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12 décembre 2015

Conte de Noël: Mais où sont les tonneliers d'antan?

 

Savez-vous qui est Louis Barthas ?

C’est quelqu’un de très connu dans le Grand Sud-ouest.

Louis Barthas était tonnelier, durant les années vingt-trente, dans le village de Peyriac-Minervois. Un maître dans son art, virtuose de l’herminette et du maillet, que l’on savait être un rescapé de la Grande-guerre. Un sage, un modèle.

Après sa mort, sa famille exhiba de la poussière du grenier une série de carnets aux feuillets couverts d’une écriture appliquée, studieuse, comme on en trouvait autrefois dans les rédactions du Certificat d’études primaires.

Jour après jour, heure après heure, Louis Barthas a noté, a décrit son calvaire et celui de ses copains dans les tranchées. La misère et la mort à l’état pur.

Ce n’est pas du Victor Hugo, mais le style est alerte, varié, sans emphase, et il relève d’une pensée noble et d’une indéniable hauteur de vue. C’est un témoignage de grande tenue que beaucoup de nos concitoyens devraient lire.

Impressionnée, la FAOL (Fédération Audoise des Œuvres Laïques) décide de publier ces textes : Les Carnets de guerre de Louis Barthas. (En vente dans toutes les bonnes librairies et sur Internet).

La nuit de Noël de 1914 est là sous les étoiles. Le silence est total. Soudain, d’une tranchée à l’autre, des voix inconnues s’appellent, timidement d’abord, puis, au fur et à mesure de manière plus libre. Soldats français, anglais, allemands, se parlent du seul langage qu’ils peuvent comprendre cette nuit-là, le langage du cœur. Soudain, n’y tenant plus, ils s’élancent de leur trous à rats pour s’embrasser, se congratuler, s’offrir de menus cadeaux, goûter un instant d’humanité. Un crime absolu pour l’état-major !

Et Louis Barthas de noter : « Qui sait ! Peut-être un jour dans ce coin d’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté. »

Ce vœu, de facture naïve, était pourtant prémonitoire : Jeudi 17 décembre 2015, à l’initiative de l’association « Noël 14 », justement dans la banlieue d’Arras, sera inauguré « Le monument des fraternisations ». A même le sol, face au monument, dans une dalle de béton teintée en rose, sera inscrite la phrase de Barthas que je viens de citer. Une belle phrase qui a fait écho au point d’émouvoir certains hommes de ce XXIème siècle déboussolé.

Ailleurs, dans ses carnets, Louis avait transcrit une conversation entre poilus :

« Ah, si nous n’étions pas tous des lâches, fit une voix connue, celle de Terrisse, ceux qui la veulent la guerre viendraient ici à notre place. Nous verrions alors !

C’est trop tard, dis-je à mon tour, c’est avant qu’il fallait voir clair. Que ceux qui en échapperont se souviennent, au moins. »

Je relève et souligne à l’égard de ceux qui en ont besoin certains dimanches: « …c’est avant qu’il fallait voir clair. »

Mais que les « beaufs » se rassurent. Ce conte de Noël finit bien pour eux. La mémoire d’un tonnelier, à l’heure d’internet, ça ne pèse pas lourd. A Peyriac-Minervois, au premier tour des régionales, on a voté FN à urnes que veux-tu.

Il y a bien des coups de maillet quelque part, qui se perdent. Mais où sont les tonneliers d’antan ?

 

P.S : Ce texte est inspiré de l’article du journal local (12 décembre 2015): L’indépendant; « Un ‘Joyeux Noël’ pour le soldat Barthas 100 ans plus tard. »

 

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