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29 mai 2011

Le bébé médicament.

 

Voici une histoire imaginaire advenue dans un royaume, pas si imaginaire que cela.

Ce royaume cocardier qui se vantait des meilleures choses subissait gouvernance d’un roi qui s’estimait le roi des rois.

Or il advint que les sorciers-médecins dudit royaume eurent préséance auprès du peuple en inventant le bébé-médicament.

Le rejeton de la famille dépérissait-il, tombait-il en mélancolie, menaçait-il de rejoindre l’autre monde, les sorciers appelés tenaient conseil.

Ils s’en vinrent dirent tous à l’unisson : «  Que la dame du lieu tombe en pamoison et se fasse faire ce que nul ne fait sans déplaisir : un bel enfant joufflu comme un ange !  Quelques gouttes de sang  prises au cordon ombilicus à l’heure de la nativité chasseraient les humeurs malignes et autres mauvais poison biliaire de son aîné. Ainsi ce dernier retrouvera-t-il la fraîcheur et l’œil vif du bien –portant.

Molière a dû se retourner dans sa tombe : les sorciers-médecins du royaume qui de son temps ne juraient que par le venin de  crapaud et la tisane de mandragore ont réussi leur coup d’éclat cette fois.

L’affaire a fait grand bruit chez les chaisières et grenouilles de bénitier qui s’en furent voir le roi pour protester contre ces mécréants qui venaient se mêler des œuvres du Créateur. Mais le roi, bien qu’il fût fréquemment à courir après le pape, resta sourd à leurs suppliques apostoliques et romaines.

Or il advint que d’autres sorciers se présentèrent. Ils se présentèrent sondeurs et prétendirent mesurer à coups de sondes l’amour du peuple pour son roi. Ils partirent sur le champ munis d’instruments contondants chasser les bons sentiments. Ils revinrent derechef la mine basse et l’œil torve. Le plus hardi d’entre eux lut en tremblant son parchemin.

« Sire, vingt pour cent de vos sujets vous aiment encore, cinquante cinq pour cent rêvent de voir rouler votre tête, vingt cinq pour cent s’en foutent comme de leur première poule au pot. En un mot sire, vous êtes malade de votre peuple ».

Le roi tout esbaudi resta muet. Il se voyait chancelant sur son trône, la couronne de travers, prête à rouler sur la dalle.

C’est alors que son fou, se penchant à son oreille, lui murmura :

« Sire ! Faites œuvre de chair avec la reine. Elle enfantera d’un bébé médicament. Votre Grandeur passera pour bon père de famille qui ne lutine pas par mauvais vice, mais très chrétiennement pour procréer. Contrairement à votre Maire du Palais parti aux Amériques et qui en proie à de diaboliques instincts aurait forcé la soubrette, votre grâce passera pour le descendant de Saint Joseph. Le bon peuple vous en saura gré Sire ! »

La reine ne fut pas très enthousiaste à l’énoncé de ce projet. Elle décréta tout de go qu’elle tenait trop à son ventre plat. Ce fut le fou encore qui tira le roi de l’embarras :

« L’amour du peuple pour Sa Majesté vaut bien un ventre rond. »

Et la reine accepta que le roi l’engrossât. Alors, les gazettes du royaume vinrent, à tour de rôle, jouer du mètre-ruban : « Un centimètre de plus aujourd’hui ! Majesté, jamais on n’a vu si beau ventre !»

On ne parla bientôt plus que de cela ! Un héritier, quelle grande affaire !

Le roi alors plein d’espoir ordonna aux sondeurs de lancer céans un nouveau coup de sonde. Mais les malheureux s’en revinrent plus tristes que la première fois. Ils venaient de constater que ce n’était pas le roi qui était malade de son peuple, mais le peuple qui était malade de son roi.

 

 

P. S. de l’auteur : Toute ressemblance avec un royaume existant de par le Monde serait purement fortuite.

 

 

 

23:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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