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31 décembre 2015

Le noir, le blanc, l'oie et le Père noël.

Ils ont un drapeau noir, s’habillent en noir, portent barbe noire et ruminent leurs idées noires. Ne donnons pas à ces sinistres personnages l’occasion de mettre de la couleur dans leur vie, de les amuser par nos gesticulations imbéciles. Se taire serait tellement mieux pour servir la bonne cause et opposer du blanc.

Tout le monde sait que la déchéance de la nationalité française ne peut effrayer des islamistes qui se rient de la peine de mort. Ces gens là sont sur une autre planète. Aucun dialogue, fût-il assorti de lourdes sanctions pénales, n’est possible avec eux. Il n’y a malheureusement qu’une solution possible pour les empêcher de nuire, c’est celle qu’on emploie pour les nuisibles : leur destruction. C’est en ce sens qu’il faut parler de guerre, ce mot que les âmes plus sensibles que responsables trouvent trop fort.

Alors pourquoi le Président Hollande a-t-il choisi de proposer d’étendre une mesure qui existe déjà : la déchéance pour ceux qui ont double nationalité, française et étrangère, au risque de diviser son camp ? Pourquoi aller pêcher dans les égouts de l’extrême- droite ?

C’est que Hollande est déjà en campagne, l’œil fixé sur l’horizon 2017. Celui qu’en 2012 personne n’a vu venir, sur qui personne n’osa parier, continue sa stratégie. A défaut de plaire, il surprend, il embarrasse, il contourne, il manipule. Hollande est l’homme des tranchées, le passeur de murailles qui prospère dans les souterrains. Il est de la race des termites. Il ronge sa proie de l’intérieur. Il n’est jamais tant dangereux que lorsqu’on l’oublie dans son coin ou que hué et sifflé on le croit  à terre.

Il avait jusque-là rêvé de réunir le Congrès à Versailles pour faire inscrire dans la Constitution  la reconnaissance officielle des langues régionales et, par là, obliger la droite à voter pour son projet. Il a trouvé mieux, plus aigu et plus efficace, la faire voter pour une coquille vide. Le terme de texte fantôme conviendrait mieux. En fait cette mesure présentée comme liberticide ne concernera que quelques dizaines d’individus, qui plus est, de grands criminels condamnés, ayant purgé leur peine et considérés par la justice comme irrécupérables.

Mais l’intérêt de cette manœuvre est de pousser les beaux esprits, frais comme des gardons, à troubler l’eau en agitant la vase au point de déboussoler l’adversaire, de le pousser à la faute.

Sarkozy est inquiet. Il enrage. Ses troupes se dispersent. Elles sont en plein dilemme. Ou bien elles votent le texte de Hollande et y laissent des plumes, ou bien elles ne le votent pas et se font plumer. Il n’y a pas que l’oie du jour de l’an qui est sur le grill et que le Père Noël qui soit une « ordure ».

20 décembre 2015

Les girouettes ont tourné.

J’ai rarement vu une après-élection aussi bizarre. Une vraie soirée de fantômes. Les vainqueurs rasaient les murs tandis que les vaincus, bras tendus de délectations et d’enthousiasme, faisaient sauter les bouchons de champagne. Machiavel lui-même n’aurait pu y reconnaître ses pompes ni ses œuvres.

Pourtant les girouettes ont tourné.

Certes, c’est désormais chose acquise, le Front National vire en tête, porté par les courants froids, avec comme dirait Michel Houellebecq, « la possibilité d’une île ». Mais quelque chose d’imperceptible et néanmoins de très important a changé et, si l’on peut s’exprimer ainsi, certaines cartes d’électeurs ont chauffé comme des cartes bancaires dans les temps de Noël.

Ne le dites pas tout haut, mais tous ces vents tourbillonnants qui affolent les girouettes ont tellement gonflé, (d’autres diraient regonflé) les voiles de l’Elysée que je soupçonne son locataire, au soir du second tour, d’avoir esquissé un pas de danse ou même, qui sait, d’avoir effectué à l’impromptu, un tour de scooter.

Jamais ciel n’a paru s’éclaircir autant après un orage électrique.

D’abord la défaite du PS, tant annoncée, tant redoutée, n’a pas eu lieu. Le parapluie n’a pas tout couvert, mais il reste sur la carte de France de belles plages de soleil. C’est un point d’acquis.

Ensuite l’opposition « Les Républicains » sort de l’épreuve sérieusement affaiblie et son président Sarkozy a pris en pleine face un tel uppercut qu’il en est encore tout embrumé. Une bonne frange de ses électeurs encouragés par ses propos  de jadis et naguère, est allée se jeter sans vergogne dans le giron de Marine. Elle ne reviendra pas. Quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, c’est désormais le destin de cet ancien président, il aura tout faux. Il a beau faire le coq, il ressemble trop désormais à une poule mouillée.

Si « Le Républicains » peuvent encore relever la tête, c’est bien grâce aux électeurs PS qui, même si certains ont voté avec des pincettes, leur ont sauvé trois régions. C’est bien là un acte civique, mais c’est aussi un cadeau empoisonné que l’ex-UMP aura du mal à digérer et qui va pourrir ses débats internes.

Xavier Bertrand, l’air sombre, déclare qu’il ne fera plus de la politique comme avant, ce qui sonne comme une menace. Estrosi, éperdu de reconnaissance, se pince et remercie, la langue en partie liée. Pour monter sur un siège de président, il se doit de descendre de son trône de farouche opposant au point d’énerver Sarkozy qui a déclaré avec sa délicatesse habituelle : « Ces deux-là, il faudra qu’ils dessaoulent. »

Résultat de ce mélange d’œufs brouillés, pour les Présidentielles de 2017, la présence de François Hollande au second tour, n’est plus inenvisageable. C’était impensable il y a quelques mois.

Plus le temps passe, plus il rassure. Il a géré avec efficacité, avec dignité mais avec fermeté la douloureuse crise que nous avons traversée. Il s’est montré humain. La conférence sur le climat a largement tourné à son avantage et sa stature internationale en sort grandi. Les quolibets ont cessé sur son passage.

Pendant que Sarkozy va s’épuiser à éliminer ses concurrents, à imposer ses thèses et ses réseaux, lui va pouvoir, en position dominante, exploiter ses avantages acquis, tendre ses filets, poser ses chausse-trappes, ce que, en mitterrandien accompli il sait parfaitement faire.

Je vous le dis, les vents ont tourné, les girouettes ont changé de sens, même si c’est avec des grincements, même si le fond de l’air reste encore frais.

12 décembre 2015

Conte de Noël: Mais où sont les tonneliers d'antan?

 

Savez-vous qui est Louis Barthas ?

C’est quelqu’un de très connu dans le Grand Sud-ouest.

Louis Barthas était tonnelier, durant les années vingt-trente, dans le village de Peyriac-Minervois. Un maître dans son art, virtuose de l’herminette et du maillet, que l’on savait être un rescapé de la Grande-guerre. Un sage, un modèle.

Après sa mort, sa famille exhiba de la poussière du grenier une série de carnets aux feuillets couverts d’une écriture appliquée, studieuse, comme on en trouvait autrefois dans les rédactions du Certificat d’études primaires.

Jour après jour, heure après heure, Louis Barthas a noté, a décrit son calvaire et celui de ses copains dans les tranchées. La misère et la mort à l’état pur.

Ce n’est pas du Victor Hugo, mais le style est alerte, varié, sans emphase, et il relève d’une pensée noble et d’une indéniable hauteur de vue. C’est un témoignage de grande tenue que beaucoup de nos concitoyens devraient lire.

Impressionnée, la FAOL (Fédération Audoise des Œuvres Laïques) décide de publier ces textes : Les Carnets de guerre de Louis Barthas. (En vente dans toutes les bonnes librairies et sur Internet).

La nuit de Noël de 1914 est là sous les étoiles. Le silence est total. Soudain, d’une tranchée à l’autre, des voix inconnues s’appellent, timidement d’abord, puis, au fur et à mesure de manière plus libre. Soldats français, anglais, allemands, se parlent du seul langage qu’ils peuvent comprendre cette nuit-là, le langage du cœur. Soudain, n’y tenant plus, ils s’élancent de leur trous à rats pour s’embrasser, se congratuler, s’offrir de menus cadeaux, goûter un instant d’humanité. Un crime absolu pour l’état-major !

Et Louis Barthas de noter : « Qui sait ! Peut-être un jour dans ce coin d’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté. »

Ce vœu, de facture naïve, était pourtant prémonitoire : Jeudi 17 décembre 2015, à l’initiative de l’association « Noël 14 », justement dans la banlieue d’Arras, sera inauguré « Le monument des fraternisations ». A même le sol, face au monument, dans une dalle de béton teintée en rose, sera inscrite la phrase de Barthas que je viens de citer. Une belle phrase qui a fait écho au point d’émouvoir certains hommes de ce XXIème siècle déboussolé.

Ailleurs, dans ses carnets, Louis avait transcrit une conversation entre poilus :

« Ah, si nous n’étions pas tous des lâches, fit une voix connue, celle de Terrisse, ceux qui la veulent la guerre viendraient ici à notre place. Nous verrions alors !

C’est trop tard, dis-je à mon tour, c’est avant qu’il fallait voir clair. Que ceux qui en échapperont se souviennent, au moins. »

Je relève et souligne à l’égard de ceux qui en ont besoin certains dimanches: « …c’est avant qu’il fallait voir clair. »

Mais que les « beaufs » se rassurent. Ce conte de Noël finit bien pour eux. La mémoire d’un tonnelier, à l’heure d’internet, ça ne pèse pas lourd. A Peyriac-Minervois, au premier tour des régionales, on a voté FN à urnes que veux-tu.

Il y a bien des coups de maillet quelque part, qui se perdent. Mais où sont les tonneliers d’antan ?

 

P.S : Ce texte est inspiré de l’article du journal local (12 décembre 2015): L’indépendant; « Un ‘Joyeux Noël’ pour le soldat Barthas 100 ans plus tard. »