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22 décembre 2012

La morale du rôti*

Il y a bien longtemps de cela, en plein Moyen-âge, Maître Rondo passait pour le plus célèbre artisan-rôtisseur de la ville de Paris. Sa boutique ne désemplissait pas et l’on s’y pressait surtout à Noël pour y voir tourner à la broche une bonne douzaine de dindes farcies au foie gras, dorées comme du caramel et  ruisselantes d’un bon jus ambré.

Vint à passer par là un pauvre bougre en guenilles, maigre comme un loup affamé qui traînait son désœuvrement et sa misère.

Du soupirail de la rôtisserie s’échappait une vapeur onctueuse, si cruelle pour ses papilles, si douloureuse  pour ses entrailles, que le mendiant ne put résister  à l’attrait du fumet. Il s’agenouilla près du soupirail et, sortant de sa besace un croûton rassis, il le tendit longuement à la fumée du rôti.

Nonobstant ses grandes qualités professionnelles maître Rondo avait un grave défaut. Il était d’une féroce cupidité.

Apercevant  le mendiant qui parfumait son pain à la vapeur du rôti, il fondit sur lui, le saisit au collet et, prenant les passants à témoin s’écria :

« Voici un mauvais drôle que j’ai surpris à me voler le fumet de mes dindes. Par ma foi, je ne le relâcherai que s’il me donne six sous. Sinon je le livre à la garde, sacrebleu !»

Le pauvre bougre se débattait, niant farouchement avoir volé quoi que ce soit.

«  Six sous ! Six sous pour m’avoir volé ! hurlait l’artisan en le secouant de plus belle. »

Un attroupement se forma. Un témoin plus avisé que les autres proposa d’aller quérir maître Arnaud, un sage qui résidait non loin de là, afin qu’il tranchât le litige.

Les deux parties y consentirent.

Maître Arnaud vint immédiatement. Il écouta attentivement les griefs du rôtisseur puis les arguments de l’inconnu famélique toujours solidement maintenu mais toujours aussi ferme sur sa défense.

« Mon brave ! finit-il par dire. Donnez –moi les six sous. »

Retournant sa poche, le mendiant donna toute sa fortune. Juste six sous. Alors Maître Arnaud se mit à faire sauter les petites pièces dans le creux de sa main, longuement, savamment, sous le nez du rôtisseur. Elles produisirent ma fois à l’oreille une fort agréable petite musique.

« Voilà finit par dire maître Arnaud en rendant les six sous, tout le monde est quitte ; cet homme vous a pris l’odeur de votre rôti, il vous a payé avec le son de sa monnaie ».

 

Pour ne pas gâcher votre réveillon, je vous prie de répondre à la question suivante après les Fêtes :

« Une fois les fumées de la dinde dissipées, est-ce que le gouvernement se contentera du son de notre argent ? »

Bon Noël à tous !

 

*Inspiré d’un conte.

 

 

 

16:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noël, conte, argent, dinde, rôti

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