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30 septembre 2013

Le ver dans le fruit.

Un chansonnier humoriste français a dit un jour : « Depuis l’avènement de la République, la campagne est devenue électorale. »

C’est un mal républicain français : tout homme politique à peine élu songe déjà à son élection prochaine. Alors que lors des meetings, devant ses électeurs, on l’a connu dans ses envolées lyriques prêt à tout pour le bonheur du peuple, le voici à peine au pouvoir saisi d’une timidité maladive. Dès lors il avance avec une prudence de Sioux, il prend la couleur des murailles, trop attentif à ne froisser personne, surtout pas dans son vivier électoral.

A peine sur son trône le lion devient donc agneau. Inversement, relégué dans l’opposition, le battu redevient lion. Et la ronde infernale continue.

Ce serait courtelinesque si ce n’était gravissime, car de toute évidence le manque de courage de nos élus, qu’ils soient de droite ou de gauche, écorne chaque jour un peu plus notre République. Ne l’oublions jamais, malgré ses imperfections, elle est le seul régime qui garantit les libertés individuelles ou collectives ; elle est même tenue par principe d’assurer la liberté à ses pires ennemis, ceux-là même qui veulent l’abattre : d’où sa fragilité.

Alors quand un élu se montre courageux ne le méprisons pas.

Car menacée de l’extérieur par l’extrême droite, cette République l’est aussi de l’intérieur, malheureusement par ses plus chauds partisans. Ce ver dans le fruit, c’est la trop bonne conscience, c’est l’angélisme. Non la République n’est pas un terrain de jeu sans règle et sans limite et si elle tire son honneur d’avoir produit des hommes comme Jaurès, Blum ou Mendès-France, elle a eu besoin à certains moments pour se sauver ou se maintenir, de la fermeté d’un Clémenceau ou d’un Charles de Gaulle et, aujourd’hui, s’il n’est pas descendu en flammes, d’un Manuel Vals.

Le problème des Roms est un faux prétexte produit par la droite pour préparer son terrain électoral : ils sont 17 mille et nous sommes 60 millions. Manuel Valls a eu raison, à la lumière de l’histoire de ce peuple, de sa spécificité culturelle, de dire la vérité : « [ils] ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité. »

Faut-il vouloir faire leur bonheur malgré eux comme celui d’un oiseau qu’on met en cage ? Leur donner un appartement HLM, les intégrer dans une chaîne de montage ?

Ne trouvez-vous pas qu’on a fait assez de bourdes en allant, en Irak ou en Afghanistan,  imposer notre mode de vie à des gens qui ne le souhaitaient pas ?

Oui, me direz-vous, mais les ROMS sont chez nous par suite de la libre circulation des personnes et des biens.

Nous tenons là le nœud du problème. Le phénomène ROM est européen. Plus exactement il est la conséquence des décisions européennes.

Nous avons à Bruxelles une kyrielle de hauts fonctionnaires, de technocrates, hélas comme Baroso plus ou moins ultralibéraux qui prennent des mesures, édictent des règlements, dressent des catalogues d’obligations, sans se préoccuper des conséquences humaines qu’ils entraînent. Peu leur importe finalement que l’ouverture des frontières (qui est une excellente chose) livre à la déshérence un peuple, l’un des plus maltraités de la terre, et en fin de compte achève de le déboussoler. L’Europe se serait honorée à garantir aux Roms des conditions d’existence dignes d’êtres humains et, puisqu’elle est prompte à sanctionner les états membres, d’exiger de la Roumanie qu’elle traite ses ressortissants avec un minimum de décence.  Au lieu de cela, par indifférence ou paresse, elle les a abandonnés à des mafias et finalement à une misère plus grande encore que celle qu’ils ont toujours connue.

Quant à Valls, il fait son travail le plus honnêtement qu’il peut. Il essaie de mettre l’Europe devant  ses responsabilités. Pratiquer l’ordre juste, l’ordre républicain, n’est ni glorifiant, ni populaire pour un socialiste, qui plus est immigré. C’est pourtant nécessaire si l’on veut avoir encore demain des Jaurès, des Blum, des Mendès-France à la place de quelques chemises qui ont la couleur de la nuit.

23:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roms, valls, élus, roumanie, europe

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