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06 décembre 2012

Où est la main gauche?

De par le monde, et notamment chez nous, le capitalisme a construit sa belle maison : solide, avec des murs épais et un toit à toute épreuve. Pourtant, dès qu’on se propose de retirer une pierre, une seule, des cris s’élèvent de toutes parts : attention ! la maison va s’écrouler ! Comme si l’édifice reposait sur un fil.

Surtout ne rien toucher ! Surtout ne pas rompre le fragile équilibre de notre économie ! Prudence ! Tout le monde à ses pantoufles !

Tant qu’Arnaud Montebourg revêtait sa belle marinière pour vanter les produits français, on pouvait rire de ce bon zèbre aux sympathiques rayures. Un ministre trop médiatique, ça ne mange pas de pain. Tant qu’il se permettait de sortir de son cadre pour suggérer, sans trop le dire : « merde à l’idéal bourgeois ! » on ne s’alarmait guère : il faut bien que la pie chante pour que les blés mûrissent. Mais fini le cirque cette fois, Montebourg est allé trop loin. Il a prononcé l’injure suprême qui lui vaut le bûcher : Nationalisation !

Quel émoi ma chère ! Tout juste si Laurence Parisot n’a pas revêtu ses habits de deuil pour nous prédire la catastrophe : Tous à Bugarach !

Et Hollande lui-même, qui nous a montré pourtant lors de son intronisation sur les Champs Elysées, qu’il résistait bien à l’averse, a ouvert son plus grand parapluie.

Quant à l’abbé Attali, patelin à patenôtres, le sourire suffisant et  légèrement moqueur, il est venu nous expliquer que c’était là un bon moyen de « faire fuir les investisseurs ! ». Encore un obsédé de l’équilibre.

Mais au fait ! Que viennent faire chez-nous les investisseurs qui ne fuient pas ?

Ils viennent placer leur argent, acheter nos hôtels de luxe, nos palais, nos édifices parisiens, nos vignobles bordelais. A coups de pétrodollars ou de fortunes plus ou moins troubles, souvent gagnées sur l’exploitation de l’être humain, ils se font la courte échelle pour rafler au nez des investisseurs nationaux notre patrimoine historique. A Paris, le peuple a été chassé vers les banlieues, à des heures de son travail. Il est impossible aux commerces traditionnels de se maintenir dans les grandes artères, aux revenus moyens de se payer un appartement. Les marchands de sommeil font fortune en louant honteusement des logements crasseux et des gens pourtant avec un emploi dorment sous les ponts. A qui profite la flambée magique des prix ? Poser la question, c’est y répondre.

Mais il y a pire pour notre économie. Que font encore les investisseurs qui ne fuient pas ? Souvent ils achètent nos usines en bonne santé, s’accaparent de leurs marchés, pillent leur savoir faire et leur technologie puis ils les rejettent pressées comme des citrons, laissant à l’économie française le soin d’éponger les plans sociaux. On devrait se souvenir plus souvent du coucou dont l’œuf pondu dans le nid de la fauvette est programmé pour éclore avant les autres, afin que le jeune coucou soit en mesure de jeter par-dessus bord les oisillons derniers nés. Si rien n’est fait pour fustiger les investisseurs-voyous, il n’y a aucune raison pour qu’ils se gênent. Ils fuiront de toute façon quand ils auront fait leurs choux gras sur notre dos. 

Montebourg a sûrement beaucoup de défauts et bien des travers, mais il s’est cependant souvenu qu’il appartenait au parti de Jean Jaurès et de Léon Blum. Alors qu’on lui a refilé un bâton merdeux, le voilà qui, faute impardonnable, s’avise de l’attraper par le bon bout.

Mis à part le terme de « dangereux ! » éructé par la droite, le meilleur compliment adressé à Montebourg, en passe de démissionner, vient d’un syndicaliste : « je lui ai téléphoné pour qu’il reste, nous avons besoin de lui ».

Le PS qui se demande à chaque élection pourquoi la classe ouvrière déserte ses rangs et ne vote pas pour lui, devrait réfléchir à cette phrase.

Car la classe ouvrière est en droit de se demander : « Que fait le PS au pouvoir si c’est pour y faire le travail des autres et non pour nous y défendre. Sait-il seulement où il a la main gauche ? »

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