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02 mai 2012

Le ventriloque.

 Le ventriloque est un illusionniste qui en contractant ses entrailles, en intériorisant sa voix, donne l’impression que sa marionnette tenue à bout de bras parle réellement, débitant seule ses bêtises, alors que tout vient de lui.

 J’étais surtout préoccupé, ces temps-ci, de mettre le champagne au frais, pour dimanche soir. Au pays de la Blanquette de Limoux, on ne boit le champagne que pour frimer, pour le prestige de l’étiquette, lorsque  l’évènement exceptionnel le mérite. J’avais donc choisi de me taire jusqu’au 6 mai pour savourer l’attente et mieux surveiller la température du champagne à boire avec mes « vrais » amis.

Mais, alors que les débats répétitifs commencent à lasser, celui qui a eu lieu entre le philosophe écrivain, ancienne plume de Mitterrand, Régis Debray, et Henri Guaino le rédacteur des discours de Sarkozy, m’a paru digne d’être raconté.

Un philosophe, pour le commun des mortels, ça se perd dans le fouillis des phrases, ça vous emploie des mots qui ne sont même pas dans les dictionnaires, ça vous y met trois jours pour parler de l’existence de Dieu, quitte le lendemain à vous prouver le contraire. Régis Debray, comme tous ses collègues n’échappe pas à ce travers. Pourtant, face à Guéant, l’autre soir, en quatre phrases imparables, il a su dire implicitement, et pour une fois tout le monde a compris : « Quel con ! »

Il faut dire que Régis Debray qui vient d’écrire un livre sur « Les Frontières » était particulièrement remonté que Guaino ait glissé dans le discours du Président-candidat, à Toulouse, des citations empruntées à son livre afin de leur faire dire le contraire de ce qu’il pensait.

Déjà le matin sur France-Inter, il s’était exclamé : « C’est quand même gonflé ! »

Voici le florilège de ses phrases assassines :

« Un frontière, M. Guaino, ce n’est pas un mur…On construit justement des murs là où il n’y a pas de frontières. »

« La frontière est une séparation, certes, mais c’est aussi une porte qui peut s’ouvrir à l’accueil de l’étudiant étranger, du persécuté… »

« Celui qui va bientôt nous quitter laissera dans l’histoire un souvenir…mitigé »

« Vous préparez à M. Sarkozy de beaux discours, il les lit avec beaucoup de vaillance…Je ne suis pas sûr pourtant qu’il comprenne tout. En tout cas ce n’est pas l’impression qu’il me donne… »

Comme Guaino proteste de sa bonne foi, la lame de rasoir devient plus cruelle :

« Oui !...Mais vous n’êtes pas le seul souffleur du prince. » (Allusion à Buisson ex directeur de « Minute » et conseiller de Sarkozy)

Et voici la meilleure : M. Guaino vous êtes dans la position « d’un ventriloque ». On voit d’ici Guaino contractant sa gorge, torturant son ventre, pendant que là-bas, sur l’estrade, la marionnette débite des phrases grandiloquentes si vaines et si légères que le vent de l’histoire les emporte aussitôt comme les plumes d’un édredon éventré.

Un philosophe, ça ne philosophe pas toujours. Parfois, ça cogne.

A la santé de la République, une et indivisible !

 

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