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20 décembre 2015

Les girouettes ont tourné.

J’ai rarement vu une après-élection aussi bizarre. Une vraie soirée de fantômes. Les vainqueurs rasaient les murs tandis que les vaincus, bras tendus de délectations et d’enthousiasme, faisaient sauter les bouchons de champagne. Machiavel lui-même n’aurait pu y reconnaître ses pompes ni ses œuvres.

Pourtant les girouettes ont tourné.

Certes, c’est désormais chose acquise, le Front National vire en tête, porté par les courants froids, avec comme dirait Michel Houellebecq, « la possibilité d’une île ». Mais quelque chose d’imperceptible et néanmoins de très important a changé et, si l’on peut s’exprimer ainsi, certaines cartes d’électeurs ont chauffé comme des cartes bancaires dans les temps de Noël.

Ne le dites pas tout haut, mais tous ces vents tourbillonnants qui affolent les girouettes ont tellement gonflé, (d’autres diraient regonflé) les voiles de l’Elysée que je soupçonne son locataire, au soir du second tour, d’avoir esquissé un pas de danse ou même, qui sait, d’avoir effectué à l’impromptu, un tour de scooter.

Jamais ciel n’a paru s’éclaircir autant après un orage électrique.

D’abord la défaite du PS, tant annoncée, tant redoutée, n’a pas eu lieu. Le parapluie n’a pas tout couvert, mais il reste sur la carte de France de belles plages de soleil. C’est un point d’acquis.

Ensuite l’opposition « Les Républicains » sort de l’épreuve sérieusement affaiblie et son président Sarkozy a pris en pleine face un tel uppercut qu’il en est encore tout embrumé. Une bonne frange de ses électeurs encouragés par ses propos  de jadis et naguère, est allée se jeter sans vergogne dans le giron de Marine. Elle ne reviendra pas. Quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, c’est désormais le destin de cet ancien président, il aura tout faux. Il a beau faire le coq, il ressemble trop désormais à une poule mouillée.

Si « Le Républicains » peuvent encore relever la tête, c’est bien grâce aux électeurs PS qui, même si certains ont voté avec des pincettes, leur ont sauvé trois régions. C’est bien là un acte civique, mais c’est aussi un cadeau empoisonné que l’ex-UMP aura du mal à digérer et qui va pourrir ses débats internes.

Xavier Bertrand, l’air sombre, déclare qu’il ne fera plus de la politique comme avant, ce qui sonne comme une menace. Estrosi, éperdu de reconnaissance, se pince et remercie, la langue en partie liée. Pour monter sur un siège de président, il se doit de descendre de son trône de farouche opposant au point d’énerver Sarkozy qui a déclaré avec sa délicatesse habituelle : « Ces deux-là, il faudra qu’ils dessaoulent. »

Résultat de ce mélange d’œufs brouillés, pour les Présidentielles de 2017, la présence de François Hollande au second tour, n’est plus inenvisageable. C’était impensable il y a quelques mois.

Plus le temps passe, plus il rassure. Il a géré avec efficacité, avec dignité mais avec fermeté la douloureuse crise que nous avons traversée. Il s’est montré humain. La conférence sur le climat a largement tourné à son avantage et sa stature internationale en sort grandi. Les quolibets ont cessé sur son passage.

Pendant que Sarkozy va s’épuiser à éliminer ses concurrents, à imposer ses thèses et ses réseaux, lui va pouvoir, en position dominante, exploiter ses avantages acquis, tendre ses filets, poser ses chausse-trappes, ce que, en mitterrandien accompli il sait parfaitement faire.

Je vous le dis, les vents ont tourné, les girouettes ont changé de sens, même si c’est avec des grincements, même si le fond de l’air reste encore frais.

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