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27 octobre 2011

Tous à Poitiers?...

Les prévisionnistes de malheur et autre Cassandre ont le sourire. Cela fait des mois qu’ils nous le prédisent, le retour en force des Islamistes. C’est désormais fait en Tunisie, en attendant l’Egypte et la Libye. Et le pire…et le plus « inquiétant ! » constatent-ils, c’est que les Tunisiens résidant en France ont majoritairement voté pour le parti Ennahda.

Il n’y a plus, si on les écoutait, qu’à aligner une armée de défense sur les hauteurs de Poitiers.

Au lieu de verser de l’eau au moulin des outrances du Front National, réfléchissons un peu et tentons d’analyser sainement la situation.

Nous voilà encore une fois pris en faute de vouloir plaquer notre modèle hérité de 1789 et de nous obstiner à l’imposer chez les autres. Chez nous, l’état de nos prisons, les abus du sarkozysme, les manifestations devant un théâtre parisien de quelques intégristes catholiques, devraient nous inciter à plus de modestie et de circonspection.

Le mot de « Révolution » arabe a été improprement employé puisqu’il s’agit plutôt d’une Libération. Que cette libération a été menée par des intellectuels et des bourgeois avec la bienveillance et finalement la complicité des Américains. Et même si la vie politique et les institutions des pays arabes sont à reconstruire, une Révolution au sens propre du terme irait beaucoup plus loin dans les changements de société. Ce qui, étant donné la situation de ces économies pillées et dévastées par des décennies de dictatures, serait une folie qui mènerait fatalement à la guerre civile. On peut comprendre donc que par sagesse, les électeurs tunisiens aient souhaité s’appuyer sur des bases traditionnelles. Et c’est l’Islam  dit modéré qui, en offrant un large consensus, peut garantir le peuple de ses divisions.

Est-ce à dire qu’il n’y a aucun danger, surtout pour la condition féminine ? Bien sûr il y a un danger. Et celui-ci doit être pris au sérieux. En Tunisie L’Ennahda a beau se présenter sous les jours de l’Islam modéré, comme dans tout parti  il ne pourra échapper à l’influence de ses extrémistes, de ses fanatiques. Ou bien il les cantonne dans une minorité paralysée ou bien il se laisse déborder par eux et alors le pire est à venir. Mais cette hypothèse me semble peu probable.

D’ailleurs Ennahda n’obtient pas la majorité absolue. On ne gouverne pas avec 40% et le parti de la gauche nationaliste pressenti pour former une coalition a bien l’intention de défendre les libertés acquises sous Bourguiba. C’est du moins ce que son leader a déclaré avec force. N’oublions pas non plus qu’il s’agit d’une assemblée constituante chargée de rédiger la  constitution du pays, et que le gouvernement n’est que provisoire. Notons au passage qu’au poste de premier ministre l’ Ennahda propose Hamadi Jebali 62 ans, ingénieur de formation, ancien journaliste qui a passé 16 ans en prison dont 10 en isolement total. Un esprit éclairé, semble-t-il, qui devra user de compromis pour maintenir de bons équilibres.

Car la Tunisie ne peut se permettre de se renfermer dans une société moyenâgeuse sous peine de retourner à une situation pire que sous Ben Ali.  Elle a trop besoin de peupler ses plages, de remplir ses hôtels de luxe, de relancer sa machine économique grâce aux aides extérieures. Il ne peut y avoir d’un côté des baigneuses à demi nues allongées sur sable et de l’autre les femmes tunisiennes voilées déambulant dans les rues. Le mondialisme est à ses portes, la Méditerranée est étroite et la bourgeoisie locale désormais libérée des exigences du clan Ben Ali a trop de hâte à se lancer dans les profits. Quant au menu peuple, il n’attendra pas longtemps dans la misère et le chômage. Trop de portes sont restées ouvertes pour se refermer jamais.

Après tout, il y a un précédent. Bien loin d’être parfait au plan du respect des libertés individuelles, le gouvernement islamiste turc ne gère pas si mal que ça ses affaires et bien des pays seraient heureux d’afficher la croissance que sa politique a impulsée.

Alors, laissons Charles Martel dormir en paix !

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