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04 avril 2011

Remember! : Souviens toi!

 Les faiblesses criminelles d’une république devant la montée du  Nazisme.

 

Le 11 novembre 1923, le soleil couchant  dore les barreaux de la prison. Dans la pénombre de sa cellule un homme est assis sur une mauvaise paillasse, accablé, les coudes sur ses genoux, le menton dans ses mains.

Intellectuel raté, peintre raté, il vient aussi de rater un épisode important de sa vie. Excusez du peu, il vient de rater son coup d’état.

Cet homme s’appelle Adolphe Hitler.

Fiévreux, passionné de politique, l’esprit fantasque, sans scrupule, il avait adhéré voici quelques années à un minuscule parti ouvrier allemand où siégeait déjà un certain capitaine Rhœn de sinistre mémoire.

Par ses discours enflammés, vindicatifs, vengeurs, il avait fait rapidement sensation. Grâce à lui le parti s’était étoffé pour devenir Parti National-Socialiste Ouvrier Allemand. Des dignitaires tels que Goering, Rudolf Hess et même plus naïvement le général Ludendorff (qui servit de marionnette de luxe) vinrent le rejoindre.

Immédiatement le parti s’était inscrit dans une idéologie d’extrême droite avec un thème récurrent qui plaisait aux Allemands : Laver la honte du traité de Versailles qui après la guerre de 14-18 avait humilié l’Allemagne. (les alliés avaient présenté à l’Allemagne la note à payer soit : 132 milliards de marks or, la France occupait la Ruhr).

Les adhérents affluèrent bientôt par milliers tous plus revanchards les-uns que les-autres. Pour les encadrer il avait fallu créer un service d’ordre ; en fait un service d’hommes de mains armés, en uniforme brun : les fameuses S.A (Section d’Assaut) dont le commandement fut confié au capitaine Rhœn.

Hitler est pressé. Il a soif de pouvoir. Il compte brûler les étapes.

Le 9 Novembre 1923, à la tête de 7000 S.A. armés jusqu’aux dents, révolver au poing et flanqué du général Ludendorff, il se dirige vers le centre de Berlin. Goering, Richter, Rosenberg et une dizaine d’autres dirigeants sont là aussi.

Un premier barrage de police cède sans tirer sur le pont Ludwig qui traverse l’Isar.

Direction le Ministère de la guerre. Au bout de la rue un autre détachement d’une centaine de policiers attend de pied ferme. L’officier de police cette fois ne s’en laisse pas conter. Il refuse de céder le passage. Ludendorff ne l’impressionne pas. Hitler a beau vociférer, brandir son révolver, il reste de glace.

 Soudain un coup de feu claque. Et c’est la fusillade. Un témoin assurera que c’est Hitler qui a tiré le premier. Goering s’effondre, Richter tombe mortellement blessé entraînant Hitler dans sa chute.

Le futur chancelier du Reich ne demanda pas son reste assurent plusieurs témoins. Il fut le premier à se relever et à revenir en arrière. Abandonnant ses compagnons il monta dans une voiture et s’enfuit pour se faire soigner de son épaule déboitée. Deux jours plus tard il était arrêté. Goering qui sérieusement blessé s’était réfugié dans une banque avait reçu les premiers soins …d’un Juif. Il passa clandestinement en Autriche où il fut hospitalisé à Innsbruck.

Ludendorff, Hess, Rhœn, et quelques autres furent incarcérés. La carrière politique d’Hitler semblait ruinée, ses partisans étaient en prison et son parti dissous.

Le procès s’ouvre le 26 février 1924. Le putschiste risque l’emprisonnement à perpétuité.

D’entrée de jeu Hitler déclare : « Je suis le seul responsable, mais cela ne fait pas de moi un criminel….Or on ne voit pas accuser de haute trahison les traîtres de 1918 »

Cette allusion populiste aux signataires allemands du traité de Versailles désignés comme traîtres, plaît à  l’opinion allemande qui souffre d’une crise sévère. Hitler a compris que son procès peut lui servir de tribune politique en le faisant passer aux yeux du peuple comme un patriote héroïque prêt à redresser l’honneur de tout un pays.

Le verdict du procès rendu le  I° avril  1924 (cruelle coïncidence) fut à l’image d’une république timorée qui craignait les troubles inspirés par la popularité nouvelle du chef nazi. Hitler fut condamné à 5 ans de détention. La justice allemande refusa de l’expulser en tant qu’étranger (car il était encore de nationalité autrichienne). Comme certains juges civils protestèrent encore de la sévérité de la sentence, on promit d’assouplir la peine. Le prisonnier fut enfermé dans une prison dorée avec un régime particulier et autorisé à recevoir des visiteurs. Moins de neuf mois plus tard il fut relâché, libre à nouveau de filer sa mauvaise laine.

Mais l’homme a compris qu’il lui fallait tirer la leçon du passé. Il devait changer, s’assagir, montrer un visage humain, conquérir le peuple allemand par l’idéologie, par la propagande et non par les armes. Il devait mûrir lentement son projet. Il s’enferme alors chez lui pour écrire le livre fondateur de la pensée nazie Mein Kampf.

On ne refait pas l’histoire. Encore que…

Au cirque on monte bien des cages pour protéger le public des fauves qui évoluent sur la piste. Que dire d’une république qui ne sait pas dresser les siennes pour protéger ses honnêtes citoyens des agissements d’extrémistes dangereux ?

Remember ! Souviens-toi !

                                                                  ( à suivre)

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