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13 mai 2011

Le citoyen est nu !

Peut-être est-il nécessaire à notre sécurité, ce flicage permanent qui s’organise autour de l’individu, surtout en cette période d’insécurité ou les menaces sont permanentes, mais force est de constater qu’il devient inquiétant pour la liberté et pour l’espace d’intimité auquel chacun a droit.

Les ordinateurs de nos administrations, de nos organismes sociaux, de nos assureurs, de nos employeurs, de nos commerçants, sont pleins de ce que nous sommes :

Naissance, sexe, ascendants, descendants, nationalité, maladies, situations de fortune, habitudes alimentaires, habitudes vestimentaires et dans certains cas mêmes opinions politiques et pratiques religieuses. Car les administrations ont besoin de savoir qui nous sommes pour nous contrôler et l’économie doit savoir ce que nous consommons ou sommes susceptibles de consommer, pour nous le proposer et nous le vendre.

Un logiciel assez puissant qui collecterait en transversale (au vu des avancées techniques cela ne peut être qu’un jeu d’enfant) tous ces renseignements sur votre personne, pourrait dresser votre portrait en quelques secondes à un poil de moustache près.

En poussant le soupçon un peu plus loin, ce logiciel pourrait même dire à des gens trop curieux, si votre personnalité correspond correctement à la société sarkozyste telle qu’elle s’est mise en place depuis quatre ans ou, si ça tourne mal demain, si vous êtes dans les normes de la société lepéniste.

En ville dès que vous sortez, souriez, vous êtes filmé. Des observateurs qui n’ont rien de villageois peuvent même vous suivre à la trace et vous surprendre (si c’est votre penchant), à fréquenter de mauvais lieux, ou, si vous êtes un monsieur (ou une dame) sérieux et rangé, savoir de quel club, de quel établissement financier, vous poussez la porte.

Bref, si un régime superflic, voulait se mêler de tout savoir, l’homme de ce vingt et unième siècle serait translucide comme une feuille de papier. Il faut reconnaître que la tentation est grande et qu’on n’en est pas loin.

Une certaine presse même, qui devrait se montrer plus scrupuleuse sur son usage de la liberté d’expression, parce qu’elle recherche du sensationnel à tout prix, est entrée dans le jeu. Par téléphone portable (un téléphone ça sert aussi à filmer) par caméra cachée, on s’introduit chez les gens, au cœur des réunions, des débats privés, des conseils d’administration, des associations, pour traquer le lapsus comique, le dérapage raciste, la parole hors norme, la plaisanterie douteuse et sans rien vérifier on livre le tout en pâture. Peu importe ce qu’est, ce que représente celui qui est visé puisque depuis  quelque temps, l’important est ce que l’on dit. Ce faisant on incite le public à rechercher non l’information, que la presse d’investigation est à même de lui fournir, mais à privilégier le voyeurisme, le coup d’épingle qui blesse et qui détruit.

 

 Et les choses n’iront pas en s’améliorant. En mars dernier a paru au journal officiel le décret d’application d’une loi  votée en 2005. Cette loi fait obligation aux fournisseurs d’internet de garder en mémoire pendant un an toute l’activité de leurs clients pour le cas où la police viendrait à s’y intéresser ; à savoir les noms, les adresses, les N° de téléphones, les courriels, et tous les petits secrets qui garantissent l’anonymat sur internet :  les pseudos, les mots de passe des messageries et, pour que le paquet soit complet, la liste de tout ce qui a été  acheté dans le e. commerce. Ainsi votre ordinateur est une boîte ouverte à tous les vents où d’éventuels esprits fureteurs peuvent venir puiser sans vergogne.

Contre les curieux trop entreprenants on avait jadis la possibilité de boucher le trou de la serrure. Impossible maintenant, les serrures sont électroniques et les murs deviennent transparents.

Sous l’œil inquisiteur de la police le citoyen peut se retrouver nu comme un ver, sans pan de chemise pour cacher sa « nature ». En cette période où la performance est de mise, il a intérêt à être bien constitué.

Ainsi peu à peu la démocratie se gangrène dans l’indifférence générale de l’opinion et, plus grave, de ceux à qui nous l’avons confiée.

Une question fait frémir : Que serait-il advenu si dans les années quarante la gestapo avait eu les moyens d’investigation qui sont aujourd’hui à la disposition de la police et de la justice ?

Et cette question en appelle une autre : la démocratie étant un bien périssable qu’adviendra-t-il si un régime totalitaire à grande échelle lui succède, lorsque le Monde sera devenu un village ?

C’est une raison supplémentaire pour tourner trois fois notre bulletin dans l’enveloppe, avant de voter !

18:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citoyen, démocratie, liberté

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