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26 mars 2012

Trop de questions pour une réponse.

S’il fallait que je retire un mot à propos de ce que j’ai écrit sur le drame de Toulouse, maintenant qu’on connaît son auteur, je n’en retirerai aucun.

S’il fallait, malgré l’indignation qui est la notre, tirer une leçon de cette abomination, c’est devant le monument de Drancy qu’il faudrait la chercher. Drancy où tous les dignitaires religieux, main dans la main, ont témoigné de leur esprit de paix.

Tant que les religions ont voulu posséder le pouvoir politique pour dominer spirituellement et matériellement les peuples, elles ont engendré des fanatismes. Dans le monde, elles ont été à la source de guerres tellement atroces que tout message de tolérance venant d’elles est plus que jamais le bienvenu. Ces loups perdus qui tirent sur des enfants, ne sont-ils pas quelque part les héritiers des assassins de la nuit du massacre de la Saint Barthélémy où tant de justes, de femmes, d’enfants, moururent dans une impitoyable boucherie, pour une cause religieuse?

On aimerait pouvoir dire, qu’à l’instar de celles de religieux, les paroles que le pouvoir laïque a prononcées dans l’émotion, lors des hommages aux victimes, n’étaient pas en contradiction avec des discours enflammés, tristement démagogues ou populistes qu’on a entendus par ailleurs. Attention aux mots !

La haine de l’autre  ne s’invente pas. Elle naît avec les mots. Dans certains milieux extrémistes elle a son vocabulaire particulier, sa logique, sa technique pour détruire un individu, pour les séparer du raisonnable, du réel, pour en faire un autiste, un monstre capable de tout.

A trop vouloir singer le FN, à poursuivre les voleurs de poules pour des raisons purement électorale, les hommes au pouvoir en France ont-ils  oublié ce qu’est un « dormant » ? Ont-ils négligé de pousser à la surveillance de la bête qui dort ?

Un «dormant » est ce militant du jihad, formé au combat, préparé psychologiquement, fanatisé, programmé pour tuer, qui va se retirer chez lui, faire le mort, endormir les méfiances pendant des mois voire pendant plusieurs années. Soudain, soit qu’il en ait reçu l’ordre, soit de sa propre initiative, il surprend tout le monde en passant à l’acte.

Comment les services secrets français, qui savent tout cela, ont-ils pu sans s’alerter, sans se préoccuper davantage, laisser sans surveillance un garçon si dangereux qui est allé faire des stages de formation terroriste en Afghanistan, au Pakistan, dans des zones qui ne sont pas réputées être des lieux de tourisme ?

Comment a-t-on pu lui délivrer un passeport ? Comment, alors qu’il est sans travail, a-t-il pu payer son loyer, financer ses voyages ? Comment a-t-il pu se procurer tranquillement un arsenal évalué à 20 000 € sans que personne ne daigne ouvrir un œil ?

Laxisme ? Incompétence ?  Difficile à croire de la part de services qui sont toujours sur le qui-vive et qui, régulièrement, font alerter l’opinion lorsqu’ils estiment le risque terroriste élevé.

Alors si ce n’est pas cela, c’est qu’il y a quelque chose de sordide caché sous le tapis.

Oui, ou non, Mohamed Merah, le 13 octobre 2011, a-t-il appelé depuis le Pakistan, le directeur des Services secrets en personne pour lui dire : « Dès que je rentre je viens vous voir. » ?

Oui, ou non, Mohamed Merah, le 3 novembre 2011, a-t-il rappelé depuis l’hôpital Purpan où il était soigné pour une hépatite pour dire : «  dès que je sors je viens vous voir » ?

Oui ou non, Mohamed Merah, a-t-il remis aux services secrets, une clé USB contenant des photos de son voyage ?

Rapports ambigus ou manipulations du loup plus rusé que le renard ?

Je me méfie toujours de l’excès d’explications. Qui veut trop prouver ne prouve rien. Un ministre de l’intérieur très bavard, qui vient immédiatement présenter sa version de l’assaut, comme s’il craignait que d’autres s’en chargent d’une façon différente et, ce qui ne s’est jamais vu, de Hauteclocque, le patron du Raid, qui vient se justifier à la télé.

Tout cela présente un certain degré d’enfumage. Que veut-on nous cacher ? La lune, en nous montrant le bout du doigt ?

Personne ne doute que le RAID soit un corps d’élite à toute épreuve. Personne ne doute non plus que ses membres n’aient au plus haut point le sens du devoir ni la capacité poussée jusqu’à la perfection d’exercer un métier dangereux. Mais tout le monde sait aussi que ce sont des soldats qui doivent obéissance aux plus hautes instances de l’Etat.

Et c’est là que le bât blesse. L’autorité judiciaire ayant été reléguée au second plan, ils étaient placés directement sous les ordres du ministre de l’intérieur et en dernier ressort du président de la République.

Pourquoi l’ordre de donner l’assaut a-t-il été donné à ce moment là, sur quels critères, à la suite de quel fait nouveau, de quelle menace insurmontable, alors qu’on avait attendu 32 heures et que, vu qu’il n’y avait pas d’otage, rien ne prédisposait à la hâte ?

A cette question le ministre fait  une  mauvaise réponse. Mohamed Merah souhaitait selon lui se rendre aux autorités. C’est parce qu’il avait changé d’avis qu’on aurait précipité les choses ?

A qui fera-t-on croire que le ministre croyait, qu’un individu capable de saisir une enfant par les cheveux et de l’abattre comme une bête, avait assez de scrupule pour rendre des comptes à la justice de son pays ? A personne de sensé. La personnalité jusqu’au-boutiste de ce genre de fou est telle que seule l’usure et l’utilisation de moyens paralysants peuvent lui éviter d’aller au terme de son engagement.

Certains spécialistes nous avaient expliqué que le temps était l’allié des forces de l’ordre. La solitude, l’angoisse, la fatigue, le sommeil, n’étaient certainement pas pour accroître la résistance du forcené.

Comment, dès lors, ne pas considérer que cet ordre précipité ait placé le RAID dans les pires conditions pour appréhender vivant l’assassin présumé de trois soldats, de trois enfants et d’un professeur !

Erreur ? Volonté tacticienne de se débarrasser d’un prévenu qui se montrait trop bavard ? D’un prévenu trop encombrant ?

Certains n’hésitent pas à avancer cette hypothèse et il faut dire que s’ils répondent à toutes les questions que je viens de poser, ils auront quelques arguments pour l’étayer.

Alors, ce ne serait pas une faille, comme l’a dit Juppé, mais un gouffre.

 

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