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06 avril 2013

Est-ce qu'ils en ont...?

Laissons à leur erreur les gens aux idées courtes qui nous mènent droit dans le mur. Contentons nous de leur répéter que leur formule idiote : « Tous pourris ! » a fait le lit jadis de Franco en Espagne, d’Hitler en Allemagne, de Pinochet au Chili…pour ne citer que ceux-là. Je doute pourtant qu’ils y réfléchissent.

La force à la place du droit n’a jamais rempli  que les prisons d’innocents, les salles de torture de malheureux, les cimetières de morts sommairement exécutés. Il est si facile de perdre la liberté, mais il faut bien du sang et des larmes pour la reconquérir. Et ce n’est pas ceux qui ont contribué à sa perte qui se sacrifient le plus.

A propos de l’affaire Cahuzac un chroniqueur remarquait que ce n’était que sous un régime républicain qu’on trouvait des scandales. Et pour cause ! Sous une dictature les morts ne parlent pas et ceux qui veulent garder la vie se taisent. La corruption et l’enrichissement personnel des puissants peuvent alors être pratiqués sans crainte.

Peu de gens se souviennent (déjà !) comment le clan Ben Ali avait institué un régime mafieux en Tunisie et quelle monstrueuse richesse il avait volé à son peuple.

Tout au long de son histoire, la République est jalonnée de scandales où des escrocs de haut vol ont puisé dans les caisses. Ce qui est plus grave encore que les agissements frauduleux de Cahuzac. Mais au moins a-t-on pu confondre et punir quelques coupables.

L’affaire Panama, l’affaire Stravinski. Le brave Gustave Eiffel lui-même, dont le monde entier admire la tour, sent passer le vent du boulet. Condamné en première instance à 2 ans de prison et 20 000 F d’amende, il est heureusement blanchi en appel grâce à la plaidoirie de Waldeck Rousseau, mais l’ordre lui retire la légion d’honneur. L’ingénieur qui, soumis à la pression politique, servit maladroitement d’intermédiaire, finit par être rétabli dans son honneur.

Doit-on  pour autant se satisfaire du climat actuel. Certainement pas. Le Président Chirac condamné malgré toutes les entraves à la justice, le Président Sarkozy mis en examen dans l’ombre d’un lourd feuilleton judiciaire qui menace de se prolonger, Balladur sous surveillance, le ministre du budget chargé de traquer la fraude surpris à frauder lui-même… ça commence à faire beaucoup…

Il faut de toute évidence, sans pour autant se faire d’illusion quant aux futurs dérapages, réagir pour se protéger au mieux de cette peste.

Comme je le disais dans mon précédent blog, il faut que les militants se montrent plus vigilants sur le choix des hommes qu’ils poussent en avant.

Il faut surtout limiter le nombre de mandats sur une seule tête afin d’éviter les cumulards qui finissent par se persuader que la République leur appartient et qu’ils sont au-dessus des lois.

Il faut limiter aussi la durée des mandats. Il n’est pas sain qu’un député siège une trentaine d’années à l’Assemblée Nationale avant d’aller roupiller au Sénat. Cela resserre trop le monde des élites, crée des habitudes et des copinages troubles et, en gelant les places, empêche la délégation politique de se renouveler.

Enfin il faut mieux garantir le statut  de la presse et l’indépendance de la justice. Il n’est pas normal que sous Mitterrand des journalistes soient écoutés illégalement, que sous Sarkozy on utilise des services d’Etat pour connaître les sources de tel ou tel chroniqueur. Il n’est pas normal non plus d’attendre 18 ans pour confondre Chirac et 20 ans pour que Tiberi, ancien maire de Paris, soit convaincu de fraude électorale. Dans ce domaine on pourrait dire de façon humoristique que la droite, si prompte à donner des leçons, s’est mieux débrouillée que la gauche. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est mieux apte à gouverner.

Dernier point, et non des moindres : si l’on confie aux élus le soin de ces réformes, autant dire au meunier de couper les ailes de son moulin. C’est là où le bât blesse. C’est là où l’on verra si les parlementaires en ont… et de ce que vous pensez, et des principes démocratiques.

 

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