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12 février 2011

Les rétros...au boulot (suite)

Quand les vannes de l’étang s’ouvrent, l’eau s’engouffre, charriant jusqu’à la mer, boues et détritus. La mer est vaste, on ne voit plus les détritus, sauf lorsqu’ils s’échouent sur les plages en hiver. Mais de ça tout le monde s’en fout.

On dit que nous vivons dans une société de consommation. Nous ne sommes pas que cela. Par voie de conséquence nous sommes aussi la société du tout- à-jeter. Le verbe jeter est faible. On se débarrasse. C’est tellement commode de se débarrasser de ce qui vous encombre, en le refilant aux autres, et de faire comme si cela n’existait plus.

Pardon de la comparaison, mais l’étang est comme notre société, avec ses détritus, ses éléments indésirables, gênants, dont on souhaite se débarrasser, qu’on ne veut plus voir, qu’on a hâte d’oublier.

C’est à la justice que revient la tâche de recevoir toute la gangue de notre société, de faire le tri, de mettre à part les éléments les plus polluants, de les soustraire à notre vue, si possible pour toujours.

Sauf que si l’on tolère que le plastique et le bois mort retournent sur la plage, il est hors de question de voir revenir un délinquant dans le circuit des honnêtes gens.

Or on ne confie pas au juge de la matière inerte bonne à entasser dans les décharges. On oublie trop souvent, sous le coup de l’émotion que leurs atrocités suscitent, que les criminels les plus durs sont des hommes, qu’ils ont comme tout un chacun un passé, une enfance, des émotions. A quel moment quelque chose s’est-il brisé en eux, à quel moment ont-ils quitté le chemin de l’humain pour prendre celui du monstre ? C’est un mystère qui interpelle peu de gens, même si notre société produit de plus en plus de monstres. Il est plus facile d’avoir le réflexe du tout à jeter : on s’en débarrasse !

Dans les années 1950, un vrai gouvernement républicain, décida de s’attaquer à grande échelle à la tuberculose en privilégiant la prévention sur les traitements de guérison. Résultat, les sanatoriums firent faillite, mais la tuberculose fut quasiment éradiquée. Nul n’a songé à chiffrer les économies induites sur le budget de la Sécurité Sociale sans parler de la peine évitée aux  familles.

Avec les progrès réalisés en psychologie de l’enfance, grâce notamment aux recherches de Françoise Dolto (mère du chanteur Carlos) et de quelques autres éminents spécialistes, pourquoi ne pas mettre en place, tout au long de la scolarité, et en dernier ressort dans les prisons, un plan intelligent de détection d’anomalies voire de perversités chez les enfants et les adolescents ?  Bien des enseignants vous diront qu’avec un peu de sérieux et de méthode, cela est tout à fait possible.

Plus les soins viendront tôt, meilleurs seront les résultats, et plus de drames atroces pourraient être évités.

Les tentatives qui se font actuellement sont trop timides et manquent de suivi.

Alors pourquoi on ne le fait pas ?

Je vais sûrement choquer quelques lecteurs, mais j’assume mon raccourci. La prévention est une notion de gauche, peu électoraliste: elle coûte et ses effets sont à long terme. Guérir a un effet plus immédiat et en général ça rapporte plus que ça ne coûte. (Qu’on ne m’oppose pas ici la Prévention routière, qui n’est qu’un matraquage de sanctions qui rapportent).

C’est pourquoi il est plus commode (et moins coûteux) de jouer sur l’émotion de l’instant, de l’instrumentaliser, et de compter  plus que jamais sur la justice pour qu’elle nous débarrasse de tout ce qui nuit à notre bonheur, quitte à la critiquer par la suite.

Mais la justice, lente, réfléchie, mesurée, habituée à soupeser, à prendre du recul, n’en peut plus. Elle croule sous la charge ; et les financements ne suivent pas.

Ce n’est pas grave. Qu’elle fasse donc comme notre bon président ! Qu’elle se hâte, qu’elle s’agite, qu’elle bâcle tout, qu’elle promette du vent. A la longue on s’habituera à  ses erreurs, elles ne lui seront plus comptées.

Mais la justice refuse, elle se rebelle pour qu’on lui donne les moyens de rester le plus juste possible. Elle veut rester rétro pour pouvoir faire du bon boulot.

Il serait temps que les gauchos se réveillent pour lui donner les moyens de secouer sa poussière.

 

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