MXX37
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25 janvier 2015

Ambiance.

Si chacun d’entre nous avait la même opinion que le voisin, nous serions dans l’uniformité : le rêve des dictateurs.

Vive la diversité donc, pour la bonne santé de notre République !

Il a suffi subitement d’un mot, un seul, pour que le landerneau s’enflamme et nous fasse retourner à nos travers : la polémique stérile. Ce mot est « apartheid ».

Ne soyons pas naïf, tout homme politique cherche à récupérer un maximum de voix, sinon il vaudrait mieux qu’il fasse autre chose. La question est de savoir avec quel degré de cynisme il le fait.

Vaut-il mieux que Manuel Valls s’écrie « apartheid », pour créer un effet de choc ;

Ou que Sarkozy propose la création massive de postes de policiers alors qu’il en a supprimé 12 000 ; qu’il préconise la création d’heures supplémentaires qui existent déjà et dont certaines ne sont pas toujours payées ;

Ou encore que Marine le Pen, alors que plus de quatre millions de Français défilent pour la Liberté de vivre ensemble, trouve suffisant d’aller s’exposer à un balcon, dans un fief FN, qui plus est derrière le rempart de ses militants ?

A cette grave question, chacun, suivant sa sensibilité, répondra.

Tout le monde sait, qu’en l’état actuel de la France, le régime obscène de l’apartheid n’a aucune raison d’avoir cours, sinon à retourner au pétainisme.

Au pourquoi de l’emploi raisonné de ce vilain mot par Manuel Valls, le maire EELV de Sevran, un maire de banlieue particulièrement actif, qui a fait la grève de la faim pour la bonne cause, Stéphane Gatignon, apporte une réponse : « Si vous parlez comme tout le monde, personne ne vous écoute. »

Dieu sait qu’en matière de banlieue, le vocabulaire de M. Tout-Le-Monde est particulièrement riche : Ghetto, zone de non-droit, fief des délinquants, marché parallèle, quartier d’immigrés assistés, arabes musulmans, ect…je vous fais grâce des moins avouables.

Ces mots qui tournent en boucle depuis des décennies ne suscitent plus chez certains élus de haut vol, qu’une somnolente indifférence. Bon nombre de nos responsables politiques ont balayé devant leur porte et n’ont pas été fâchés de pousser la poussière sous le tapis.

Rachida Dati n’a-t-elle pas avoué courageusement : « Les élus, de droite comme de gauche, évitent de faire campagne dans les banlieues. Ce n’est pas rentable. Ils ne votent pas. »

L’apartheid vomi de nous tous n’existe pas chez nous. Pourtant il y a des résultats désastreux qui font penser qu’il a existé de façon rampante sous une autre forme.

A longueur de mandats, on a laissé, de façon totalement anarchique, s’entasser dans des cages à lapins des populations sensibles, particulièrement vulnérables qui étaient là pour fournir les rangs d’une basse main-d’œuvre que dans les années 60 on appelait les OS.

Là ont vécu depuis, se sont développés à part, plusieurs générations dont les difficultés au fil des ans ont grandi.

La plupart de ces gens qu’on désigne encore comme arabes, musulmans, au mieux Français musulmans, sont Français, certains depuis la 3ème génération. Le problème est qu’eux, dans leur majorité, ne se sentent pas Français, que certains vont jusqu’à nier les valeurs de notre civilisation et fatalement de notre République.

Il y a pourtant des gens admirables qui se sont battus pour éviter cela : Enseignants, travailleurs sociaux, associations caritatives, policiers de proximité (avant leur suppression), élus de terrain, religieux.

Mais que pouvaient-ils faire sans le soutien volontariste de l’Etat  qui continuait tranquillement à laisser l’entassement se poursuivre?

L’autre jour à la télévision, l’un de ces travailleurs sociaux justement, prenant son courage à deux mains, a lâché dans un souffle : « C’est malheureux et délicat à dire, mais je le dis : Heureusement que dans certains quartiers ils ont l’économie de la drogue qui fait vivre des familles…sinon ! »

Cet homme, qui n’avait pas l’air d’un provocateur, vous rendez-vous compte quel doit être son état de lassitude pour nous asséner cet aveu?

Oui, une partie de notre France est à vau-l’eau, malade de son identité. Notre société, ceux qui la dirigent aujourd’hui et la dirigeront demain, héritent du fruit d’années de politiques laxistes et irresponsables empilées.

Le problème est, à mon sens, autrement plus important à résoudre que tous les défis économiques de la terre.

Rassurer, rassembler ceux qui ne se parlent plus, rétablir des dignités, prendre en compte des blessures, aider, agir, éduquer sans oublier la fermeté.

Tout un programme qui demande compréhension, courage, remise en cause des préjugés. Il y va de notre capacité à vivre ensemble, sinon...

 

 

Les commentaires sont fermés.