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08 juin 2012

Messieurs, la cour!

 

Nous avons un roi, il ne manque plus que la cour. C’est, en caricaturant à peine, l’un des paradoxes de cette vieille, trop vieille, Vème République. Le vote déclassé qui frise l’absurde suit un vote essentiel où l’on s’est déjà exprimé, parfois localement jusqu’à 90%. Autrement dit on a mangé le dessert avant de s’attaquer à ce qui devrait être le plat de résistance. 

Tout le monde sait qu’actuellement l’élection capitale, la seule qui compte vraiment, a eu lieu le 6 mai 2012. Après une longue campagne de plus de six mois où de nombreux sujets de société ont été abordés (pas forcément les plus importants d’ailleurs), où toute les ficelles ont été utilisées, les Français, au bord de l’overdose  politique, ont finalement choisi un Président de la République. 

Et voilà qu’il faut remettre çà, dans une ambiance de plat réchauffé  et de lassitude générale. 

Comment s’étonner dès lors que cette campagne pour les législatives se déroule sur fond de muraille, sans programme, sans débat autrement que ceux de chiffonniers, sans arguments nouveaux, sans passion républicaine. 

Le PS réclame à corps et à cris une majorité qui permette à François Hollande d’appliquer son programme…C’est logique et normal en somme. 

L’UMP rétorque, avec une tristesse de chien battu, qu’il est dangereux d’accorder aux mêmes tous les pouvoirs institutionnels ; en omettant de dire que cela ne dérangeait nullement au temps de la domination du RPR. Au passage notons que son ancien slogan « une France forte » l’encombre de toute évidence. Une France forte, slogan gaulliste s’il en fut, exige comme préalable un pouvoir exécutif fort. Or ce pouvoir elle propose de l’affaiblir. Par les temps qui courent la France ne peut se payer le luxe d’une cohabitation. 

Voilà donc, sauf rares exceptions, autour de quoi tourne la campagne. 

Ce vote dont le manque de relief masque l’extrême importance, est le signe surtout d’une carence de démocratie.  

Aussi, même si François Hollande aura d’autres chats à fouetter, il ne sera pas pour autant inutile qu’il songe à réformer les institutions dans le sens d’un meilleur équilibre des pouvoirs. De Gaulle, pour qui ces institutions ont été faites, fait désormais partie de l’Histoire. On ne l’a jusque là que trop singé. Il est temps de ne plus tout réduire à la personnalité, aux humeurs, parfois comme sous Sarkozy, aux foucades d’un seul homme. 

A ce train là, quand le roi tousse, tout le pays s’enrhume ou quand le roi est fou, tout le pays marche sur la tête. 

D’ailleurs l’exemple parfait, à l’appui de ce que j’avance, nous le vivons aujourd’hui. Il a suffi qu’un homme s’en aille pour que la France respire. Les administrations soufflent, la justice se détend, les beaux jours d’un patronat voyou subissent un frein ; des injustices flagrantes quant à certains départs à la retraite ou aux remboursements des indemnités pour les travailleurs de l’amiante connaissent un début de règlement. Le Conseil de l’Ordre des médecins lui-même propose prudemment de limiter les dépassements d’honoraires. L’humain enfin semble de retour dans le traitement des situations difficiles.  

La simplicité du Président dont certains se gaussent a changé la donne en le rapprochant utilement des Français qui se sentaient marginalisés. Mais même si ce bel élan se poursuit il ne changera rien au problème de fonds. Si aucune réforme n’intervient, nous en serons réduits tous les cinq ans à nous livrer à une psychanalyse sur les candidats et à nous demander lequel d’entre eux est un caractériel.  

Certes, ne soyons pas naïfs, la politique est faite par des hommes avec leurs qualités, leurs défauts ou leurs faiblesses. Trouvons tout de même le moyen d’en réduire, par un bon contrôle démocratique approprié, les effets pervers. Le pouvoir personnel est trop sujet à la tentation des dérives pour qu’il ne soit pas mis sous surveillance et fermement encadré.

 

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