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20 mars 2012

Toutes les paroles ne s'envolent pas.

 

C’est affreux ! Les drames abominables de Toulouse et de Montauban nous ramènent à Drancy. La France stupéfaite découvre que l’esprit humain ne change pas et qu’il peut y avoir, plus de soixante ans après, un homme ou des hommes dont la froide détermination est la même que celle des SS des camps d’extermination de Dachau ou de Treblinka.

La bête use d’une cruauté nécessaire à sa survie ; l’homme lui, peut avoir l’intelligence du mal, ce qui le classe alors au-dessous de la bête. Ces crimes, quelles qu’en soient les motivations profondes  sont, et resteront, des crimes racistes.

Personne ne s’attendait à cela. De droite comme de gauche, toutes les consciences sont révoltées. La réaction spontanée et unanime de la classe politique fait honneur à la République. D’un extrême à  l’autre, tout le monde condamne et compatit.

L’heure est au deuil et au recueillement.

Les choses pourtant ne sont pas aussi simples qu’il y paraît. On ne peut se défendre de noter que, derrière l’indignation sincère ou de façade, transparaît  un certain malaise officiel : un malaise qui est étouffé sous la chape de plomb d’un silence assourdissant.

 Il y a ceux qui, peu à l’aise dans leur col de chemise, baissent furtivement la tête, conscients d’une faute qu’ils n’avoueront pas mais dont ils souhaitent qu’on la leur reproche  afin de pouvoir se récrier; il y a ceux qui se taisent ou usent de non-dits par peur d’être accusés d’exploiter électoralement l’évènement.

C’est ici qu’on peut regretter qu’une haute conscience indépendante et reconnue ne dise haut et fort à la nation entière ce qui doit être dit. A savoir que l’abominable tueur de Toulouse est peut-être l’expression ultime, extrêmement perverse et violente, d’une société qui va mal parce que la fin du siècle dernier et le début de ce siècle l’ont laissée aller à la dérive.

Et dire aussi à tous que cela continue de plus belle. Car parler de la pluie et du beau temps avec ces paroles qui s’envolent dès qu’on les a prononcées ne peut être assimilé à tout ce que l’on a entendu au plus haut sommet de l’Etat, dans le jeu bien illusoire de troubler le choix des électeurs. Il y a des paroles, d’autant plus dangereuses qu’elles viennent de haut, qui ne s’envolent pas et qui, répercutées, amplifiées par les médias, se fixent sur certaines consciences pour s’y développer comme des cancers.

Désigner les Roms comme ils ont été désignés, faire état de civilisations meilleures que les autres, poser l’abattage rituel en thème central de campagne, dire que la viande hallal risque d’envahir les cantines scolaires, stigmatiser les religions, parler de rétablir les frontières comme si nous vivions sous la menace d’une invasion, tout cela est de nature à créer un climat détestable, à attiser les haines chez les esprits faibles.

Vu sa détermination, le tireur fou de Toulouse n’avait certainement pas besoin de ça.  Et si personne, mis à part lui, n’est directement responsable, rien de ce qui a été dit en certaines circonstances ne pouvait, le dissuader, le retenir, le mettre en garde, le condamner avant même qu’il ait agi. Au contraire tout ce qui a été dit à tort et à travers, et surtout tout ce qui n’a pas été dit dans l’esprit traditionnel de la France des Lumières, ne pouvait  qu’affermir cet esprit dérangé dans sa terrible résolution.

Il y a donc bien, selon moi, à l’échelon collectif, des responsabilités au moins morales. Ce n’est pas parce qu’elles seront vigoureusement récusées qu’elles n’existent pas.

C’est pour cela que la douleur de tous les républicains de ce pays est aussi une déchirure qui ravive celle ouverte à l’époque  des nazis.

 

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