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19 janvier 2012

La chute d'Icare.

Icare, héros de la Mythologie Grecque, se vit offrir par son père des ailes d’oiseaux confectionnées avec des plumes collées entre elles par de la cire.

Grisé par son vol, Icare, malgré les recommandations de prudence qu’il avait reçues, s’approcha trop près du soleil. Sous l’effet de la chaleur la cire de ses ailes fondit et l’imprudent chuta lourdement.

Les anciens s’inventaient des histoires pour se transmettre la sagesse. Le Procureur Courroye ne les a pas lues apparemment ou en tout cas n’en a pas retenu la leçon, car le voici transformé en Icare. A trop s’approcher du pouvoir, il s’est brulé les ailes.

Pourtant quand il était juge au pôle financier, il s’était taillé une solide réputation de compétence, d’impartialité et d’indépendance. C’est ainsi que ses enquêtes courageuses avaient contribué à faire condamner Michel Noir maire de Lyon, Alain Carignon Maire de Grenoble ou le fils aîné de l’ancien président, Christophe Mitterrand. Il s’était même attaqué au coriace Charles Pasqua.

Mais le vent tourne. Une amitié le happe. L’amitié de mante religieuse de Nicolas Sarkozy, un homme au pouvoir absolu qui a cru longtemps, jusqu’à l’affaire de « petit » Jean peut-être, qu’il pouvait s’asseoir sur certains principes républicains.

On ne doit pas reprocher à une personne son amitié pour son semblable tant que cette amitié reste de caractère privé, surtout s’il s’agit d’un magistrat en vue, qui, c’était le cas, détenait des dossiers sensibles. Mais on sait qu’en politique, les amis servent avant tout à l’ascension vers le pouvoir, puis à s’y maintenir.

En 2007 Nicolas Sarkozy nomme le juge Courroye Procureur de la République  au tribunal de Grande Instance de Nanterre. Ce n’est pas un hasard, et surtout, ce ne peut être gratuit. Le Conseil Supérieur de la Magistrature qui flaire le mauvais procédé émet un avis défavorable à cette nomination, mais Sarkozy encore dans l’euphorie de sa victoire n’en a cure et passe en force.

Au nom de l’amitié pour le Président de la République, le juge Courroye est-il allé jusqu’à enfreindre la loi dont il est le garant ?

Ce sont ses pairs qui le diront. Apparemment ils ne paraissent pas disposés à lui faire de cadeaux si j’en crois ceux qui, à la retraite, peuvent parler.

*Philippe Bilger, Magistrat honoraire est interrogé par la Dépêche du Midi.

Le journaliste: « Etes-vous surpris par cette mise en examen ? »

Philippe Bilger :  « Non ! Elle devait venir… »

Le Journaliste : « Mais le juge Courroye n’a-t-il pas le soutien de l’Elysée ? »

Philippe Bilger :  « Ce juge très remarquable, de grand talent, a été plombé par le soutien trop affiché du Président de la République… Fort de cette amitié, le juge Courroye s’est mis à penser que tout lui était permis et a fini par le croire. »

*Jean Louis Nadal Procureur Général honoraire près de la cour de cassation est interviewé par la dépêche du Midi :

Le journaliste : « La priorité se situe-t-elle dans un statut plus indépendant du parquet ? »

Jean-Louis Nadal : Il (le parquet) doit offrir des garanties de  neutralité, ces garanties elles existeront lorsque sera supprimée la possibilité pour le gouvernement de donner des instructions dans le traitement des affaires individuelles et lorsque seront modifiées les conditions de nomination des procureurs, dans lesquelles le pouvoir exécutif ne devrait plus intervenir.

Parole d’expert. Y a du pain sur la planche.

En attendant, le procureur Courroyre, victime de la boulimie du système de Sarkozy, a vu fondre ses ailes. Pour remonter des grands fonds, il ne lui reste plus qu’à ramer.

Et pour la justice, et pour un homme de qualité, avec un peu de mesure ce gâchis pouvait être évité. Mais parler  de mesure à propos de Sarkozy est un véritable non-sens. Lui n’a pas le complexe d’Icare même si, à force de se faire voler dans les plumes, ses ailes pourraient bien fondre, aussi.

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