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21 décembre 2011

Conte de Noël irrévérencieux.

L’actualité partout n’est pas très réjouissante. Raison de plus pour se réfugier quelques jours dans la trêve de Noël et ne plus penser qu’aux choses  futiles.

 En ce temps là, il  y a bien longtemps, chaque village avait son curé et chaque église sa messe de minuit, à Noël.

Voici  l’aventure épicurienne qu’il advint dans l’un de ces petits villages du Midi si souvent placés, les nuits d’hiver, sous un magnifique champ d’étoiles. Gardez-vous pourtant de vous attarder à flâner dans les parages, car à la pointe du clocher, le Malin prend du plaisir à  venir danser, parce qu’il y fait plus beau.

 Le prêtre de ce lieu, sa messe de minuit dite, le grand livre des évangiles doucement refermé, ses habits sacerdotaux rangés dans l’armoire de la sacristie, songea à regagner son presbytère  et malheureusement sa solitude.

 Lorsqu’il sortit sur le parvis la lune éclairait violemment les toits. La rue était blanche. Les angles en retrait, comme les dessous des porches, étaient envahis d’ombres noires et de secrets. En cette nuit si belle, alors que l’astre lunaire semblait sourire avec une insistance complice, le prêtre hésita à entrer en son presbytère où l’attendait son éternelle bonne acariâtre dont le visage rappelait plus celui d’une sorcière que celui de Marie.

C’est alors que le diable, depuis le clocher, lui sauta dessus; et le saint homme, soudain transformé par la tentation du pêché, fut pour ainsi dire poussé vers la maison de sa paroissienne préférée : dame Fanchon.

Dame Fanchon était mariée à un paysan. Le pire rustre qui soit. Mal mariée, elle n’en paraissait que plus  belle, plus avenante et si bien tournée. Et puis, derrière la grille du confessionnal où elle venait s’agenouiller chaque  fin de semaine, sa voix si douce pour murmurer ses petites vétilles, quelquefois, très souvent même, ses délicieuses mauvaises pensées, ressemblait à une roucoulade.

Un peu de lumière passait sous la porte de dame Fanchon. Le trou de la serrure brillait comme un ver luisant.

Le diable, quand il se glisse dans les faibles âmes, ne fait jamais les choses à moitié. Sous son emprise, le prêtre alla derechef coller son œil au trou de la serrure. Fanchon, assise sur un tabouret en bois réveillonnait tranquillement  ses bras blancs posés sur la table rustique.

Quand il eut bien observé, le curé (ou peut-être le démon) cria  à travers la porte :

« Eh ! Maître Lagirbe, que faites-vous avec Dame Fanchon ? »

Sa surprise passée, le paysan répondit d’une voix forte :

« Ma fois messire, nous mangeons et, qui que vous soyez, si le cœur vous en dit, venez donc partager notre réveillon. »

«  Vous dites que vous mangez, s’époumona l’ecclésiastique au comble de la damnation, mais vous mentez grossièrement. Car moi je vois que vous faites l’amour à la Fanchon. »

« Taisez-vous, je dis la vérité ! Fanchon et moi, nous mangeons, comme vous pouvez le voir. »

« Je vois que vous faites l’amour, insista le curé. Et si vous ne me croyez pas, venez donc là regarder par le trou de la serrure tandis que j’irai m’asseoir à votre place. »

Sans hésiter le paysan courut ouvrir la porte, pressé de prendre la place de l’habile prélat. L’autre entra et, poussant le verrou dans son dos, se dirigea vers Fanchon qui déjà avait saisi l’aubaine. Je vous laisse à penser ce que le curé fit à Fanchon.

« Mais que faites vous ? Que faites-vous ? Misère ! Ce sacripant de curé me fait cocu… »

« Eh ! qu’est-ce que vous croyez qu’on fait, s’écria le curé ? Je suis assis à votre table et j’ai repris le réveillon là où vous l’avez laissé. Je déguste votre  délicieuse poularde aux marrons. Quant à vous, maître Lagirbe, vous voyez ce que j’ai vu tout à l’heure. Pourtant c’est faux ! C’est le trou de la serrure qui vous trompe et vous induit à mal. »

« Ah ! vous me soulagez. Dieu m’est témoin que si vous ne m’aviez donné si claire explication, j’aurais cru que vous sautiez ma femme. »

Aujourd’hui, modernité oblige, pareille histoire ne pourrait se passer au clair de lune, dans le village de notre enfance, mais dans les couloirs feutrés et si tristes du Carlton où les naïfs sont devenus singes savants.

 

*Conte inspiré d’un récit du Moyen âge : Le prêtre voyeur ( Lo prèire que fintava). Histoires salées du Moyen âge : traduction Marie Cailly, jean Louis Marteil, Alan Roch. Editions La Louve p 164)

15:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : conte, noël, curé, amour, carlton, diable

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