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26 septembre 2011

Ils ont pris le bon train.

 

Il aurait fallu doubler l’épaisseur de la moquette pour étouffer, dans les couloirs  du palais du Luxembourg, les pas joyeux des sénateurs victorieux.  Jamais on ne vit train de sénateur si bruyant, si animé ; une vraie atmosphère de Guerre des Boutons où quelques sales gosses piaffaient d’enthousiasme tandis que ceux qui avaient perdu leurs boutons, mais pas leur veste, se transformaient en fantômes où rasaient les boiseries.

 

Raffarin, solitaire entre les solitaires, avait beau déclamer à longueur d’antenne que la majorité sénatoriale ne pouvait pas être comparée à la majorité « partisane », sa  mine déconfite et son regard inquiet démentaient cette « raffarinade ». 

 Historique ! Le Sénat, cette chambre assoupie en Belle- au- Bois Dormant depuis plus de 50 ans, qu’on disait inutile et même gênante pour les institutions, s’est soudain réveillée en dédaignant le baiser du prince. La voilà toute rajeunie, étonnée elle-même de son audace et de son utilité. Car quoi de plus audacieux et de plus utile que de renvoyer chez eux tout un bataillon d’indésirables. 

Son  plus beau coup, me semble-t-il, est le renvoi définitif dans son foyer, du baron de la Lozère, un certain Jacques Blanc, déjà battu par le regretté Georges Frêche, qui, pour se maintenir à la tête de la Région Languedoc-Roussillon, n’hésita pas à faire alliance avec le Front National. Heureusement que,  même si c’est rare, il y a parfois une justice en politique. 

Quelle mouche a donc piqué ces élus des territoires qu’on disait si modérés et peu enclins au changement, à se rebeller de la sorte, à mettre la pagaille dans une noble institution, à déloger sans ménagement des sénateurs vissés sur leur siège, alors qu’au rythme de deux fois par semaine le Président de la République est allé chez eux les caresser dans le sens du poil ? 

En me posant cette question, m’est revenu en mémoire un dessin humoristique du Canard Enchaîné d’après la victoire de Mitterrand en mai 1981. On y voyait un Français moyen rentrant de son marché avec son cabas, sa baguette sous le bras, le béret sur la tête et qui se faisait cette réflexion : « Tout compte fait, je suis moins con que ce que l’on dit. » 

Va ! le compte est bon. Les Grands Electeurs ont aidé les sénateurs à prendre le bon train et nul ne songera à en vouloir à ces derniers s’ils s’assoupissent de nouveau en cours de voyage. La France profonde a fait une fois de plus la démonstration qu’on peut lui en raconter mais pas lui en conter. Quand on la croit assez bête pour tout gober et qu’on lui sert de trop grosses ficelles, elle s’arrange toujours pour en faire  des cordes de « pendus ».

 

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