expliquent qu’ils feront demain ce qu’ils n’ont pas su faire hier, les hommes politiques devraient passer obligatoirement par une case départ : un stage chez l’apiculteur, au royaume des abeilles.

Je les rassure de suite, même les baudruches ne s’y font pas enfler. L’abeille est l’insecte le plus pacifique de la terre. En tout cas elle l’est plus que le taon ou que le moustique tigre qui ne vous laisse pas en paix tant qu’il n’a pas sucé votre sang, quitte à vous donner des maladies. Elle déteste seulement le parfum, l’odeur du tabac et les gens agités.

Donc, si vous n’êtes ni fumeur, ni aspergé d’eau de Cologne, si vous êtes calme et conciliant, les abeilles vous tolèreront volontiers près de leur ruche. Mieux, vous les sentirez heureuses de vous montrer, au printemps surtout, leur inlassable activité. Chargées de pollen, les butineuses atterrissent lourdement sur la planche d’envol avec un joyeux frémissement d’ailes puis entrent instantanément dans l’usine sans vous accorder la moindre attention.

On ne s’en doute pas, mais à l’intérieur, les abeilles construisent une véritable cité avec une organisation sociale sans faille et elles le font mieux que les hommes. Ici point de délibération, pas de dispute ou de chicane, pas de matamore à effets de manche non plus. Chaque individu travaille en parfaite harmonie au chef-d’œuvre commun avec dévouement, avec désintéressement, avec abnégation. C’est le contraire du spectacle qu’offrent les hôtes du palais Bourbon où des excités qui se prennent pour le peuple, vocifèrent inutilement pour quelques cheveux coupés en quatre. D’instinct, par mode de vie, les abeilles n’aiment pas les excités. Elles les repèrent et les traitent comme il se doit.

Près de la ruche, le stagiaire à la politique n’aurait pas le choix : s’astreindre au calme, à la sagesse, à la tolérance, à l’efficacité, sauf à subir l’aiguillon.

J’irai même plus loin. Les hôtes de l’Elysée devraient obligatoirement, avant même de recevoir le code nucléaire, faire un stage chez les abeilles.

Ils sauraient d’office que pour garantir la paix dans le sanctuaire, il n’y a pas de sexualité dans la ruche.

Les ouvrières sont asexuées, les mâles n’ont pas d’aiguillon et quand la reine veut se faire féconder, ce qui lui arrive une fois dans sa vie, elle prend son envol à l’extérieur et ce sont les mâles venus d’ailleurs qui font l’affaire. Encore une leçon.

Les écologistes devraient le souligner davantage. La nature est le plus riche des observatoires, des centres d’apprentissages, la plus savante des doctes académies. C’est un remède souverain contre l’abrutissement. Les leçons qu’on y reçoit, denses et infaillibles, n’ont pas vieilli depuis l’apparition de la vie sur terre. C’est dire leur efficacité. Si la nature disparaît, l’homme, qui n’est pas déjà très équilibré, achèvera de sombrer dans la bêtise.

14 janvier 2016

Des complots partout! (suite)

Mais de la même manière les jeunes ne croient plus aux médias dont le rôle pourtant est de nous informer, de nous faire toucher de près la réalité des faits. Pourtant, ils sont nombreux, de par le monde, les journalistes courageux qui opèrent au péril de leur vie. Il ne s’agit pas d’eux, mais de l’institution qui les emploie.

Et cette institution, la presse en général, est maintenant définitivement soumise aux contraintes économiques de notre temps : informer certes, mais surtout vendre du papier, maintenir une audience. Et pour cela il faut être le premier à étonner, à susciter la curiosité, à faire du sensationnel. Or le défaut du sensationnel, c’est de s’adresser aux sentiments (souvent les moins nobles, comme la haine) plutôt qu’à la réflexion, c'est-à-dire à la raison qui donne les sentiments nobles.

Voici quelques temps les journaux télévisés ont rendu compte, à leur façon, de la cérémonie du 17 décembre 2015, présidée par François Hollande (voir mon blog du 12 déc. : Conte de Noël… ). Il s’agissait d’inaugurer Le monument de la Fraternisation, à l’endroit même où les poilus, ennemis des deux camps, fraternisèrent le soir de Noël 1914.

La télé nous a-t-elle parlé de l’humanité, de l’élan du cœur, du courage des soldats Allemands autant que Français que leurs états –major respectifs poussaient à s’entretuer au nom d’une cause d’Etat et qui ont préféré, ce soir là, s’embrasser?

Pas du tout, cela ne pouvait intéresser personne, à supposer même qu’un jeune ait eu un œil sur l’écran ! Les bons sentiments, ça fait ringard. Alors on a préféré nous montrer exclusivement la poignée de main du Président de la République et du Président Xavier Bertrand nouvellement élu. Poignée de main historique assurément mais qui nous démontre la pauvreté de fonds d’une certaine information télévisée. Comme dirait Montaigne : « information sans conscience, n’est que ruine de l’âme ».

Mettez deux adversaires politiques dans un débat. Comme les chats, fût-ce au prix de mensonges, ils retombent sur leurs pattes et la vérité de chacun est toujours la meilleure. Un journaliste osa même un soir présenter aux débateurs des gants de boxe.

La vérité de l’information où est-elle dans ces cas là, pour un public non averti? Les jeunes se le demandent, puisqu’on la mêle à toutes les sauces sans jamais la sublimer.

Des enseignants, des journalistes avisés ( qu’ils m’excusent je n’ai pas retenu le nom de leur association) parcourent les lycées pour expliquer aux élèves ce qu’est une information honnête, ce qu’est un fait incontestable, ce que, dans la pratique d’internet, l’on doit croire ou rejeter, ce qui est exact et ce qui est propagande.

Le décalage entre la versatilité des nouvelles techniques de communication et les moyens éducatifs ont surpris tout le monde. Il est urgent de promouvoir de nouvelles orientations afin d’aider les jeunes les plus fragiles à se construire, à devenir des citoyens au sens noble du terme et pourquoi pas, de sincères Républicains.

 

09 janvier 2016

Des complots partout!

J’ai connu, voici pas mal d’années, au fond de sa verte campagne, un paysan madré qui, chaque fois qu’il voyait sur son écran de télé décoller une fusée spatiale, secouait la tête en signe de dénégation.

L’homme est mort avec la conviction têtue que nul n’était allé poser son pied sur la lune. Il considérait que tout ce qu’on lui montrait était aussi artificiel, aussi faux qu’un décor de théâtre.

Des gens, dans son esprit confondus en une vaste nébuleuse, se mettaient en frais pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes et vider ainsi sa tête de tout bon sens. Lui, le terrien de bonne foi, accroché aux réalités de la terre, croyait dur comme fer que des puissances occultes trafiquaient des images, inventaient une vérité, leur vérité, en vue de promouvoir des actions, un mode de pensée, une politique, dont il fallait à tout prix dissimuler le but malfaisant.

Le brave homme sans le savoir, était un adepte de cette théorie du complot qui empoisonne ce début de XXIème siècle. Au lieu, pour toute finalité, de se moquer de lui,  nous aurions été mieux avertis de regarder autour de nous s’il n’existait pas des comportements tout aussi grotesques mais d’une toute autre ampleur.

Car le complot peut être soit un fantasme plus ou moins innocent, soit une stratégie malhonnête et dangereuse pour manipuler les opinions. Cette stratégie même qu’on nomme propagande.

Combien de citoyens du monde, animés de bonne foi, ont cru que derrière le Rideau de fer, existait un pays idéal mené d’une main de maître par Joseph Staline et d’où sortirait le bonheur de l’humanité ? Et de nier la vérité, mille fois mise en lumière, de peuples martyrisés, broyés, asservis, humiliés par un régime aussi délirant et cruel que celui d’Hitler. Leur vérité à eux s’opposait à celle du prétendu complot d’un monde capitaliste régenté par les Américains. Ils ne se rendaient pas compte dans leur foi dévoyée, qu’ils étaient victimes d’une propagande mensongère et de bilans truqués.

Comment donc ne pas s’interroger sur l’attitude de ces jeunes Français conditionnés, gavés par internet, qui ne croient pas, qui ne croient plus à l’information des médias pas plus qu’aux thèses officielles du pouvoir. Comme le vieux paysan réagissait au décollage des fusées, eux réagissent aux faits qui se déroulent à la télévision. Le massacre des journalistes, le fauchage froid et systématique de centaines de jeunes, tout ce bain de sang insoutenable, tout cela dérive à leurs yeux d’un complot ourdi par les services secrets des puissants. Les plus modérés sont dans le doute et l’expriment souvent dans le cadre scolaire auprès de leurs professeurs.

Ces jeunes seraient-ils plus condamnables que ces purs et sincères communistes d’antan?

Les condamner sans les comprendre serait une erreur.

La jeunesse est une période de la vie instable et fragile, surtout si elle est sans repère. Elle est aussi quelque part le reflet des erreurs des adultes. C’est pourquoi à intervalles réguliers elle se révolte contre eux. Hier c’était l’apanage des fils de la bourgeoisie. Aujourd’hui, changement sociaux obligent, c’est dans la jeunesse de nos banlieues délaissées qu’est essentiellement le ferment d’une révolte qui nous dépasse.

L’enfant rêve sous le charme d’un conte. Si la promesse fait rêver l’adolescent, non tenue elle l’aigrit. A l’extrême limite il ne se sent plus citoyen d’un pays incapable de le protéger, d’assurer son avenir.

Voilà le résultat de décennies d’effets d’annonces, d’empilements de plans souverains, de réhabilitations hasardeuses, qui n’ont fait qu’effleurer les problèmes de fonds sans jamais les régler. Sans parler d’effets de manches, des effets d’annonces, de discours musclés sans lendemain. Rien d’étonnant que ces gens à qui on a tant servi la prose de M. Jourdain mettent sur le même plan le mensonge et la vérité, le complot et le fait avéré.(à suivre)