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15 avril 2012

Une campagne terne, mais pas sans espoir.

 

Je m’étonne que les observateurs avertis de la campagne électorale s’étonnent du manque d’ambition du projet de chaque candidat. Il ne pouvait pas en être autrement puisque cette campagne est d’abord vécue comme une occasion de mettre Sarkozy à la porte  et non pas comme une aspiration à une politique nouvelle. 

Tout se passe comme si la majorité des électeurs, dans une sorte d’autisme, étrangers à tout ce qui se passe autour d’eux, étaient butés par l’idée simpliste : « Tout sauf Sarkozy ! » 

A partir de là, tout ce qu’a pu leur raconter en bien ou en mal le candidat-président, tout ce qu’il a pu faire d’exemplaire ou de médiocre ces derniers mois, les a laissés dans la plus parfaite indifférence, sans jamais les détourner de leur « funeste » projet : voter anti-Sarkozy. 

Quand on se souvient de l’instrumentalisation du « papy » martyrisé à la veille des élections de 1995 et de l’influence que son image eut sur le résultat final, on aurait pu penser que les évènements de Montauban et de Toulouse allaient tout chambouler. Dignement gérés par le Président qui pourtant a tenté de les exploiter, quelques jours plus tard, par  l’arrestation très médiatisée d’Islamistes présumés dangereux, ils sont restés sans effet sur l’opinion. Une fois la vive émotion passée, tout est retombé dans l’indifférence.  

Pour Sarkozy, rien ne va plus, rien n’accroche, tout glisse, tout est maladresse, même dans les symboles. Suprême ironie, ce dimanche 15 avril, jour de grand rassemblement à la Concorde, un bloggeur a même remarqué que le podium de Nicolas Sarkozy avait été dressé à l’endroit exact où Louis XVI fut décapité. Est-ce là un acte manqué ? 

Dans ces conditions, pourquoi Hollande se serait-il avancé à promettre des mesures graves, voire impopulaires, qu’il sait inévitables. Pourquoi aurait-il couru le risque. Sa stratégie payante jusque-là a consisté à se mettre dans les pas du sortant et, de temps à autre, à lui allonger un croc en jambe. 

Avouons que si cette tactique a, semble-t-il, réussi, elle n’est guère favorable au développement des grands projets.  

Pourtant si l’on y réfléchit bien, notre pays, placé à la croisée des chemins, se trouve devant un choix important, vital même : changer, ou disparaître en tant que grande puissance internationale. 

Comme on interrogeait Albert Jacquard sur le message qu’il pourrait délivrer s’il était candidat, celui-ci a répondu aussitôt: 

« Je serais le candidat des mutations, pas le candidat des crises. » 

A mon avis cette phrase est cruciale, elle est la clé du problème de nos temps modernes. 

Autrefois, c’est horrible à dire, les graves crises économiques des pays européens, étaient résolues par la guerre. Au milieu des nations pacifiques, il suffisait d’une seule belliqueuse pour déclencher le sinistre processus. Hitler voulut résoudre son problème de surpopulation et la crise de sa monnaie par l’anschluss. Alors l’industrie sidérurgique était relancée, les  morts, surtout ceux du peuple, régulaient les populations actives, libéraient l’espace humain. D’un autre côté, les destructions massives sur tous les territoires appelaient à la reconstruction toute aussi massive et donc à la relance de l’économie.  

Aujourd’hui que, fort heureusement,  grâce à l’Europe, la guerre, même pour un  chef d’Etat extrémiste, ne saurait être envisagée, c’est par l’intelligence et dans les utopies qu’il faut trouver les solutions. 

On le voit bien, du fait des pays émergeants et de leurs règles sociales différentes des nôtres, même l’Allemagne que l’on cite pourtant en exemple est en sursis. Nos économies sont à bout de souffle. Les vieilles recettes d’hier ne sont plus valables aujourd’hui.  

C’est à une révolution économique maîtrisée, à une reconstruction totale de notre activité que les Etats sont conviés. L’Ecologie peut être le facteur de relance à moyen et long terme. La modification de notre consommation, l’utilisation croissante de l’énergie renouvelable, la réorientation de nos priorités en particulier vers l’amélioration de l’éducation, du système de santé et de la qualité de la vie, la réorganisation d’une défense nationale moins dispersée, moins coûteuse mais plus efficace, sont autant de pistes à creuser. 

Il faudra bien sûr, et de ce point de vue Hollande à raison, parvenir à maîtriser ce capitalisme fou qui parasite les profits par la spéculation stérile et détourne de son usage naturel l’argent nécessaire aux investissements d’une industrie renouvelée. 

Je le répète une fois encore, Hollande a l’opportunité d’être un grand président. Fort de ce qu’il n’a pas dit, il devra, après des mesures impopulaires nécessaires aux premiers pansements, comprendre que nous avons perdu la bataille économique mais non la guerre. Accompagner sans acharnement thérapeutique, mais dans la solidarité nationale, les secteurs d’activités qui malheureusement vont mourir, préparer les bonnes mutations pour assurer notre avenir, reconstruire du neuf sur les ruines industrielles, voila sa véritable responsabilité historique. 

Nous avons les savants, nous avons les chercheurs, notre potentiel scientifique est intact, notre système de santé est l’un des meilleurs au monde ; nos prix Nobel en font foi, il n’a manqué jusque là que la cohérence d’une volonté politique.

 

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