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14 janvier 2012

L'enterrement d'un... A.

C’est d’une voix grave de veillée funèbre que le ministre des finances François Barouin a annoncé au monde, avec la mine de circonstance, la disparition de notre triple A.

« De Profundis !» Ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont !

Décédé d’une longue maladie, A n’a pas souffert. Mais c’est une maigre consolation, vu que c’est nous qui allons souffrir à sa place de façon posthume.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, cet AA+ qu’il nous reste, est flanqué d’un plus en croix de cimetière, laissant augurer que l’épidémie risque d’entrainer un deuxième A dans la tombe.

A l’aube des Cent Jours, c’est Waterloo avant l’heure. Voilà le bicorne de notre Napoléon moderne bien écorné et ses épaulettes bien ternies au milieu des grognards d’une armée en déroute. On ne refait pas l’Histoire. Surtout quand on n’a pas la pointure des bottes que l’on a chaussées.

La distinguée agence Standard & Poor’s qui, en 2008, n’a pas su détecter les causes de la crise des « Subprimes » aux USA, fait désormais du zèle pour sauver sa réputation, en sanctionnant les conséquences d’une dérive dont elle est responsable. Elle n’a que l’embarras du choix, car les mauvais élèves ne manquent pas en Europe.

Comme toujours, d’éminents économistes viennent nous expliquer que finalement tout cela n’est pas si grave, que la France a les moyens de reprendre rapidement l’avantage. Heureusement, précisent-ils, l’Allemagne n’est pas dégradée ce qui laisse encore un espoir de juguler la crise financière qui sévit en Europe.

Mais ils peuvent toujours gloser comme les oracles, ces charmants économistes, l’impact de la dégradation de notre économie est désormais de caractère politique.

Sarkozy a beau se cacher aujourd’hui dans un trou de souris, tenter demain de minimiser la sanction, il ne pourra longtemps masquer à l’opinion publique les effets de la gifle qu’il vient de recevoir. C’est un long calvaire qui commence pour lui. Affaibli à l’intérieur, critiqué par une opposition requinquée, c’est avec des béquilles qu’il va se rendre au prochain sommet européen pour affronter une Angela Merkel rayonnante de santé. C’est pathétique pour lui et pathétique pour les Français qui se sentent humiliés.  

Il serait malhonnête de rendre responsable le seul Nicolas Sarkozy. Ce désastre vient de loin et est, en  bonne part, imputable aussi à Chirac qui a affaibli l’industrie en sacrifiant la recherche ; mais il faut reconnaître que par son inconséquence, par sa politique de gribouille et finalement par son incompétence à faire face à une situation exceptionnelle, il n’a fait qu’aggraver le problème.

Les prochaines élections présidentielles vont être compliquées. Déjà les pronostiqueurs s’embrouillent. Il n’est plus du tout hasardeux d’avancer que Nicolas Sarkozy court le risque d’être abandonné par ses soutiens traditionnels qui vont être tentés de chercher ailleurs un candidat plus sûr. Et ce candidat, qui depuis toujours a cru en son destin, qui contre tous persiste et s’entête, va  probablement grimper dans les sondages avec la légèreté de l’écureuil.

Ce ne sont là, de ma part, que des hypothèses qui demandent à être vérifiées. Mais si dans les prochains jours, la côte de Bayrou monte anormalement, la gauche a intérêt à réviser sa stratégie car le match à quatre risque de tourner au match à trois, sans Sarkozy.

On n’a pas fini d’assister à des enterrements.

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