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20 octobre 2012

La petite reine a perdu son roi.

Un à qui on va retirer son pain au chocolat, c’est bien le roi incontesté, sinon contestable, du cyclisme de ces dernières années : Lance Armstrong.

Il a bien fallu sept Tour de France gagnés par l’inamovible coureur pour s’apercevoir qu’il ne roulait pas à l’eau claire ni même au Pastis de Marseille. Les prévisions météo en ce domaine ont des progrès à faire.

En réalité tout le monde savait, mais tout le monde a fait comme si…et chacun a préféré se taire.

C’est depuis toujours un secret de Polichinelle, au Tour de France comme dans toutes les grandes épreuves cyclistes, tout le monde est plus ou moins dopé. Les uns sont dopés à l’EPO, les autres à l’argent, les autres encore au rêve du surhomme.

Le public est dopé à l’exploit. Plus il en voit, plus il en redemande. C’est la drogue moderne des obscurs, des sans grades, des gavés de bière et de saucisson, qui peuvent, au bord des routes, se projeter sur le vainqueur. Ils le voient passer, suant, soufflant, grimaçant, pareil au héros teutonique, préférant tout ignorer du contenu de son bidon.

Les organisateurs sont dopés à l’argent. Le Tour de France est une grosse affaire qui brasse des millions d’euros, qui génère emplois et rentes de situation. Trop de sponsors ont intérêt à voir leur marque tenir le haut du pavé dans le sillage du peloton. Intérêts industriels et profits d’actionnaires sont si importants qu’on peut bien sacrifier sans vergogne à la morale où même à la simple honnêteté. On n’arrête pas, sur un vulgaire soupçon, une course qui gagne ou plutôt qui fait gagner énormément d’argent.

Les coureurs sont dopés, pour la plupart, étant donné que, dès leur premier coup de pédale de professionnels, ils rentrent dans le système épique et financier où, depuis longtemps, les dés sont pipés. Et ce système est tellement pervers qu’il sanctionne lourdement ceux des coureurs qui voudraient le dénoncer, obligeant par la même occasion les autres à se taire et à tout accepter.  Que dirait-on d’un coureur qui serait incapable, en se distinguant dans une échappée, de montrer son maillot avec bien en évidence, les noms de ses sponsors ?  Et puis au bout du combat, là-bas, sur la ligne d’arrivée, ce n’est pas une carotte qui l’attend, mais une reconnaissance, un triomphe, un statut de champion et, accessoirement,  un pont d’or qui lui donnera les moyens de se payer les fondations de son futur chalet en Suisse.

Alors public, organisateurs, coureurs, tout ce monde mu par des intérêts divers mais convergents, se tient par la barbichette dans un vaste nuage d’hypocrisies, de non-dits et de passe-droits.

Mais en ce siècle de consommation les Dieux du stade n’ont de durée que le temps de leur passage. Sitôt qu’on en a fait usage, on les jette comme des kleenex.

C’est ce qui arrive aujourd’hui à Lance Armstrong. Tant qu’il a servi des intérêts plus ou moins avouables on l’a érigé en statue. « Cachez cet EPO que je ne saurais voir » était la bienveillante attitude à son encontre.  Aujourd’hui que l’aigle a les ailes rognées, chacun s’ingénie à dénoncer sa duplicité, son mensonge, sa fausseté. Il n’est pas de plus ardents défenseurs du droit et de la bienséance que des hypocrites repentis. Aujourd’hui tous mettent leur point d’honneur à lui envoyer le coup de pied de l’âne, à le dénoncer, à le renier.

Ce ne sont pas les hommes qu’il faut dénoncer, mais un système qui, pour tirer les marrons du feu, ferme les yeux pour accepter l’inacceptable. Bientôt  à son hypocrisie ce système va devoir ajouter le ridicule. Par les sept déclassements d’Armstrong, vont être proclamés vainqueurs du Tour de France, les sept deuxièmes, eux-mêmes tous, ou presque tous, convaincus de dopage. C’est une situation UBUESQUE  qui embarrasse le cyclisme. Faudra-t-il déclasser les deuxièmes au profit des troisièmes ? On risque ainsi par cascade de se retrouver au niveau de la lanterne rouge. Il est vrai que dans la Bible il est dit que « les derniers seront les premiers » Encore n’est-on sûr de rien. Dans les années cinquante, un certain Zaaf, lanterne rouge de légende, tenait sa victoire d’étape, le peloton l’ayant charitablement  laissé partir. Soudain, à quelques kilomètres de son triomphe,  le malheureux se mit à Zigzaguer sur la route : il s’était dopé au vin rouge.

La petite reine a perdu son roi, mais pour autant ni les dauphins, ni la cour de Versailles, ne sont pas mieux assis sur leur selle.

 

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