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04 février 2012

Le rouge-gorge chez Vuitton.

 

Dans l’opinion publique, c’est comme par temps de bise glaciale, il y a la température mesurée par le thermomètre et puis la température ressentie. A la limite, même ceux qui ont la chance d’avoir les pieds dans les pantoufles ressentent le froid du dehors.

 

Le Président avait invité à l’Elysée les ouvrières de Lejaby dont l’usine venait d’être sauvée, pensant en tirer des remerciements émus, larmoyants, assortis d’une reconnaissance éternelle et quelque peu électorale.

 

Encore une fois c’est raté. Car, à peine descendue sur le perron de l’Elysée, la porte parole des ouvrières, de rossignol tant attendu s’est transformée en rouge-gorge. Il est dommage que la télévision ait oublié de rendre compte de toute la scène et surtout ait omis de nous montrer la tête de Laurent Wauquiez, organisateur de cette cérémonie de tant remerciements espérés.

 

Déployant dans le vent une feuille pour bien montrer qu’elle ne parlait pas au hasard, elle s’est mise à déclarer qu’elle, ni ses copines, ne voulaient être récupérées par la politique, ni par celle de droite, ni par celle de gauche. Et d’avoir une pensée pour les camarades laissés sur le bord de la route par la crise, ou l’indifférence ou le cynisme, qu’ils soient de Gandrange ou de centaines d’endroits en France, en train de pleurer les emplois perdus. 

Il faut une sacré dose de culot et être bien dans son string, alors que le pouvoir vous donne des pantoufles neuves, pour lui dire que d’autres vont nu-pieds. 

A force de travailler dans la dentelle, ces ouvrières en ont acquis toute la finesse et toute la subtilité. Elles savent qu’elles ont gagné au loto et que s’il n’y avait pas eu la campagne électorale d’un candidat embusqué, jamais l’atelier de Lejaby n’aurait été sauvé. Elles savent pertinemment qu’elles bénéficient non d’une volonté industrielle mais d’un coup de « piston » à visée électorale. Elles ont suivi, d’abord avec angoisse, plus tard avec ironie, le déroulement de la manœuvre. 

Aussitôt les graves difficultés de Lejaby connues, les ministres concernés prennent des têtes d’enterrements et se préparent à des discours d’obsèques : 

Cités par le Canard Enchaîné dans l’ordre : 

Laurent Wauquiez : « Nous allons faire le maximum dans les prochains jours pour que l’on accompagne au mieux chaque salariée pour retrouver un emploi le plus vite ». 

Xavier Bertrand ministre « de l’emploi » : « Il y a un contrat de sécurisation professionnelle qui a été mis en place qui va garantir aux salariés pendant un an d’avoir 98% de leur salaire. » 

De profundis ! Culottes, gaines et soutien-gorge, pour eux, iront à la trappe pour l’éternité. Sincères condoléances ! 

Mais voila qu’un missionnaire rouge s’invite aux obsèques : Arnaud Montebourg, fort en gueule, sacré prêcheur devant l’Eternel. 

Sarkozy comprend que s’il ne fait rien, c’est lui qui portera le deuil. 

« Allo ! Bernard. J’ai besoin d’un coup de main…Il faut que tu me sortes de là… » 

C’est Bernard Arnaud qui est au bout du fil. Le propriétaire de l’industrie  du luxe et entre autres de la marque Louis Vuitton. Il ne peut rien refuser à son ami Nicolas. 

« C’est d’accord, puisqu’elles ont fait faillite dans la dentelle, elles fabriqueront des sacs Vuitton. » 

Voilà comment Lejaby, parti pour le Trinité, s’est retrouvé ressuscité à l’horizon de Pâques. C’est simple comme un coup de fil de téléphone. 

En 2008, pour Arcelor Mittal, sûrement la ligne devait être en dérangement.

 

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