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08 janvier 2013

De l'eau claire qui tourne à l'eau de boudin.

                     De l’eau claire qui tourne à l’eau de boudin.

A l’émission de Laurent Ruquier, on a entrevu un court instant Jean-François Copé en train de barboter dans les eaux cristallines de la piscine de son grand ami Takieddine, le sulfureux homme d’affaires poursuivi par la justice. Le malheureux était aussi seul et visible qu’une mouche dans un bol de lait. Ce fut le seul moment de clarté, car très vite les affaires ont tourné à l’eau de boudin.

Signe des temps Takieddine a pu venir s’expliquer sur une chaîne publique alors que la chose était impensable sous Sarkozy.

Le terme « expliquer » est un peu faible. En fait Takieddine était là pour trois raisons que je classe par ordre d’importance croissant : assurer publiquement sa défense, régler ses comptes, faires des propositions d’offres à peine voilées au nouveau pouvoir.

La seule erreur commise par la chaîne, ce soir là, a été de ne pas aligner en face de ce personnage trouble et manipulateur, des partenaires de poids, connaissant à fond le dossier, et, ce qui n’était pas superflu, au caractère bien trempé.

Takieddine en a profité, lui qui un jour, perdant toute mesure, avait craché sur une équipe de télévision, pour monopoliser la parole et, lorsque l’occasion se présentait, lisser les questions qui le dérangeaient. Tour à tour anguille ou bulldozer, il a joué au chat et à la souris pendant plus d’une heure avec ses interviewers.

Dans son plaidoyer quelque peu cynique, mais naturellement à son avantage, on peut deviner pourtant quelques vérités criantes. Le pouvoir, ce n’est pas nouveau, utilise pour ses basses besognes des hommes de l’ombre comme lui, qui échappent à tout contrôle démocratique. Et même, finissent par manipuler ceux qui les ont mis en place. Autre vérité aveuglante, nos dirigeants, pendant qu’ils nous promettaient l’assainissement radical de notre système financier, se vautraient dans l’argent sale d’un dictateur, argent quelquefois éclaboussé de sueur et de sang. Beaucoup d’argent, des montagnes d’argent, à vous donner la nausée.

Mais toute médaille a son revers. Ces hommes de l’ombre, une fois devenus électrons libres, sont extrêmement dangereux pour ceux qui prétendaient les avoir à leur botte ou en faire leurs amis. Car ils n’ont qu’une loi, celle de leur propre intérêt. Aussi, dès qu’ils s’estiment lâchés, ils balancent. Ils trahissent avec autant d’aisance qu’ils ont servi et se sont servis.

Takieddine n’a pas fini de remuer la vase de la Sarkozye d’où remonte un relent rarement aussi nauséabond. Ses effets d’annonce ne me paraissent pourtant propres qu’à effrayer…ou à « motiver » quelques personnages dans leurs petits souliers; car finalement, son coffre à l’étranger dont il a tant brandi la menace, pourrait contenir plus de vent que de preuves ou, si l’on préfère, plus de preuves à vendre qu’il n’y en a à adresser gratuitement au juge. Ce madré individu tient la dragée haute à ceux qui voudraient la croquer.

 Manifestement l’homme a fait volte-face et s’adresse au nouveau pouvoir. D’ailleurs, comment s’en étonner, n’était-il pas d’extrême gauche dans sa jeunesse !

Takieddine nous interpelle aussi, comme s’il voulait nous démontrer qu’il y avait une morale à tout cela

« La France ne vendra plus rien !... s’écrie-t-il. » Et de faire allusion aux marchés ratés au Brésil, en Inde, en Arabie Saoudite, en Chine… Notre rafale, notre TGV, nos technologies, dont selon lui plus personne ne veut. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, les J.O. que Londres a soufflés à Paris si mystérieusement… A moins que… Il ne le dit pas, mais il l’a au bout des lèvres. A moins qu’on se souvienne qu’il peut encore rendre service. Il a les moyens lui, de faire exploser l’opposition et il dispose d’une infinité de réseaux !

Est-ce à dire que toutes les déconvenues économiques nous arrivent parce que nous avons renoncé à la corruption du système, de son système à lui ?

Ne soyons pas angélique. Dans le commerce international où le compte en banque fait office de conscience,  la morale et la bienséance ont peu de place. Mais de là à aller se compromettre aussi largement, je dirai presque aussi intimement avec un Kadhafi, ce dictateur fou-sanguinaire, il y a une marge qu’on ne saurait tolérer. Qu’on ne saurait pardonner. Que les nostalgiques de  Sarkozy se souviennent que cette marge a été franchie à de multiples reprises jusqu’à nous faire perdre toute dignité.

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