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16 mai 2012

Un anormal...qui doit être normal.

L’une des promesses que F. Hollande aura probablement le plus de mal à tenir, c’est la plus anodine et la plus facile, d’apparence, qu’il ait formulée au début de sa campagne : être un président normal.

Ne confondons pas Président normal et homme normal. François Hollande ne peut être un homme normal. Comment pourrait-t-il l’être lui qui a consacré des années pleines à conquérir la fonction la plus infernale qui soit, la plus exposée aux critiques, quand ce n’est pas à la haine, comme l’a prouvé la délicieuse mairesse UMP d’Aix en Provence ? Il faut être quelque part hors norme et pour tout dire un peu masochiste pour convoiter cette chienne de vie dans les palais dorés de la République où l’on est en bute à une malveillance perpétuelle. Quiconque est entré à l’Elysée tête haute aux roulements des tambours de la gloire, n’en est jamais sorti tout à fait indemne ; a fortiori s’il a été comme Sarkozy, piteusement défait après avoir été tant porté aux nues.

Alors, à défaut d’un homme normal, aurons-nous un Président normal ou bien comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs, un monarque républicain ?

Vaste chantier, que de désacraliser une fonction si prestigieuse, que de lui ôter ses secrets, ses mystères, ses zones d’ombre! C’est peut-être la réforme constitutionnelle la plus délicate à faire car elle ne se s’organisera pas par des textes, mais par un comportement exemplaire.

Les Français, que la Révolution de 1789 n’a pas complètement guéris de leurs nostalgies royalistes, adorent voter pour le monarque. Comme ses prédécesseurs, François Hollande est entré en fonction avec cette couronne invisible sur la tête qui l’a quasiment sacralisé. C’est ainsi après une campagne électorale. Tant d’espoirs sont remontés en surface, que le peuple se tourne forcément, avec un sentiment neuf, vers celui qui les incarne.

Mais attention ! Les Français se lassent vite. Ils en ont assez que la politique soit assimilée au mensonge, à la malhonnêteté, voire à la corruption. Ils en ont assez que le sortant, à peine descendu de son piédestal, entre automatiquement dans la ligne de mire des juges.

Et c’est ici que la notion de Président « normal », telle que je crois la comprendre, peut intervenir.

Un Président normal est quelqu’un qui tient parole. Contrairement aux cent propositions de Mitterrand dont certaines étaient parfaitement utopiques, et contrairement à ce que prétend l’opposition pour noircir le tableau, François Hollande n’a pas fait trop de promesses démagogiques. Sans prétendre tout aplanir, il peut tenir le cap, compte tenu de ses priorités et des contraintes financières. Cela fait partie de son réalisme. D’autant que les réformes de sociétés concernant l’évolution des techniques médicales, les mariages des homosexuels, le droit à une mort digne, ne coûtent rien ou si peu. L’abolition de  la peine de mort n’a après tout causé qu’un chômeur : le bourreau.

Un Président normal est quelqu’un qui ne se laisse pas enfermer dans une cour de courtisans et qui ne se contente pas de regarder la France ou d’écouter les aspirations des Français à travers le seul prisme déformant de ses collaborateurs. L’Elysée est un piège qui, en isolant des réalités, peut rapidement se transformer en tombeau.

Un Président normal est quelqu’un qui ne doit pas se contenter de sa propre honnêteté, mais doit impérativement surveiller celle des autres, particulièrement celle des membres de son équipe. Trop de chefs d’Etat, par amitié, par copinage, par esprit de clan, ont couvert des comportements louches ou délictueux, donnant l’impression qu’au sommet de l’Etat une caste de privilégiés pouvait se soustraire à la loi qui régente le simple citoyen.

Un Président normal est quelqu’un qui ne prend pas les Français pour des imbéciles, mais prend soin au contraire de leur expliquer ses difficultés sans verser dans le nombrilisme ou du moins dans l’autosatisfaction infantile.

Un président normal est tout simplement quelqu’un qui montre et démontre à chacune de ses décisions toute sa rigueur républicaine.

Cela à l’air prétentieux, comme ça, de donner de doctes conseils quand on connaît les aléas et les méandres de la vie politique où les plus grands ne furent pas toujours les plus vertueux. C’est pourtant, par les temps mauvais qui courent, cette promesse de normalité qui a contribué au succès de Hollande. Elle doit être impérativement tenue.

Formons le vœu ardent, au soir de cette journée d’investiture, que le Président de la République François Hollande ne perde pas les repères qu’il s’est donnés, car Marine Le Pen, plus que jamais en embuscade, nous attend déjà, bras grands ouverts.

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