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02 février 2013

Quand l'argent était une pudeur et non une débauche.

Il me souvient d’un temps pas si lointain où, lorsque dans la famille on faisait une grosse dépense, le père disait d’un air grave : « On ne doit pas savoir combien nous l’avons payé ».

Il y avait autour de l’argent, non pas un secret, mais une pudeur. C’était comme les choses du sexe. On n’en parlait pas. Où alors le soir, au lit, entre époux, justement quand on n’avait pas envie de faire l’amour. A Limoux, ville voisine, la Caisse d’Epargne où l’on allait déposer ses économies était perdue, Place Alcantara, dans un quartier secret, en dehors de tout commerce : Alcantara qui ne disait rien à personne plutôt que Victor Hugo trop prestigieux ou trop voyant. On s’y glissait comme un voleur qui court blanchir son argent.

L’argent économisé sou après sou était le lien de la vie. On l’entourait de respect. Il était à la fois le rêve et l’ambition des jours meilleurs. Le petit lopin de terre qui « ferait pièce » avec ceux que l’on possédait déjà, le garage pour installer le fils, la maison qu’on pourrait acquérir pour abriter sa vieillesse. Des projets simples et furtifs, des instruments de la sécurité, voire du bonheur.

Même les grandes familles gardaient leur silence sur la fortune amassée, se réservant de montrer leur orgueil dans les palais qu’elles se faisaient construire.

Faut-il regretter ce temps révolu? Sans hésiter, hors de tout esprit passéiste, je réponds oui, car c’est de notre rapport à l’argent que nous viennent les ennuis. Et s’il faut désigner un échec majeur de l’école républicaine, c’est d’avoir abandonné sa vocation d’éduquer des citoyens pour ne plus former que des consommateurs.

De ce fait l’argent n’est plus un moyen, c’est une fin; un maître tyrannique à qui tout est sacrifié : honneur, fierté, générosité, intérêt national et, d’une manière générale, tout sentiment humain.

Sans frein, sans limite, les possédants veulent toujours plus posséder, les gagnants toujours plus gagner, les nantis toujours plus vivre dans l’opulence. Depuis quelques décennies une frénétique machine infernale pompe avidement les bénéfices du travail, parasite les énergies qui s’évertuent à produire des biens. Les entreprises n’engrangent plus de bénéfices, elles n’investissent plus, elles s’épuisent à verser la rançon à leurs actionnaires. Dès qu’elles sont vidées jusqu’à la moelle, incapables de rendre le moindre écot, elles sont jetées sans pitié et leur personnel avec.

Le capitalisme n’a que faire d’un gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite. Il est blindé contre cela. Hollande n’est tout au plus qu’un minet aux griffes trop courtes. Le capital, sans qu’on l’ait vu venir, a imposé son statut dans notre économie : celui de l’aigle au-dessus de sa proie.

Ce n’est pas par leur action que les puissants nous tiennent mais par leur statut. C’est ce que Jaurès avait compris, lui qui voulait fonder une économie sur les coopératives. En s’appuyant sur les coopérateurs, c'est-à-dire sur  les travailleurs de l’entreprise on élimine les  actionnaires dont l’incompétence n’a d’égale que leur avidité.

Mais les puissants ne se contentent pas d’accaparer, ils manipulent, ils créent la civilisation de leur convenance. Ils ont en effet un besoin vital pour que leur pompe à finance ne se désamorce pas : la consommation du peuple. Alors ils organisent la ruée vers les supermarchés. Conditionner, intoxiquer, encore et toujours, de manière à ce que même dans gêne, le peuple consomme, quitte à lui proposer un crédit qui l’étrangle. Pari réussi ! En ces temps de crise on n’a jamais vu autant de frénésie d’achat à l’occasion du Nouvel An. On en est à un point si bas qu’on pourrait dire, paraphrasant Corneille, « que le désir s’accroît quand le portemonnaie se recule ». Bien joué ! le peuple, de façon inversement proportionnelle à sa prospérité, est désormais sous la domination de l’argent. Il court les rabais, se précipite aux soldes, fait la queue des heures durant pour quelques centimes sur l’essence. La recherche de la bonne affaire est une aventure, une épopée et, quand on l’a dénichée, une victoire dont on se vante. Pendant ce temps les greniers dégorgent d’objets inutiles, de jouets à peine déballés que déjà oubliés. L’argent qui autrefois aidait à vivre ne sert plus qu’à s’étourdir. L’Avare n’a plus cours, c’est le Fils prodigue à longueur d’année.

Triste époque où les « gavés » manipulent les «  gaveurs ».

Voici ce qu’en disait le regretté Raymond Aron : « Dans l’économie capitaliste l’argent est roi : l’homme ne reprendra contact direct et authentique avec l’homme qu’en supprimant la médiation aliénante de l’argent. »

Eh bien, cher philosophe, ya du boulot !

Commentaires

Oui il y a du boulot mais on peut déjà résister en restant frugal !

Écrit par : Ulysse | 02 février 2013

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