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04 mai 2011

Mort à crédit.

Depuis le suicide d’Adolphe Hitler, peut-être la disparition de Staline, jamais la mort d’un homme n’aura provoqué autant de soulagement dans le monde, ni autant de joie démonstrative à la limite de l’indécence.

Et même si cette joie répondait, par-delà dix années, à celle, particulièrement odieuse des extrémistes islamistes lorsque les  deux tours s’effondrèrent à New York le 11 septembre 2001, on ne peut se retenir d’un certain malaise.

Le même malaise qui a saisi la communauté internationale lorsque celle-ci  a appris les arrestations arbitraires et les pratiques en vigueur à la base de Guantanamo. (Et nous n’aurons pas la cruauté d’insister sur le temps pas si lointain où les Américains eux-mêmes aidaient Ben Laden à s’établir comme ils ont aidé les Talibans).

Il n’est jamais bon d’utiliser les méthodes de l’adversaire. Le système œil pour œil, dent pour dent, ne conduit qu’à la vengeance. Et cette vengeance là, qu’il ne faut pas confondre avec la justice, en appelle toujours une autre.

C’est bien là le danger pour les mois qui viennent.

Car si le suicide d’Hitler sonnait le glas d’un régime détesté, la disparition de Ben Laden ne signifie pas le démantèlement d’Al-Qaïda.

C’est encore l’éternelle contradiction des Américains dans leurs méthodes, dans leur diplomatie :

Après avoir monté une action-commando d’un professionnalisme, d’une minutie, d’une audace, à rendre jaloux tous les cinéastes de films d’aventures, voilà qu’avec une naïveté déconcertante ils s’empêtrent à nouveau dans des contradictions d’amateurs.

Ben Laden a été exécuté, il ne devait pas être pris vivant, telle était la consigne. Si l’action s’est déroulée au mépris des règles internationales, on peut le comprendre. Depuis près de dix ans les dirigeants du Pakistan protègent le chef des terroristes tout en  promenant les services secrets américains.

Le commando a donc fait sans bavure le travail pour lequel il était missionné : tuer Ben Laden puis faire disparaître sa dépouille.  Le problème, c’est que les dirigeants américains ne savent plus trop quoi faire du fantôme. Un fantôme insaisissable, lui, qui va errer longtemps encore dans la cité. Plus dangereux peut-être que son apparence matérielle. S’il est facile de disposer d’un homme, détruire ce qu’il représente est moins aisé.

Mais alors, pourquoi se débarrasser d’un prisonnier encombrant si son cadavre doit l’être davantage ?

Qui véritablement paiera les intérêts de cette mort à crédit ?

N’était-il pas plus sain de juger Ben Laden à la face du monde, pour ses crimes, même si aucune punition ne peut être à la hauteur de ces crimes ?

En fait tout s’est passé comme si  Ben Laden obtenait sa dernière victoire personnelle. Jusqu’au bout il aura terrorisé le pays le plus puissant de la planète à tel point que celui-ci n’aura pas su rassembler son courage pour le traîner en justice.

 Et, finalement, quelle image retirera de cette sombre péripétie ledit pays qualifié de plus vieille démocratie de notre histoire moderne?

Pas une image très reluisante malgré les apparences.

Après les mensonges qui ont précédé la guerre d’Irak, après les détentions sans jugement et les tortures institutionnalisées à Guantanamo, après les méthodes de voyous qui sont à l’origine de l’actuelle crise financière, après une exécution sommaire guidée par la peur et qui semble tourner au mensonge d’Etat, les démocrates de tous pays sont en droit d’attendre qu’on fasse un peu de lumière chez l’oncle Sam.

 

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