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19 juin 2011

Le scaphandre et le papillon.

 

Je demande pardon à la mémoire du regretté Jean-Dominique Baudy d’emprunter le titre de son livre ; livre que, paralysé à vie, il dicta à son orthophoniste, lettre par lettre, du seul battement de sa paupière gauche. 

Mais ce titre convenait trop bien à mon texte. 

On a connu Jacques Chirac engoncé dans le scaphandre de sa fonction présidentielle. Raide, la mine sévère, le ton solennel, les manières cassantes, il ne lui manquait guère que le frac à queue de pie et le haut de forme des cérémonies de la bourgeoisie londonienne. En somme un titulaire de la République comme l’aime le Français moyen. 

Mais le grand Jacques goûte depuis plus de quatre ans déjà aux ineffables joies de la retraite. Cet état de grâce, joint à quelque petit accident vasculaire, lui ont donné, je trouve, des airs de papillon. Il traîne autour de lui,  comme un parfum subtil, une gaîté lyrique, un jeu d’enfant, et vis-à-vis de son austère épouse Bernadette, de sournois règlements de comptes. Bref, le grand dadais est devenu le facétieux papy que tout le monde adore. 

Le Canard Enchaîné raconte comment, lors du 5ème gala de la Fondation Culturelle et de la Diversité, après avoir subi les discours officiels et ne goûtant pas la lecture de textes par des acteurs, il avait soupiré, devant un micro inopinément ouvert, au grand dam d’un parterre de notables et autres académiciens : « Qu’est-ce qu’on s’emmerde ici ! » 

Mais là où papy gâteaux donne la mesure de son talent, c’est en Corrèze. Notez que la Corrèze est à un vol d’oiseau de l’Auvergne. On peut appeler ça l’humour central. 

Alors que son épouse attentive et inquiète le couve d’un œil sévère, lui, au mépris des strictes consignes certainement reçues, a décidé de s’envoler, de virevolter de ses ailes, de se donner du bon temps, de se défouler de ses années passées dans le scaphandre présidentiel. Par la même occasion, avec un rien de maligne intention, il fera enrager Bernadette et le microcosme de ses amis. 

« Je voterai Hollande ! S’est-il écrié, de peur que les micros qui l’entouraient soient trop faibles cette fois. » 

Dès lors le spectacle n’était plus chez Chirac, mais sur les visages, sur les têtes baissées de son entourage. La mine réjouie, Hollande  devait se pincer pour ne pas jubiler. La mine consternée, Bernadette devait se contenir pour ne pas griffer. La comédie impromptue gagnait tout l’espace du théâtre de verdure corrézien. 

Ce cocasse épisode pourtant, laissait un goût d’inachevé. J’aurais tant voulu être petite souris quand Jacques et Bernadette sont rentrés à la maison. La scène a dû être épique.  

« Vous allez vous excuser ! » 

« Non je ne m’excuserai pas ! » 

« Alors je vais le faire à votre place. » 

Du coup elle en a fait des tonnes, ce qui a encore ajouté à son ridicule. Je ne doute pas que dorénavant son passe temps favori soit la chasse aux papillons. 

Si l’on avait placé un micro sous l’oreiller de Chirac, le soir de ce mini-drame, je suis presque sûr qu’on aurait pu entendre le dormeur murmurer, plein d’extase : « Ah ! je les ai bien emmerdés ! » 

On comprend pourquoi Chirac aime tant le Japon. Malgré les catastrophes, il restera toujours le pays du sourire.

 

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